ANNUAIRE DE LWTITUT DES PROVIDES, JUS!) /i c ANNUAIRE DE L'lNSTITDT DES PROVINCES DES COUCHES SCIEBTIFIQBES. 1854. PARIS , DERACHE , RUE DU BOULOY , 7 ; DUMOULIN , QUA! DES AUGUSTINS; CAEW , A. HARDEL , RUE FROIDE , 2 ; ROUEN, LEBRUMENT, QL AI DE PARIS. WANCY, M 1Ie . GONNET. 2KNUYMN 8M TtITIJ HISTOIRE DE L'WSTITUT. ob Ui*a&g''ii9HoD i/fc 9idoi9ffi /^iHaacHEpG .M iii* Jflfibfieq.iup , o*ijJ)fr&fj|lM L'Institut des provinces de France a dignernent rempli sa tache en 1853. Le Congres des delegues des Societes savantes a Paris et les Assises scientifiques tenues dans plusieurs provinces prouveht quel role cette savante Compagnie est appelee a remplir dans le monde savant. Malheureusement cette annee corame les annees precedeiites , la Compagnie a perdu plusieurs de ses membres. MM. Lair, de Caen; Desjoberts, de la Seine -Infe- rieure ; de Saint-Germain , d'Evreux ; et 1'abbe Ban- deville, membres litulaires , ont cesse d'exister. Le venerable M. LAIR est mort a 1'age de 84 ans. C'etait le doyen des academiciens de la ville de Caeri , et jusqu'a la fin il a conserve sa memoire , ses facultes et ses fonctions de secretaire de la Societe d'agriculture. Le devouement de M. LAIR aux interests de la ville de Caen et du departement du Calvados est trop connu pour qu'il faille ici le rappeler. Une notice detaillee sera d'ailleurs publiee sur sa vie par la Societe dont il a ete , pendant pres de cinquante ans , le secre- taire et le rnoteur. Nous rappelons seulement que M. LAIR avait assiste a plusieurs sessions du Congres scientifique de France ; qu'il en avait preside la section d'agriculture a Caen , a Poitiers, a Blois et a Douai; et qu'au Mans il fut VI HISTOIRE DE L'lNSTITOT, appele a la presidsnce generale de 1'assemblee. M. LAIR etait officier de la Legion-d'Honneur. M. DBSJOBERTS, membre du Conseil general de ^agriculture , qui pendant vingt ans a represente le de- partement de la Seine-Inferieure a la Charnbre , est mort apres une longue maladie. M. DESJOBBRTS avait fait long-temps valoir ses belles proprietes de Neuf- chatel et il avait rendu de grands services a 1'agricul- ture par les bons exemples qu'il avait donnes. Publi- ciste eminent, M. DESJOBERTS avait souvent pris la parole dans les questions de budget ; il avait voyage en Algerie et fait plusieurs publications sur ce pays. Au Conseil general de 1'agricultnre , c'etait un des adversaires les plus redoutables du libre-echaage. Homme de bieu , d'une loyaute et d'une franchise tres-rares dans le siecle ou nous vivons, M. DESJOBERTS emporte avec lui Testime de tous ceux qui 1'on.t eonnu. M. de SAINT-GERMAIN , inspecteur de la Societe franchise, savant paleographe ; archeologue profonde- ment instruit, un des hommes qui comprenaient le mieux a notre epoque les beaux-arts et leur r61e dans la vie humaine , Torganiste, le compositeur qui avait ecrit dans le Bulletin monumental des pages si interes- santes sur la musique religieuse , est mort a l'ge de 36 ans , a la suite d'une maladie de la moe'lle epiniere. M. R. Bordeaux donnera , dans 1'Annuaire de 1'Asso- ciation normande , vine notice sur M. de SAINT- GERMAIN , qui, jeune encore, etait une des gloires de la province. Personne n'a mieux connu M. de SAINT- GERMAIN que M. Bordeaux ; personne ne Ta mieux HISTOIRE DE L'INSTITUT. vn compris : I'hommage rendu a la memoire de M. de SAINT-GERMAIN sera digne de celui que nous regret- tons. M. 1'abbe BANDEVILLE , grand-vicaire de Reims , uiembre de 1'Institut des provinces , est mort dans le courant de mai 1853. M. BANDEVILLE , qui n' avail pas 60 ans , avait assiste et pris une part active a plusieurs sessions du Congres scientifique de France : il avait public divers ouvrages a Reims. L'Institut a encore perdu trois de ses membres etran- gers. M. Leopold de BUCK est mort a Berlin , le 5 mars. M. Leopold de BQCH a fait plus qu'aucun autre sa- vant de notre siecle pourl'avancement de la geologic. C'est lui qui le premier a explique par les souleve- ments , les phenomenes que presentent la stratification et la disposition des montagnes. Cette theorie a ete plus tard demontree par M. Elie de Beaumont. M. Leopold de BLTCH avait plus de 80 aiis et on lui en aurait donne 72 a peine. II entreprenait encore des courses fort longues a pied et quand il fit un voyage en Normandie en 1840 , ce ne fut pas sans surprise qu'on le vit arriver de Li- sieux a pied chez M. de Caumont. Pour mieux ob- server vos terrains, je viens , disait-il a cet honorable membre de 1'Institut des provinces , vous demander les cartes geologiques que vous avez faites pour le Calvados et la Manche, car je vais continuer a pied mon voyage jusqu'a Cherbourg. Quelques jours apres , M. DE VIII HlSTOIRE DE L 1NSTITUT. BUCK revenait voir M. de Caumont et lui disait : j'ai ete fort content de ma promenade a pied , et votre carte me Va rendue plus interessante , j'ai trouvd vos delimi- tations de terrains tres-exactes. M. AVELLINO , conservateur du musee de Bourbon , a Naples, meinbre etranger de 1'Institut des provinces et de la Societe frangaise pour la conservation des mo- numents, est mort il y a deja 2 ans , mais nous n'en avons ele informes que par Fenvoi de sa notice biogra- phique. M. Avellino avail rendu de grands services a I'archeologie. Une notice sur sa vie et ses travaux a ete publiee en italien. M. HECKER, professeur a la Faculte de Berlin et me- decin d'une grande distinction, avail ete elu 3 e . vice- president general du Congres scientifique de France lors de sa session a Lyon , en 1841. Les membres elus dans le cours de 1'annee 1853 sont MM. Le prince Lucien BONAPARTE, G >^<, senateur.membre de plusieurs Academies. Du Bois, de la Loire-Infer ieure , >&, inspecteur general de 1'Universite. Comte de VAUBLANC ^5, membre de plusieurs Aca- demies , a Paris , et a Munich j Baviere). GAYOT, ancieu depute, secretaire de la Societe d'agri- culture, sciences et arts de 1'Aube. L'abbe TRIDON, inspecteur des monuments de 1'Aube, chanoine honoraire f a Trnyes. ALLUAUD aine ^S, membre du Conseil general de HISTOIRE DE .I/INSTITUT. IX 1'agriculture, president des Societes savanles de Li- moges. Les membres etrangers sont : S. A. R. le prince JEAN, de Saxe, president des So- cieles academiques de Dresde et des Congres archeolo- giques allemands. M. le Comte D'OLFERS, C >$<, directeur general des Musees , comrnandeur de plusieurs ordres , a Berlin. M. SCHULZ, ^<, conseiller d'Etat de Saxe> a Dresde. M. PETIT, membre de plusieurs Academies , a Lou- dres. M. THOMSEN , C $fe t directeur du Cabinet des rne- dailles, commandeur de i'ordre de Danebroc, a Copen- hague. M. le Baron STBLLFRIBD, G e^, grand-mallre des ceremonies du Palais , grand'croix de 1'Aigle-Rouge , 4 Berlin, COMPOSITION DU BUREAU c: du Goassil d'adaaiaistratioa. Directeur general : M. DE CAUMONT O >&., fondateur des Congres scientifiques de France. Secretaire : M. FUDES-DESLONGCHAMPS $, doyen de la Faculte des sciences de Caen. Tresorier : M. GAUGAIN >^<, inspecteur de 1' Association nor- mande. t MM. J. GIRARDIN ^c , correspondant de Tln- stitut de France , a Rowen. Le vicomte DE CUSSY O >k, membre de plusieurs Academies, a Paris, et a Vouilly (Calvados). LE GRAND >^<, D.-M. , ancien maire de St. -Pierre-sur-Dive. LAMBERT, conservateur de la Biblioth^qne publique de Bayeux. Baron DE LA FRENAYE ^, membre de plusieurs Academies , a Falaise. MORIERE, secretaire-ge"n6ral de TAssocia- tion normande , a Caen. DE GLANVILLE, inspecteur des monu- ments de la Seine-Infe>ieure. LE PETIT (Tabbe) chanoine doyen du canton de Tilly. Administra- / teurs. \ LISTE DES MEMBRES DE L'INSTITDT DES PROVINCES. MM. Le prince LOUIS-NAPOLfiON III , G ^^, Empcreur des Francais, Le prince Lucien BONAPARTE $fc , senateur , membre de plusieurs Academies. ETOC-DEMAZY , ancien secretaire-general de Tlnstitut, au Mans, LOTTIN (Tabbe), ancien tr&orier de 1'Institut, id. BOUVET (Tabbe), ancien membre du Conseil, id. DE MARSEUL, chef d'institution , a Laval, LE GALL, conseiller a la Cour d'appel, directeur de la division de la Bretagne , a Rennes. AUBER, chanoine titulaire de Poitiers, directeur de la division du Poitou , a Poitiers. BOUILLET ^< , membre de plusieurs Societes savantes , a Clermont-Ferrand. >*$> ^jfirJG LECOQ e^S, secretaire perpetuel de 1'Acad^mie, a Cler- mont-Ferrand. Leon DE LA SICOTIERE, avocat, a Alencon. TAILLARD $fe. , conseiller a la Cor d'appel de Douai. Guerrier DE DUMAST ^, membre de I 1 Academic , a Nancy. RIGOLLOT e&, president de TAcademie, a Amiens. DE GIVENCHY, secretaire-general de la III e . session du Congres, a St.-Omer. BONNET ^, pixjfesseur d'agricullure, a Besancon. XII LISTE MM. HrvfGNiER *fc , menibre de plusieurs Academies, a Verdun. COMMA RMOND ^, bibliolhecaire du Palais des Arts, a Lyon. D'HoMBRES-FiRMAS :ft, a Alais (Card), coirespoudant de rAcade"mie des sciences. Jules RENOUVIER, ancien president de la Societe des Arts, a Montpellier. SoYEK-WiLLEMET ^ , tresoricr-archiviste de TAcademie, a Nancy. CROIZRT ^, cure de Neschers, pres Issoire. Marcel I>E SERRES ^, professeur a la FacuHe des sciences, a Montpellier. WEISS O >^<, bibliothecaire, a Besan^on. GERAULT, cure de Laval (Mayenne). MILLET, naluraliste, president de la Societe d'agricukure, a Angers. BONNET ^<, D.-M. , chirurgien en chef de THotel-Dieu , a Lyon. VEUICEL $ , ancien m&Cecin en chef des Hosplcee de Lyon. MOMN , professeur d'histoire a la Facufte des lettres de Besancon. FOURMET fj, professeur de geologic a la Faculte des sciences dc Lyon. SERINGE, professeur de botanique a la rneme Faculle. Victor SIMON 5^. , ancien secretaire-general du Congres, conseiller a la Cour imperiale, a Metz. MOUGEOT >^. , naluraliste, a Brnyeres (Vosges). HEPP ^, professeur a la Facult6 de Droit, a Stras- bourg. COUTURAT % , ingenieur en chef du cours du Bliin , ^ Strasbourg. Mg r . DONNET O Jjjj, cardinal-archeveque de Bordeaux, ftES MEMBRES DE L^lNSTITUT DES PROVINCES. till MM. DES MOULIN&, inspecteur divisionnaire des monuments, directeur de la division da Sud-Ouest, a Bordeaux. Mg r . GOUSSET O 3, cardinal-archeveque de Reims. BARREAU, historiographe et chanoine de Beauvais. FEKET, conservateur de la Bibliotheque, a Dieppe. Mg r . COISSEAU, eveque d'Angouleme. DE LA FAUELLE >^<, ancien reprdsentant du Card, a Nimes. DESROCHES (1'abbe ) ,. cur6 d'Isigny ( Manche ). DE GAYROL ^<, ancien depute, a Gompiegne. BisEtL, a Blain ( Loire-Inferieure ). DROUET , inspecteur divisionnaire de la Societe francaise, au Mans. Marquis DE VIBRATE, geologue, a Cheverny, pres Blois. Arthur MARTIN (le R. P.), auteur des vitraux de Bourges , a Paris. CAHIER (id. ) , membre de plusieurs Academies, a Paris. DUCHATELLIER , ancien secretaire-general de 1'Association bretonne, a Quimper. DE LA BAHME $, conseiller a la Cour d'appel de Nimes. Gornte DE MONTALEMBERT -^, ancien pair de France, inspecteur divisionnaire de la Societe francaise pour la conservation des monuments, a Paris. REIDET , conservateur des Archives de la Vienne , a Poi- tiers. GODARD, graveur, membre de plusieurs Academies, & Alencon (Orne). V. HUCHER, membre de plusieurs Societes savantes an Mans (Sarlhe). Gomte DK TOCQUEVILLE O >^<, ancien ministre , membre de rAcademie francaise, a Tocqueville (Manche). TEISSIER , membre de plusieurs Academies , a Anduse* G.omte A. DE GOURGUES, membre de plusieurs Socieles savantes, a Lanquais (Dordogne), XIV L1STE MM. WALZ$ , direcleur de TObservatoire, a Marseille. GOGUEL $, membre de plusieurs Academies, a Boux- veiller (Bas-Ruin). VOISIN (Tabbe), membre de plusieurs Academies, au Mans (Sarthe). LE GLAY$ , conservateur des archives, correspondant de r Academic des inscriptions, a Lille (Nord). KUHLMAN >k , professeur de chimie , membre du Conseil gne"ral du Commerce, a Lille ( Nord ). HERMAND, membre de plusieurs Academies, de la So- cie"t6 des Antiquaires, etc., a St.-0mer (Pas-de-Ca- lais ). JOURDAIN, chanoine de la cathdrale, a Amiens. DLVAL , membre de la Societ6 franchise pour la conser- vation des monuments , a Amiens. F. WOILLEZ, membre de plusieurs Academies, a St.- Quentin. Baron d'HAtissBz ^<, membre de plusieurs Societes savantes , a St.-Saens ( Seine-In ferieu re ). Baron DH TAYA e^, president de la Societe! d'agriculture des C6les*du-Nord , a St.-Brieux. DESNOYERS , vicaire-gen^ral d'0rlans, inspecteur des monuments du Loiret. E. DOLFUS ^S, president de la Societe industrielle de Mulhouse. MALHERBE, juge, president de la Sociele d'histoire natu- relle de Metz. Comte DE CHASTELLUX C ^<, membre de plusieurs Aca- demies, a Chastellux (Yonne ). BALLIN ^s, archiviste de TAcad^mie des sciences, arts et belles-lettres de Rouen. DDBREUIL, professeur d'agriculture, a Paris. BALLY O $, ancien president de TAeademie de mede- cine, a Villeneuve-le-Roy (Yonne). t>ES MEMBRKS t)E L INSTITUT t>ES PROVINCES. XV MM. BERTHELOT $, secretaire-general de la Societe de geographic. VILMOHIN ^, correspondant de 1'Institut, aux Barres (Loiret). BELLA 3, directeur de Tlnstitut agronomique de Grignon. PETIT, proviseur ai lyc^e de Rennes. Comte DE TRISTAN $, membre de plusieurs Academies, a Orleans. Comte DE LOCHART 3, directeur du musee d'histoire naturelle, a Orleans. BAYLE-MOUILLARD ^<, membre de TAcad. de Clermont, ancien secretaire-general du ministere de la justice. BBAUDET LA FARGE >^<, ancien sous-prefet, membre de TAcademie de Clermont. PETIT-LAFITTE, membre de TAcademie de Bordeaux. BLATAIHOC (Tabbe), chanoine, professeur a la Faculte de theologie de Bordeaux. P. M. Roux^<, membre de TAcademie, secretaire-ge- neral du Congres scientifique de France, a Marseille. BARTHELEMY, conservateur du musee d'histoire nalurelle, a Marseille. DIEUSE -^, president de la Societe de stalistique de Marseille. BERTHULUS 2j, medecin du Lazaret de Marseille, membre de plusieurs Academies. COQUAND, ingenieur des Mines , vice-president de TAca- demie d'Aix. GASTEL, agent-voyer chef, a St.-Lo. DEVOUCOLX ( Tabbe ) , secretaire perpetuel de la Societe academique et vicaire-general d'Autun. NIEPCE, procureur-imperial , a Brignoles (Var). Baron DE CONTENCIN ^, directeur general de Tadmi- nistration des cultes , a Paris. XVI LlStlS MM, LE ROY DE BETHINE, membre du Conseil general de ^agriculture, a Doimi. RENAULT, inspecteur divisionnaire de TAssociation nor- mniiilc, vice-president du tribunal, a Coulances. Comte OLIVIER DE SESMAISO.NS, directeur de TAssociation bretonne , a Nantes. CAKTIRR, directeur de la Revue numismalique, a Aniboise. LAMBRON DE LIGNIM, capitaine de cavalerie, secretaire- ge"ne>ai de la XV e . session du Congres scientilique , a Tours. CHAMPOISEAU $, secrelairegene'ral de la meme session, a Tours. DE SOURDEVAL ^, id. , juge destruction , a Tours* J. DE FONTENAY, menibre de plusieurs Academies, a Autun* Mg r . PARisisO & , ^veque d' Arras, ancien represeiitanl du Morbihan. DK GLANVILLE, inspecleur des monuments de la Seine- Inferieure, a Rouen* LE PETIT ( Tabbe" ) , chanoine honoraire de Bayeux , se- cretaire-general de la Socie"te francaise pour la conser- vation des monuments, a Tilly (Calvados, 1 . GODARD*SAINTJEAN (Tabb6), professeur au grand semi- naire de Langres. E. DEBLOIS, ancien representant du Finislere, president de la classe d'histoire de PAssociation brelonne , 6 Quimper. LACURIE (1'abbe), chanoine honoraire de la Rocheile, inspecteur divisionnaire des monuments historiques, a Sainles. MATHERON , ingenieur , membre de plusieurs Soci6t&> sa- vantes, a Marseille. DE Bois LE COMTB, membre de plusieurs Academies, u Tours. DBS MEMBRfcS DE L'lNSTITUT DBS PROVINCES. XVII MM. DE LA TERRADE, directeur de la Societe linneenne, & BordeauK. DE BUZONNIERE, secretaire-general de la XVIIP. session du Congres scientifique de France, membre de plu- sieurs Academies , a Orleans. LA CP.OSSE C $., senateur, ancien ministre des travaux publics, a Paris* imiti DUFAUR DE MONTFORT ^ , president de la Societe de statistique des Bouches-du-Rhone , a Marseille. General REMOND G ^<, ancien depute", membre deplu- sieurs Academies, pres Gisors. GODELLE ^, membre de plusieurs Academies, conseiller d'Etat. MORIERE, secretaire-general de T Association normande, directeur des Gours speciaux du lyce"e, a Caen. LEFEBVKE DU RUFFLE O $, senateur, inspecteur divi- sionnaire de l'Association normande , ancien ministre, ^oiooc: ^ Pont-Autiiou. LE NORMAND, ancien sous-prefet, membre de plusieurs Academies , a Vire. Vicomte DE FALLOUX ^, ancien ministre de Tlnslruction publique, a Segre (Maine-et-Loire). DE KERDREL, ancien representant d'llle^et-Vilaine, ancien eleve de Tficole des chartes, a Rennes. Alph. LE FLAGUAIS, membre des Academies de Caen et de Rouen , a Caen. CROSNIEU (1'abbe), vicaire-general de Nevers, inspecteur des monuments de la Nievre, a Nevers. Mg r . DUPONT C ^$, cardinal-archeveque de Bourges, a Bourges. AUSSANT, membre de plusieurs Academies, professeur en medecine, a Rennes. TAIIOT ^<, presid 1 . de cliambre a la Cour d'appel de Rennes, secretaire-general de la XVI e . session du Congres. Comte Louis DE KERGORLAY, ancien directeur de la Revue provinciate , secretaire-general de r Association bretonne, a Fossieux (Seine-et-Oise). A. TASLE %< , conseiller a la Cour d'appel de Rennes. BARRE, sculpteur, laureat de Imposition rgionale de 1'Ouest , a Rennes. Baron DE GIRARDOT, membre de plusieurs Academies, sous-preTet a Montargis. GUERANGER, president de la Socie"te academique de la Sarthe , au Mans. Succ, sculpteur, Iaur6at de I'lnstitut (exposition re"gio- nale de TOuest), a Nantes. L. DE LA MOTTE, membre de TAcadSmie, inspec- teur des etablissements de bienfaisance , a Bor- deaux. DELALONDE-DUTHIL fils, membre de plusieurs Academies, a Rouen. DE BENGY DE PUYVALLEE >gc , president de la Soci6t6 d'agriculture du Cher , a Bourges. M ARECHAL , ingenieur des ponts-el-chaussees , a Bourges. MACHARD ^, inge"nieur en chef, id. BERTRAND a^c, maire de Caen, doyen de la Faculte des lettres, a Caen. VALLAT, recteur de TAcademie du Lot, membre de TAcad^mie, a Bordeaux. BOUCHER DE PERTHBS ^f, president de la Soci6t d'emu- lation , a Abbeville. RAYNAL ^ , avocat-g6ne"ral pres la Cour de cassation. DE LA MONNERAYB, president du Conseil geii^ral du Morbihan , a Rennes. POTTIER ^< , conservateur de la Bibliotheque publique de Rouen. NICIAS GAILLARD &, avocat-gen6ral a la Cour de cas- sation , membre de plusieurs Soctetes savantes. DBS MEMRRES DE L INST1TUT DBS PROVINCES. XIX MM. THEVENOT, chef d'escadron, secretaire de la einquieme section de la VI e . session du Congres scienlifique de France , a Clermont-Ferrand. CHAVIN DE MALLAN ^<, ancien conservateur de la Biblio- theque du palais du Luxembourg, a Paris. Marquis DE CHENNEVIERES-POINTEL , membre de plusieurs Academies, inspecteur-general des musees de province, a Paris. GUILLORY aine, secretaire-general de la X c . session du Congres scientifique de France, president de la Societe" industrielle, a Angers. Baron CHAILLOU DES BARRES O &, ancien prefet, presi- dent de la Societ6 archologique d'Auxerre. DE VERNEILH-PUIRAZEAU, inspecteur divisionnaire de la Societ6 francaise pour la conservation des monuments, a Nontron (Dordogne). DE SURIGNY, membre de r Academic de Macon, a Macon (Saone-et-Loire). FLECHET, architecte, a Lyon. M. CANAT, secrtaire-archivisle de la Societe academique de Chalons-sur-Saone. R. BORDEAUX, docteur en Droit, membre de plusieurs Academies , a fivreux ( Eure). BLONDOT , secretaire-general de la XVII*. session du Con- gres scientifique de France, professeur a 1'ficole se- condaire de medecine de Nancy. BOULANGE, ingenieur des ponts-et-chaussees , membre de rAcad&nie , a Metz. SiMowiN , docteur-medecin , secretaire de TAcademie Sta- nislas, a Nancy, secretaire de section a la XVII e . ses- sion du Congres. LE PAGE, membre de TAcademie de Nancy, archiviste du departement de la Meurthe, secretaire de section ^ la XVIK session du Congres scientifique, a Nancy. XX LISTE MM. Comte DE MELLET, inspecteur des monuments de la Marne, membre de plnsicurs Academies, president de seclion a la XVII*. session du Congrts scientifique , a Challrait (Marne). Victor PETIT, membre de plusieurs Socieles archeolo- giques, a Sens ( Yonne). TRAVERS , profcsscur de litterature latine a la Faculle des lettres de Caen, secretaire perpetuel de P Academic des sciences , arts et belles-lettres , a Caen. DUPRE LA MA H LIU P. , docteur en Droit, secretaire de section a la XVI C . session du Congres scienlifique de France, substitut, a Caen. ROSTAN, inspecteur des monuments historiques , maire de St.-Maximin (Var). PELLBRIN, docteur-mcdecin, professeur a Tficolesecondaire demedecine, membre de plusieurs Academies, a Caen. HARDEL, imprimeur de Tlnstitut, membre du Conseil de la Societe francaise pour la conservation des mo- numents, a Caen. DE QUATREFAGES $fc , ancicn professeur d'histoire natu- relle i la Facull6 de Toulouse, membre de 1'Institut, a Paris. PAUFFIN , ancien magistral, membre de plusieurs Aca- demies, a Rethel (Ardennes). MAHUL ^:, ancien pr^fet, membre de plusieurs Societes savantes, a Carcassonne. Comte DE MONTLALK, membre de plusieurs Academies, a Moulins (Allier). ROLDANT ( Vabb6) , cure de Chanteile ( Allier). LF. .PELLETIRK-SAUTELET, docteur-medecin, a Orleans. Comic DE VIGNERAL, president du cornice agricole , a Ry (Orne). DE BEHAGUE >$< , membre du Conseil general de I'agri- cullure, a Dampierre (Loiret). DBS MKMBRES DE L'lNSTITUT BBS PROVINCES. XXI MM. LB Vox, bibliolh6caire de la marine, a Brest. CIROT DE LAVILLE (Tabbe), mcmbre de 1'Academie de Bordeaux. Comte ACHMET D'HERJCOURT, president de 1'Academie d' Arras. CHALLB, avocat, vice-president de la Societe acade"mique d'Auxerre , membre du Conseil general de 1'Yonne. FEUILLET, juge de paix , membre de plusieurs Societes savantes , a Lyon. Baron DE MONTRECIL, ancien represenlant, 5 Gisors. Comte DE NIKUKERQUE G 9$r, direcleur-general des mu- shes, a Paris. QUANTIN, archiviste du d^partement de 1'Yonne, membre de plusieurs Societes savantes , a Auxerre. D'ESPAULARD, president de la Sociele" academique du Mans , adjoint an maire de la meme ville. GOMART, membre de plusieurs Academies, secretaire du cornice agricole de St.-Quenlin (Aisne). DE VERNEUIL ^ , membre de la Societe go!ogique de France, & Paris. Baron James DE ROTHSCHILD C ^<, membre de plusieurs Academies , a Paris. RICARD, secretaire de la SociSte" arche^ologique, ^ Mont- pellier. ARRONDEAU, professeur de physique au Iyc6e de Ren- nes. Du Bois $:, de la Loire-Inferieure, inspecteur-g(5n6ral *. de TUniversite". Comte DE VAUBLANC $&, membre de plusieurs Academies, a Paris et a Munich (Baviere). GATOT, ancien depute, secretaire de la Socie"t6 d'agri- culture, sciences et arts de TAube. TRIDON (Tabb6), inspecteur des monuments de TAube, chanoine honoraire , a Troyes. L1STE MM. ALL u Aim ain6 >$< , membre du Conseil g6ne>al de Tagri- culture , president des Societe"s savantes de Limoges. Dessinateur de I'lnstilut : M. BOUET, membre de plu- sieurs Academies , a Caen. t IZoabre: Strangers. MM. S. A. R. le prince JEAN de Saxe , president des Societes acadmiques de Dresde et du Congres archeologique allemand. Comte DE MERODE G jfe, ministre d'Etat de Belgique , inspecteur divisionnaire de la Soci&e franchise, au chateau de Trelon , pres d'Avesnes , et a Bruxelles. LOPEZ & , conservateur en chef du muse"e , a Parme. GAZZBRA ^<, secretaire de T Academic, a Turin. Mg r . RENDU ^<, eveque d'Annecy. Marquis PARETTO C $ , a Genes. Marquis DE RIDOLFI G ^< , ancien ministre , a Florence. Pasteur DUBY , a Geneve. Baron DE SELIS-LONGCHAMP, a Liege. WHEWHEL, professeur, a Cambridge. JAMES I AXES, a Londres. Prince DE CANINO, a Paris. SAN QUINTINO, conservateur honoraire du musec, a Turin. DESPINES C $, directeur^gen^ral des mines du Piemont, a Turin. VARNKOENIG ^ t professeur a 1'Universite de Tubingue. BAKHR, professeur a TUniversite de Hiedelberg. SCHADOW^<, directeur de l^cole des Beaux- Arts, & Dusseldorf. DBS MEMBRES DE L INSTITUT DBS PROVINCES. XXIII MM. KUHFER ^<, professeur de physique, a St.-Pe"tersbourg. KRIEG DE HOCHFELDEN $ , cbargS des fortifications du Grand-Duche de Baden, a Baden. DE HAMMER-PURGSTALL G & , membre de 1' Academic im- pe"riale, a Vienne. DE BRINCKEU , conseiller d'fitat , a Brunswick. BOISSEREE, architecte, a Bonn. D'HOMALIUS D'HALLOY C ^, correspondant de Tlnstitut de France, a Namur. MARAVIGNA, professeur d'histoire naturelle, a Catane (Sicile). Due SERRA DI FALCO G $, prince de St.-Pietro, a Flo- rence et Palerme ( Sicile). BERTINI O 5^< membre de la Chambre legislative de Sardaigne, conseiller a la Faculte" de me"decine, membre de plusieurs Academies, vice-pre"sident-gne'ral du Congres scientifique de France, a Turin. ^ t ? Baron DE Roism ^ , au chateau de Kurens , pres Treves Prusse (Rhe"nane). BUCKLAND, professeur a TUniversit6 d'Oxford. Marquis DB SANTO ANGELO, ministre de S. M. le roi des Deux-Siciles, a Naples. Comte DE FURSTEMBERG >g< , chambellan de S. M. le roi de Prusse, a Apollinarisberg , pres Cologne. Baron DE QUASI ^t, inspecteur-g&ieral des monuments historiques de Prusse, a Berlin. ROULEZ, professeur d'archeologie a l'Universit6 de Gand. Baron DE ST ASSART G O &, membre du S6nat, president de I'Acad^mie , a Bruxelles. -iii T J ."SiSMONDA ^<, professeur de geologic a TUniTersit^ de Turin , membre de I 1 Academic de la ineme ville. Comte DE SELMOUH $ , gentilhomme de la Chambre du roi de Sardaigne, president de 1'Association agricole de Pi^mont. XXIV LISTS MM. JACQUEMONT >^ , mombre du Senal et president de la So- ciele academique de Cha:nbe>y. Mg r . MLLLF.R, evqne de Munster. REICHENSPERGRR , conseiller a la Cour royale et membrc de plusieurs Academies, a Cologne, de la Chambre le- gislative de Berlin. Mg r . GEISSEL :$:, rardinal-archevque de Cologne. BOTOWSKI , secretaire de I'ambassade russe , a Paris. Comle DE LA MARMORA C $ , directeur de Tecole de marine , a Genes. DONALSTON , secretaire de 1'Institut des architectes , a Londres. LE MAISTRF-D'ANSTAING , president de la Socie"le archeo- logique, i) Tournay. QIETELET 0^, secretaire perp&uel de TAcad^mie royale de Belgique, a BruxelleSr JOHARD >$s membre de plusieurs Academies, 5 Bruxelles. DE WILMOSKI , chanoine de la cathedrale de Treves , a Treves. THURMAN, membre de plusieurs Academies, a Poren- truy. Baron DE PLANCKET, doctetir en Droit, membre de plu- sieurs Academies, a Bruxelles. Mi'RcmsoN, membre de la Socit6 royale de Londres, correspondant de Tlnstitut de France, a Londres. PARCKER, membre de la Societe des Antiquaires de Londres, a Oxfor(L Comte Ernest DE BEUST, directeur-general des mines, a Berlin. BARUFFI (Tabb^)^ , professeur de ge'ome'trie a TUni- versite dc Turin. Comte AVOYARDO DE QOAREGNI C ^ , professeur de phy- sique a rUniversit6 de Turin. Comte CESAB BALBO C 5&, d6put6, ex-pre"sident du conseil des ministres, a Turin. DES MEMBRES DB L'lNSTlTUT DBS PROVINCES. XXV MM. CIBBARIO C %., senateur de Pi&nont, professeur de chiraie a rUniversite" de Turin. RAGOZINI ROCH , secretaire perp&uel de TAcad^mie royale d'agriculture de Turin. Baron Joseph MANNO C &, president du senat du royaume de Pie"mont et de la Cour d'appel de Turin , membre de 1' Academic. J. MORIS, senateur du royaume de Pie"mont, professeur de botanique a l'Universit6 de Turin. Professeur CANTC $< , s6nateur du royaume de Sar- daigne, a Turin. Le comte Joseph TELEKI , membre de TAcad^mie imp6- riale d'Autriche, a Szerach. Joseph ARNETH, directeur du cabinet imp6rial des An- tiques, a Vienne. DAVIDSON, membre de la Socie"t6 g^ologique, a Londres. Comte D'OLFER C >^<, directeur-g^neral des musses, com- mandeur de pltisieurs ordres , a Berlin. SCHULZ $, conseiller d'fitat. PETIT, membre de plusieurs Academies, a Londres. THOMSEN C fj^, directeur du cabinet des me"dailles, com- mandeur de Tordre de Danebroc , a Copenhague. Baron STELLFRIED , grand-maitre des c6r6monies du pa- lais, grand-croix de T Aigle-Rouge , a Berlin. XXVI CONGRES DES DELEGUES DES SOCIETES SAVAKTES (SESSION DE 1854). Le Congres s'ouvrira a Paris le lundi 20 mars , a 2 heures , rue Bonaparte , 44. La session durera au moins jusqu'au dimanohe 27. On continuera d'examiner : 1. quels sont les tra- vaux dont les Societes academiques des provinces doi- vent particulierement s'occuper et quel est le meilleur plan a suivre pour la realisation de ces travaux ; 2. on prendra connaissance des memoires qui seront pre- sentes sur les differentes branches des sciences natu- relles et des sciences historiques. Chacun des delegues devra , a son tour , faire un rapport sur les travaux de la Societe a laquelle il ap- partient, pendant Vannee 1853 exclusivement. MM. les delegues seront, en outre, invites a donner des renseignements sur les travaux personnels des hommes studieux de leur pays , et a faire connaitre toutes les publications en cours d'execution dans la circonscription academique dont ils seront les repre- sentants au Congres. Une commission nominee des 1'ouverture de la ses- sion sera chargee de suivre attentivement ces rapports, de les analyser , de les comparer , de les grouper par regions et d'en deduire des consequences qui seront presentees au Congres dans une des dernieres seances de la session , afin que ces observations puissent &tre SESSION DE 1854. XXVII transmises aux diverses Societes savantes , par Tinter- mediaire de leurs delegues. Plusieurs seances seront specialement consacrees a examiner des plans ou programmes de travaux a en- treprendre pour chaque specialite, et a 1'audition des communications qui seront faites par les delegues. Questions a discuter par le Gongres des dflfigufedes Soci^es savantes, en 1854. Voici quelques-unes des questions qui seront discu- tees au sein du Congres : Quels seraient les moyens de faire connaitre aux personnes qui s'occupent en province d'archeologie et d'histoire locale, les principaux documents manuscrits relatifs a leurs etudes , qui existent dans les biblio- thequesde Paris etles grands dep6ts du Gouvernement? Ne serait-il pas utile de publier en faveur des erudits qui n'habitent pas Paris , une sorte de guide pour di- riger les recherches au milieu du dedale de ces collec- tions , et pour suppleer a 1'absence de catalogues ? Faire connaitre des a present les principales series ou Ton peut plus utilement faire des recherches , telles que la collection de Boze , celle de Gaignieres , les manuscrits de Lancelot , ceux de Duchesne , la col- lection genealogique de Clairambault , le recueil topo- graphique du cabinet des estampes. Signaler les collections analogues qui existent dans les bibliotheques de province, les recueils manuscrits relatifs a la feodalite, a la topographic pittoresque, a la biographic locale, les collections d'anciens plans et de portraits. - Les Societes savantes et les administrations des bi- XXVIII CONGRESDESDELEGUES DBS SOCIETES SAVANTBS. bliotheques des departements ne feraient-elles pas bien d'entreprendre la transcription des pieces relatives a leur circonscription , qui , conservees a Paris , sont hors de la portee des savants qui travaillent en pro- vince ? Ne serait-ce pas une excellente oeuvre de de- centralisation? Indiquer les moyens de rendre plus utiles pour la province les musees , les bibliotheques , les dep6ts d'archives, les collections de toute espece , que 1'Etat reunit a Paris. Signaler les inconvenients actuels , indiquer les ameliorations desirables. Perfectionne- ments dans 1'organisation , classement , publication des catalogues. Les institutions organisees en France pour resister au vandalisme et proteger les monuments des arts ont-elles une action suffisante ? Resultats ob- tenus par la Societe frangaise pour la conservation des monuments. Les Societes academiques 6tablies dans les diverses localites se preoccupent-elles suffisamment de cet objet? Les inspecteurs officiels nommes par le ministere d'Etat et les correspondants du ministere de r Instruction publique sont-ils egalement actifs? Quels nouveaux sujets de recherches doivent etre in- diques aux Societes et aux auteurs qui entreprennent des histoires locales et des statistiques historiques ? De l'6tude des institutions feodales : organisation des fiefs ; histoire de la propriete fonciere ; circonscriptions et hierarchic des justices ; voierie ; marches. Histoire des for^ts , des cours d'eau et des moulins. A quelle epoque ont ete constituees les fabriques d'eglises ou bureaux de marguilliers ? Quelle a ete Tinfluence de ces administrations lai'ques sur 1' archi- tecture religieuse et sur Tart en general ? SESSION DE 1854. XXIX Faire 1'histoire chronologique des jardins et des plantations d'agrement qui existent aupres des cha- teaux ? N'est-il pas regrettable de voir substituer des jardins modernes , dits a Tanglaise , aux avenues et aux anciennes plantations qui entourent les chateaux des XVI e . et XVII 6 . siecles? Quels seraient les moyens de faire connaitre et de repandre a 1'etranger et en Amerique les publications des Societes savantes de Frange ? Les recueils des Societes savantes occupent-ils dans les bibliotheques publiques la part qu'ils y devraient legitimement tenir? Sont-ils classes , catalogues et mis a la disposition des lecteurs dans les bibliotheques de Paris? Quelles sont les bibliotheques de France ou Ton trouve la serie plus ou moins complete des publications des Societes savantes? Du dep6t commence par 1'In- stitut des provinces a la bibliotheque du Luxembourg ? Faut-il , dans les grandes bibliotheques , faire un departement particulier des recueils des Societes sa- vantes , ou repartir ces publications dans les specia- lites auxquelles elles appartiennent , suivant Ford re des connaissances humaines? Quel serait , au point de vue bibliographique , la meilleure classification de ces publications ? Quelles sont les causes pour lesquels les journaux des Societes savantes restent en-dehors du commerce de la librairie? Des moyens de rendre ces collections moins encombrantes. Des ameliorations a y apporter sous le rapport de la correction , du format , des divi- sions. De la necessite de bonnes tables methodiques , alphabetiques et par noms d'auteurs. 3UI CONGRES DBS DBLEGUBS DBS SOCIETES SAVANTES . La publication d'une table analytique generale de tous lesrecueils desSocietes, contenant le depouillement de tous les faits qui s'y trouvent , 1'indication de toutes les figures qui y sont contenues , ne serait-il pas d'une grande utilite? Quels sont les travaux mis au jourou entrepris ence genre depuis le Repertorium commenta- tionum a societatibus litterariis editarum, a Gottingtie, public par J.-D.Reuss, au commencement de ce siecle? De 1'importance et de la nieilleure organisation du secretariat et des comites de redaction et d'impression dans les Societ6s scientifiques. Pourquoi le procede de moulage invente par M. Lottin, de Laval, et acquis par 1'Etat, n'est-il pas public? Services que les Societes archeologiques en retireraient. . DE L'INSTITUT. T/r M. le comte A. D'HERICOURT est nomme president des Assises scientifiques de la Flandre et de 1'Artois, qui se tiendront a Lille en 1854. M. le comte DE VIGNERAL est nomme president des Assises de Picardie, qui seront convoquees a son choix a Abbeville ou a Amiens. M. le comte DE MBLLET est nomme president des Assises scientifiques de la Champagne qui se tiendront a Reims ou a Chalons. M. Victor SIMON est nomine president des Assises scientifiques de la Lorraine et du pays Messin , qui se tiendront a Nancy ou a Metz. M. le baron CHAILLOU-DES-BARRES est nomme pre- sident des Assises scientifiques de la Bourgogne , qui se tiendront a Auxerre. M. le comte DE MONTLAUR est nomme president des Assises scientifiques du Bourbonnais, qui se tiendront a Moulins. M. ALLUAUD est nomme president des Assises scien- tifiques du Limousin, qui se tiendront a Limoges. M. le vicomte DB CUSSY est nomme president des Assises scientifiques qui se tiendront a Poitiers. M. 1'abbe LACURIE est nomme president des Assises scientifiques de la Saintonge. M. A. DB BLOIS est nornme president des Assises scieslifiques de la Basse-Bretagne, qui se tiendront a Quimper. XXXII ARRETES BE I/INSTITUT. M. RENAULT, membre de 1'Institut des provinces, a Coutances, est nomme president des Assises scienti- fiques de la Basse-Normandie , qui se tiendrout a Avrauches le 24 juillet. M. le marquis DE VIBRAYK est nomme president des Assises scientifiques de laTouraine et du Blaisois , qui se tiendront a Tours ou a Blois. M. E. GUERANGER, membre de 1'Institut des pro- vinces, est nomme president des Assises scientifiques du Maine et de TAnjou, qui se tiendront au Mans. M. Ch. DBS MOULINS est nomm6 president des Assises scientifiques du Perigord, qui se tiendront a Perigueux. M. RICARD est nomme president des Assises scien- tifiques qui se tiendront a Montpellier. M. Roux , de Marseille , est nomme president des Assises scientifiques du Sud-Est. Des poesies tres-remarquables par M. Delerue, president de la Sociele d'emulation de Rouen, Le Flaguais, membre de 1'Institut des provinces , et par d'autres litterateurs d'un grand merite ont te lues dans les stances du Congres des delegues et dans celles des Assises scientifiques tenues sur divers points de la France ; nous regrettons de ne pouvoir les publier. Par une deliberation du comite de publication il ne sera pas publie de poesies dans VAnnuaire de 1'Institut des provinces. ^ CONGRfcS ,J MS DfiLEfiUES DES SOCIETY SAMFK& DESDEPARTEMENTS, SOUS LA BIRECTION DE LTOITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. SESSION DE 1853, SEAXCE DU 20 JANVIER. {Presidence de M. DB CAUMONT, directeur de I'lnstitut des provinces). La seance est ouverte a 2 heures et demie dans la salle de la Societe pour 1' encouragement de 1'industrie nation ale. Prennent place au bureau , sur 1'invitation de M. de Caumont : MM. Elie de Beaumont, sen ateur, baron de Stassart , president de TAcademie de Bruxelles , d'Homalius, de Namur, de Quatrefages, membre de I'lnstitut, Dubois, de la Loire-Inferieure , docteur Bally, de TYonne ; MM. Duchatellier, Charles Gomart et Raymond Bordeaux, secretaires-generaux. On remarque dans la salle : MM. Vicomte DE CUSSY, membre de I'lnstitut des provinces. Comte DE MELLET , delegue de TAcadernie de Reims. MAURENQ, delegue de la Socie ted' agriculture de 1'Indre, Le general REMOND,memb rede I'lnstitut des provinces, 1 2 INSTITTJT DBS PROVINCES DE FRANCE. DE LA. MoNDiEitE , delegue de 1'Association normande, arrondissement de Falaise. Le comte DE SERAINCOURT , delegue de 1'Aveyron. DE CLOCHEVILLE , delegue de la Societe academique de Boulogne-sur-Mer. Le docteur PAILLOUX , delegue de Sa6ne-et- Loire. MOUTIER , delegue de 1'Association normande , arron- dissement de Lisienx. Emmanuel MICHEL, ancien conseiller, delegue de V Academic imperial e de Metz. CHENEAU, delegue de la Societe d'horticulture de Rouen. Le comte DE Soucy, delegue de 1' Association normande > arrondissement de Bayeux. Sue, membre de 1'Tnstitut des provinces, a Nantes. Le marquis DEBELVAL, delegue dela Societe el' Abbeville, Le vicomte DE BONNEUIL , delegue de la Societe fran- gaise pour la conservation des monuments ( section de Seine-et-Marne). DE LA CHAUVINIERE , delegue de plusieurs cornices agricoles. D'EsTouRBET , president de la Societe d'agriculture de la Cote-d'Or. Charles HUMBERT , secretaire de la meme Societe. DUBOIS, inspecteur general de l'Universit6, delegue de la Societe academique de Nantes. Marquis DE CHENNEVIERES, inspecteur des Musees de province, delegue dela Societe d'Emulation d' Abbe- ville. LE VAVASSEUR, membre de plusieurs Societes savantes, a Argentan. BA.NDOING, depute, membre du Conseil general des manufactures. CONGRES DBS ACADEMIES. 3 DE BEAUCOURT, delegue de 1'Association normande. DE GUERPEL, delegue dela Societe d' agriculture deVire. MAHUL, ancien prefet, membre de 1'Institut des pro- vinces, delegue de la Societe des sciences et arts de Carcassonne. Comte D'OSMOT, de!6gue de 1'Association normande ( division de 1'Eure ). LOUVANCOURT , maire de Perigny~sur-Loire. Le docteur BLANCHET , president de la Societe gene- rale d' assistance et de prevoyance pour les sourds- muets. DE MORJSSURE , secretaire et delegue du Cornice de Nogent-le- Rotrou. DE KERIDEC , ancien depute , delegue de 1'Association bretonne ( section du Morbihan ). DE GLANVILLE , membre de 1'Institut des provinces , a Rouen. DB LA BIGOTTIERE , delegue de PEure. Le vicomte DE POMMERETJ, delegue de 1'Association normande (division de la Seine-Inferieure). BEAUDOIN, delegue de la Societe d'emulation de Rouen. DE LERUE, id. BUVIGNIER , membre de 1'Institut des provinces , de^ legue de Verdun, HUET, maire de Bellengreville, delegue de 1' Association normande. D'OTREPPE DE BOUVETTE , ancien conseiller, secretaire et delegue des Societes sav antes de Liege. DE VIGAN, delegue de la Societe archeologique de Lorraine , a Verne uil. Comte DE COURCELLKS , delegue de la Societ fran^aise ( departement du Nord ). 4 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. GODARD-FAULTRIER , president de la Commission ar- cheologique de Maine-et-Loire. DARBLAY aln6 , ancien depute, president du Cornice de Seine-et-Oise. Le oomte DE BEAUFORT, delegue de la Societe franchise pour la conservation des monuments. DUCHATELLIER, delegue de 1'Association bretonne (divi- sion du..Finistere ) , membre de Flnstitut des pro- vinces. Le comte DE LYONNE , delegu du Cornice agricole de Melun. Le baron DE MESNIL-DURAND, delegue de Lisieux. Jules DUVAL , delegue de la Societe des sciences et arts de 1'Aveyron. DURECU , inspecteur divisionnaire de 1'Association nor- mande. Paul DURAND , membre des Societes savantes d'Eure- et-Loir. Onesime LEROY , delegue des Societes savantes de Seine-et-Oise. Le vicomte DE TIRLET , delegue de la Societe d'agri- culture , sciences et arts de la Marne. DE LA TULLAYE , president du cornice de Nogent-le- Rotrou. Le vicomte Theodose DuMoNCEL, president et delegu& de la Societe des sciences naturelles de Cherbourg. Ch. GOMART , membre de 1'Institut des provinces , de- legue de St.-Quentin. Le general vicomte DE CHAMPAGNY, delegue de Morlaix. Le comte DE LOSTANGES, vice-president de I'Academi nationale de 1'industrie. ^e comte D'HERICOURT, secretaire- general du Congres CONGRES DBS ACADEMIES. O scientifique de France , delegu6 de I'Academie d'Arras , etc. DE QUATREFAGES, membre de 1'Institut de France. DE LA FRESNATE , president et delegue de la Societe academique de Falaise. Ch. CALMAR DE LAFAYETTE , delegue de la Societe academique du Puy. Eugene MILLARD , delegue de la Societe d'htstoire et d'archeologie de Chalons-sur-Saone. DARCEL , delegue de la Societe frangaise pour la con- servation des monuments ( departement de la Seine). JOBARD , delegue des Societes savantes de Bruxelles , membre de 1'Institut des provinces. Lecomte DEMONTLAUR, delegu6 des Societes savantes de Moulins. Le comte DE VIGNERAL , membre de 1'Institut des pro- vinces , president et delegue du Cornice de Putanges (Orne). PORIQUET, delegue de ^Association nonnande [section de TOrne). QUENARD, membre de la Societe centrale d'agriculture de la Seine. Le baron TRAVOT, delegue de la Societe d'agriculture d'Avranches. DE VAUTENET, delegue de TAssociation bretonne (sec- tion d'llle-et-Vilaine).. PEIGNE DE LA COURT , membre de plusieurs Societes savantes, delegue de la Societe academique de TOise. Raymond BORDEAUX, membre de Tlnstitut des provinces, inspecteur divisionnaire de ^Association normande. DELA BORDBRIE, delegue des Societes savantes d'llle- et-Vilaine. 6 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. DENIS , membre du Conseil general des manufactures et de 1'Institut des provinces , a Mayenne. LANGLOIS , president honoraire de 1'Academie de Metz. Le comte de MONTRHUIL, depute, president et delegue du Cornice agricole de Gisors. RIOULT DE L'ARGENTAYE , ancien depute , delegue de la Societe archeologique des C6tes-du-Nord et de la Societe frangaise (section des C6tes-du-Nord). COUVIER-GRAVIER , astronome. COUTANT, president de la Societ6 de sphragistique . Ach. LE CLERE , membre de 1'Institut et du Conseil des batiments civils. Le marquis DE SAINT- SEINE, dele"gue de la Societe d' agriculture , sciences et arts de la Haute- Sa6ne. CHENNEVIERE , d'Elbeuf, membre du Conseil general des manufactures. Onesime SETJRRB , delegue de la Societe d'agriculture , commerce , sciences et arts de Chalons. Comte DE VANDER STRATEN PONTHOZ, del^gue de FAcademie imperialede Metz et de la Societe archeo- logique de Luxembourg. DE LORIERE , delegu6 des Societes savantes de la Sarthe. Paul de WINT, delegue de la Societe frangaise. Comte DE RENNEVILLE, delegue des Cornices agricoles de la Somme. Comte DE VESVROTTE . delegue des Societes savantes de Dijon. JOLY, delegue de 1' Association normande. Le docteur BALLY , delegue des Societes savantes de TTonne, membre de 1'Institut des provinces. CONGRES DES ACADEMIES. 7 BRIAND, delegue du Cornice de Vimoutiers. DE SAINTE-BEUVE , delegue de la Societe libre d'agri- culture , sciences et arts d'Evreux. Joseph PINARD , delegue de Seine-et-Oise. Le comte DE BROSSES, de la Societe academique d'Or- leans. MOSSELMANN, delegue des Cornices agricoles du depar- tement de la Manche. DE RING, delegue de Strasbourg. PETIT- LAFFITTE , delegue de la Gironde. L'abbe CIROT DE LAVILLE , membre de I'lnstitut des provinces , a Bordeaux. Le vicomte de GOURGTJES* id., representant de la Dordogne. Isidore LE BRUN, delegue de 1'Association nor- mande. Marquis DE GODEPROY DE MESNIL-GLAISE^ delegue de la Societe des antiquaires de la Morinie. Le baron DE FONTETTE , ancien depute. RICARD , membre de I'lnstitut des provinces , delegu6 des Societes savaiites de Montpellier. Comte Georges DE SOULTRAIT, delegue des Societes de Macon. PONSARD , delegue de la Societe d'agriculture de Cha- lons-sur-Marne. Alfred RAME , delegue de la Societe archeologique d'llle-et-Vilaine. DANJOU , delegue des Societes savantes de Beauvais. Le comte BREIL DE LANDAL, delegue d'llle-et-Vilaine. Le comte de SAISY , du Morbihan. Le baron Joseph DE FONTENAY, membre de I'lnstitut des provinces, delegue de la Societe Eduenne. 8 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. DE BARTHELEMT , delegue des Societes deChalons-sur- Marne , inspecteur des monuments de la Meuse. PAYEN, membre de 1'Institut. PEPIN , delegue de la Societe centrale d'agriculture de la Seine. HUZARD, secretaire-arch iviste et delegue de la me'me societ^. L'abbe COCHET , delegue des Societes de Rouen et de Dieppe. Charles GIVELBT, delegue de I'Academie de Reims. GUILLORY alne , president et delegue de la Societe industrielle d'Angers. DE SUSSEX , delegue des Societes d'agriculture de Seine-et-Oise. Le comte de CAULA.INCOURT, delegue du departement de 1'Orne. A. PASSY, ancien sous- secretaire d'Etat , delegue de la Societe imperiale d'agriculture. M. de Caumont inaugure la seance par un discours dans lequel il resume les travaux du Congres et ceux de 1'Institut des provinces. II termine en ces termes : Un grand fait , dont la portee doit etre immense dans Tavenir , a signale Pannee 1852. Je veux parler des Assises scientifiques organisees par 1'Institut des provinces sur douze points principaux de la France. Un programme de questions bien choisies avait ete redige et transmis par le bureau central aux douze presidents des Assises, et presqueen me* me temps ces questions ont ete posees , discutees , resolues dans les villes ou ces Assises avaient ete convoquees. Vous CONGRES DBS ACADEMIES. 9 comprenez tout le parti qu'on peut tirer de ce nouveau mecanisme qui nous permet en quelque sorte d'etudier partout en me'me temps les questions les plus impor- tantes, d'en obtenir immediatement la solution, d'etendre, si je puis parler ainsi, les bras du Congres jusqu'aux limites les plus eloignees du territoire franc.ais. Des ce moment , je suis heureux d'offrir 1'expression de notre gratitude a MM. le baron Chaillou-des-Barres d'Auxerre; le comte de Mel let, de la Marne ; Mal- herbes , Victor Simon ; Boulanger , de Metz ; Roux , de Marseille , qui se sont particulierement signales par leur zele a organiser les Assises scientifiques dans leurs circon script! ons respectives. Ce discours , accueilli avec le plus vif interet , est universellement applaudL M. deCaumont depouilleensuite lacorrespondance: M. le president de 1' Academic imperiale de Metz exprimeses regrets de ne pouvoir se rendre au Congres des delegues des societes savantes. II annonce que 1'Academie de Metz a delegue M. Emmanuel Michel et M. le comte Van der Straten Pontho^z pour la representer.Ellefaitdeposer surle bureau leXXXIII. volume de ses Memoires , 1851-1852, et le programme des prix qu'elle decernera en 1 853. M. Boucher de la Rupelle, ingenieuren chef du canal ^'Orleans et du Loing , ecrit pour s'excuser de ne pouvoir assister aux premieres seances du Congres; il espere pouvoir s'y rendre avant la fin de la session. M. le president de 1'Academie de Nancy exprime egaleinentses regrets de ne pouvoir assister au Congres. 10 INSTITUT DBS PROVINCES DB FRANCE. M. Bertrand , maire de Caen et delegue de 1'Aca- demie de la me'me ville , espere pouvoir assister aux dernieres seances de la session. M. de Mons de Montchaton , de Coutances, prie le Congres de recevoir ses excuses. M. le comte de Germigny, membre du Conseil general du Calvados , exprime ses regrets de ne pouvoir assister aux seances du Congres. M. le president de la Societe pour la conservation et la recherche des monuments dans le grand-duche du Luxembourg, ecrit pour s'excuser de ne pouvoir se rendre aux seances du Congres , et fait deposer par M. de Van der Straten un volume de ses Publications , annee 1851 , tome VII. M. le president de la Societe imperiale et centrale d'agriculture annonce que cette Societe a designe pour la representer au Congres MM. Pajen, Antoine Passy , Huzard , Milne Edwards , Pepin. MM, le comte de Nieuwkerke, directeur general des musees imperiaux; Blanchard, delegue delaNievre; le baron de Rotschild, membre de Tlnstitut des provinces; Victor Simon, president de 1'Academie de Metz ; Soyer de Villemet, de Nancy; Renault, de Coutances; 1'abbe Noget , chanoine de Bayeux ; Des Moulins , de Bordeaux; Cirot de la Ville, chanoine a Bordeaux; 1'abbe Blatairou , doyen de la faculte de th6ologie , expriment leurs regrets de ne pouvoir assister aux seances du Congres. M. le bibliothecaire-archiviste de P Academic de Stanislas, a Nancy, informe le Congres que M. Monnier est charge de la representer au Congres. M. le comte L. de Kergorlay s' excuse de ne pouvair assister aux seances du Congres. CONGRES DES ACADEMIES. ll M. le maire d'Amance (Meurthe) annonee son ar- rivee. M. Foisset, conseiller a la Cour d'appel de Dijon, prie le Congres de recevoir ses excuses. M. Barthelemy, inspected des monuments de la Meuse , adresse au Congres une carte monumentale du departement de la Meuse. MM. le baron Chaillou-des-Barres et Quantin , d'Auxerre , membres de 1'Institut des provinces , ex- priment le regret de ne pouvoir se rendre a Paris. M Bazin , membre du Conseil general des Manu- factures , auMesnil-St.-Firmin, annonce qu'il recevra avec plaisir MM. les membres du Congres qui desire- raient visiter son etablissemeiit agricole et Indus- trie!. Une liste sera d6posee sur le bureau pour recevoir les inscriptions de MM, les membres qui desireraient se rendre au Mesnil. Le jour de cette visite est fixe au mercredi 26 couranL Une serie de numeros du Philologue el Vartiste, journal mensuel d'enseignement , deposee sur le bu- reau , est distribute aux membres du Congres. L' Academic de Munich fait parvenir un volume de ses Memoires. M. Charles Gomart envoie une brochure intitulee : Le chateau de Ham et ses prisonniers. Le Bulletin du vomice agricole de St.-Quentin (Aisne). II est fait hommage au Congres d'un grand nombre tfimprimes qui sont renvoyes a la section charges d'apprecier le mouvement academique en France. M. de Cussy est charge de presider cette section. Uae journee entiere sera consacree a 1'audition des rapports , envoyes a 1'avance par chacune des Societes 12 INSTITUT DBS PROVINCES DB FRANCE. de province. Le Cougres decide que cette enqueue aura lieu mardi 25, de 9 heures du matin a 5 heures du soir. M. le president souraet a 1'assemblee le programme des questions que le bureau central a cru devoir pre- senter au Congres , tout en invitant MM. les membres du Congres a formuler et a d^poser sur le bureau les questions qu'ils croiraient interessantes. Ces questions seront soumises au bureau central. SCIENCES HISTOUIQUES, LITTERATURE, BEAUX-ARTS. 1. Quel a ete le mouvement academique en France depuis Tannee derniere? 2. Quellesontete, dans les departements, les publica- tions lesplus importantesetlesplus remarquables, soil sous le rapport du fond, soitsous le rapport de la forme? 3. Convient-ilde continuerle Bulletin bibliographique? Quelles sont les observations faites sur cette publication paries Societes savantes? 4. L'histoire des arts et des industries dans chaque contree n'est-elle pas un des sujets d'etude les plus interessants et les plus feconds pour les Societes aca- demiques des departements ? 5. Dans quel ordre les recherches de ee genre pour- raient-elles avoir lieu le plus ordinairement? 6. Quelle direction suit aujourd'hui daiisles provinces le mouvement artistique? Quels efforts doivent faire les Societes savantes pour le diriger? 7. A une epoque ou 1'utilite est le premier but qu'on se propose en toutes choses, ou les necessites indus- trielles dominent , les Societes savantes des depar- CONGR&S DES ACADEMIES. 13 tements n'ont-elles pas a se preoccuper dela direction a donner a T architecture et a la sculpture des grandes constructions modernes? Comment les ecoles de dessin et les collections d'art de nos villes de province pour- raient-elles tre rendues plus profitables aux progres de I'industrie dans les departements ? 8. Les Societes academiques ne pourraient-elles pas donner a certains arts, notamment aux arts cerami- ques, dans nos departements, une impulsion nouvelle ? 9. Les Societ6s academiques ne doivent-elles pas rechercher les noms et les dates chronologiques des peintres nationaux les plus anciens, en descendant jusqu'aux temps bien connus ; indiquer leurs oeuvres, les lieux ou elles se trouvent , et determiner la part d'origiualite qu'il faut faire a la peinture franchise, et celle qu'elle a pu prendre sous Tinfluence de 1'art en Italie , en Flandre , etc. ? 10. Sous quelles influences locales les divers fiefs se sont-ils constitues et repartis? Les villa gallo-romaines on t- elles, en general, servi de noyau aux fiefs? 11. Quelle a et^l'origine des paroisses rurales? Un grand nombre d'entr'elles n'ont-elles pas ete creees aux XI e . etXII 6 . siecles? Yavait-il beaucoup d'6glises en dehors des bourgs sous les Carlovingiens? 12. Quelle a et6 rinfluence de la feodalite et des mo- nasteres sur la multiplication des eglises etsur le depla- cement et la formation des agglomerations d'habitants ? 13. Quels secours historiques peut-on tirer des an- ciennes chartes, des concessions de dimes et de pa- tronages, des etymologies des noms de localites, enfin des vocables des eglises pour cette parlie de Thistoire? 14. A quelles causes faut-il attribuer la reconstruction 14 iNSTiTtrr L>BS PROVINCES DE FRANCE. de presque toutes les eglises rurales a la fin du XV s . siecle et au commencement du XVI e . dans certaines regions de la France? Pourquoi, dans des campagnes voisines, les eglises des XI e . et XII e . siecles ont-elles ete conservees et subsistent-elles encore? 15. La dimension des eglises rurales n'etait-elle pas calculee sur la population de chaque paroisse, a i'epoque ou on les batissait? la verification de ce fait ne permettrait-elle pas d'en tirer des inductions interessantes pour 1'histoire? 16. La plupart des families existantes dans nos villages ne sont-elles pas encore les m&mes qu'au moyen-age? (Fixite de la population rurale ; etyrno- logie des noms de famille ; persistance des usages , du langage et des costumes locaux). 17. Quel est le degre d'antiquite des costumes portesparlespaysansenBretagne, en Normandie, etc.? 18. Etudes des diversos races repandues sur le sol de la France. Races celtique, kimri, romaine, franque, saxonne, normande, etc. A quellerace principalement appartenaient les possesseurs de fiefs et la classe noble, au moment de Tetablissement de la feodalite dans les differentes provinces? Verifier par 1'etude des faits locaux les systemes emis sur ce point. 19. Quelles sont en province , et en dehors des recueilt des Societes savantes , les collections periodiques con- sacrees a Tetude de 1'histoire , des beaux-arts , de la litterature el des sciences naturelles ? Dans un certain nombre de departements , les Annuaires officiels de la prefecture contiennent des notices sur la statistique, les antiquites, la biographic locale, etc. Dans plusieurs provinces il existe des Revues et des journaux d'art. CONGRESS DES ACADEMIES. 16 Paire I'enumeration et la bibliographie de ces publi- cations dans les diverses regions de la France. 20. Dresser la liste des Musees d'antiquites , de peinture et de sculpture qui existent dans les villes de province. Indiquer si ces collections se trouvent dans des locaux suffisants , si elles sont classees , s'il en existe des livrets. 21. Quels sont les progres de rimprimerie dans les departements? Cette industrie ne tend-elle pas a s'affranchir de la dependance parisienne? Les Societes savantes ne peuvent-elles pas prendre part a son essor en province , par leurs publications , sous le rapport de la correction et du bon gout? 22. Quels seraient les moyens de faire connaitre les publications de province et d'obvier aux lacunes enormes et aux omissions du journal de la librairie en ce qui concerne les travaux imprimes dans les departements? SCIENCES PHYSIQUES* 1. Quelles sont les recommandations a faire aux Societes d'agriculture et aux Cornices relativement a la confection des cartes agronomiques? 2. Quelle impulsion les Societes agricoles peuvent- elles douner au perfectionnement des races d'animaux domestiques? Ne doivent-elles pas, chaeune dans leu,r circonscription , publier des instructions a la portee de tous les agriculteurs? Comment ces instructions devront-elles etre congues? 3. Vers quelles modifications doiveut tendre les efforts des agriculteurs , soit dans le regne animaf , soit dans le regne vegetal? 16 1NSTITUT DBS PROVINCES DE FRA.NCB. 4. Quelles observations les Societes agricoles des departements littoraux ont-elles faites sur Vemploi du varech pour 1'engrais des terres? Quelle en est la valour comparee a celle du fumier et des autres engrais? 5. Que doivent faire les Societes agricoles des departements littoraux en presence des reglements qui interdisent la coupe des varechs? 6. Les dep6ts de guano devant necessaireroent etre epuises dans un temps assez prochain, comment pourrait-ou remplacer cet engrais en agriculture? 7. N'importe-t-il pas de recommander , comme sujet d'etudes approfondies , aux Societes d'histoire naturelle, d' examiner s'il est bien prouve que le homard se reproduit dans les pares ou les pcheurs le conservent pour la vente?Quels precedes les Societes d'histoire naturelle peuvent-elles conseiller aux habitants du littoral pour obtenir la multiplication de ces crustaces et des autres especes qui servent a la nourriture de rhomme? 8. Quelles sont les principales differences que presentent les Faunes marines littorales de la France? 9. Ces differences sont-elles explicables par des considerations exclusivement climatologiques? 10. Quelle influence peuvent exercer a cet egard : !. La constitution geologique des c6tes , 2. Les courants marins en general; 3. Le voisinage de 1'embouchure des divers cours d'eau? 11. Le plan officiel de la statistique generale d'un departement frangais n'ayant pas ete publie depuis 1'an X , et le programme donne plus tard par la Societe CONGRES DBS ACADEMIES. 17 centrale de statistique n'etant plus en rapport avec le progres de la science statistique , Quel est le mode de redaction a suivrepour ce travail? Celui de publication sous le point de vue de la depense? La statistique doit-elle 6tre publiee periodiquement , tous les dix ans , ou a des epoques plus eloignees? 12. M. Petit , directeur de 1'Observatoire de Tou- louse , correspondant de 1'Institut, a observe, par la deviation du pendule, que la chaine des Pyrenees est une soufflure plus ou moins puissaiite en epaisseur (cette Epaisseur demeure necessairement ignoree), et qui doit s'elever par un vide egaleraent inapprecie. N'est-il pas a propos d'appliquer cette observation a d'autres montagnes , afin de savoir si elles peuvent donner lieu aux me'mes suppositions ? Quelles instruc- tions doit-on donner a ce sujet aux Societes savantes? M. de Caumont annonce ensuite que le Congres se divisera en trois sections. i ^~ f j. Les numeros 1, 2, 3, 4, 5 sont renvoyes a Vexamen de la section des beaux-arts. M. Bordeaux est charge de recueillir tous les proces- verbaux de cette section. MM. de Chennevieres , De Lerue , Duchatellier et Calmard de la Fayette sont inscrits pour prendre la parole sur les sixieme et septieme questions. La question u. 8 est renvoyee a la section d'agri- culture et d'industrie. M. de Chennevieres ditqu'ilaurait quelques observa- tions a presenter sur Tensemble. de toutes ces questions. M, de Mellet prendra la parole sur la question n. 9, 18 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRA.NCB. MM. Raymond Bordeaux et de Glanville doivent trailer une grande partie des 10 e ., ll e ., 12 e ., 13 e ., 14 e ., 15 e ., 16 e ., 17 e . et 18 e . questions. La question n. 19 rentre dans le domaine de la section presidee par M. de Cussy. La question n. 20 rentre aussi dans I'enqu&te general e surles travaux des academies de province. En ce qui concerne la question n. 21 , M. le pre- sident fait observer que le Congres a decerne deja des medailles aux imprimeurs de province qui avaient progresse. II y a encore beaucoup a faire. On conti- uuera de recompenser par des medailles ceux qui ont fait le mieux. M. ftHericourt pense qu'on pourrait faire pour le mouvement artistique ce qu'on a fait pour lemouvement intellectuel et nommer un rapporteur charge de re- diger cette partie de l'enque"te. M. de Caumont adopte cette proposition. La partie artistique sera confi.ee a un autre rapporteur , M. d'Hericourt sera charge de la partie intellectuelle seulement. M. Duchatellier propose de renvoyer la 22 e . ques- tion a la commission chargee de la 3 e . , relative au Bulletin bibliographique. Cette proposition est acceptee. On passe aux questions relatives aux sciences phy- siques. M. de Caumont , a 1'occasion de la question relative a la confection des cartes agronomiques , espere que M. Elie de Beaumont voudra bien indiquer un mode uniforme pour Tensemble de ce travail , et CONGRES DBS ACADEMIES. 19 qui puisse e"tre adopte par les Societes d'agriculture dans la confection des cartes agronomiques. M. Jamet , qui est I'auteur de la deuxieme question sur 1' Amelioration des races d'animaux domestiques> pense que c'est une des questions les plus interessantes de 1'agriculture ; il prie instamment le Congres de la mettre serieusernent a 1'etude. MM. les comtes deLyonne, de Vigneral et deTravot, se sont fait inscrire pour les 4 e ., 5 e . et 6 e . questions. M. Payen presentera a la seance de dimanche, a 3 heures , un travail sur les engrais en general , et il traitera dans ce rapport de Temploi du varech pour 1' engrais des terres. M. de Quatrefages pourra aussi apporter quelques observations lors de la discussion. M. Duchatellier pense que la decision du Congres pent avoir une grande portee , attendu que la question quiinterdit la coupe du varech n'est pas encore r6solue. La question n. 7 a 6te* envoy 6e par plusieurs Soci6tes de la Bretagne. M. Duchatellier traitera cette question. M. de Quatrefages prendra la parole sur les 8 e ., 9 e . et 10 e . questions. La ll e . question qui est envoyee par huit a dix Societes de province , a une grande actualite , surtout depuis la formation des Societes de statistique ; elle sera traitee avec une serieuse attention. La 12 e . question ne peut e"tre resolue que par M. Elie de Beaumont, et M. le directeur espere qu'il voudra bien la traiter. M. de Caumont ajoute qu'il est essentielque demain 20 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. MM. les presidents de section veuillent bien se rendre aux heures indiquees pour presider leurs sections. La section d'histoire naturelle se reunira a 8 heures du matin. M. de Verneuil presidera cette section et traitera de la constitution geologique de 1'Espagne. M.delaFresnaye afaitun travail sur Tanatomie des oiseaux, fruit de plusieurs annees d'etude ; ce travail sera presente au Congres samedi prochain 22 courant. Les membres qui veulent faire par tie d'une section devront se faire inscrire a Tissue de la seance par MM les secretaires-generaux. II est bien entendu que leur inscription dans une section ne les empe'che pas de prcndre part aux travaux des autres sections. M. Du Moncel propose demontrer quelques appareils nouveaux; il demande a etre prevenu au moins la veille, afin de pouvoir organiser les appareils en question. M. Jobard,directeur du Conservatoire de Bruxelles, fait observer que bien souvent des decisions importantes ont ete prises dans les Congres, mais que le plus souvent Tautorite n'en a pas eu connaissance ; il demande que les vceux formules par le Congres soient signes par le bureau et envoyes directement a FEm- pereur. M. de Caumont fait observer que plusieurs fois les vceux exprimes par le Congres ont ete envoyes aux Ministres, mais que ces voeux n'ont pas eu de resultat; il appuie la proposition de M. Jobard. M. le comte d'Hericourt a la parole relativement a la reunion du Congres a Arras , en 1853 ; il s'exprime en ces termes : CONGRES DES ACADEMIES. 21 DISCOU&S DE M. D'HtifclCOURT. MESSIEURS , Avant que vous commenciez vos interessantes discussions , permettez-moi de vous rappeler que le Congres scientifique de France se reunira a Arras le 23 aout prochain. Nous n'avons pas a apprecier ici 1'importance de ces reunions, quiam&nent des differents points de la France les savants dissemines sur notre vaste territoire , les mettent en rapport et leur per- mettent d'echanger le fruit de leurs veilles, le resultat de leurs observations. Ce n'est pas aprs vingt ans de succesqu'une semblable entreprise doit eire justifiee. Honneur done au zele fondateur des Congres , au savant qui n'a epargne ni son temps si precieux pour la science, ni sa sante qu'il expose dans de continuels voyages , ni sa fortune dont une part est si genereu- sement consacree a la fondation de prix importants , a des publications dont 1'utilite est incontestable! Honneur aussi aux membres de 1'Iustitut des pro- vinces , qui Pont constamment soutenu dans les diffi- cultes que rencontrait cette organisation ! Et maintenant il n'est plus dans toute la France une decouverte scientifique , artistique ou litteraire , un progres qui ne soit a 1'instant popularise; il n'est pas un savant, quelle que soit sa vie retiree et modeste , dont on ne connaisse les travaux. C'est aux Congres que la province doit son exis- tence scientifique , elle n'est plus aujourd'hui tailldble et corveable amera;l'Europe entiere qui lit les comptes- 22 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. rendus des Congres , protesterait avec indignation et depouillerait, en le persifflaiit, le geai pare des plumes d'emprunt. En outre , la rivalite n'existe me'me plus entre Paris et la province , qui , s'occupant d'etudes serieuses, quel que soit son eloignement de la capitale, n'aobtenu que des encouragements, des conseils quel- quefois , des marques de sympathie toujours , des membres de Tlnstitut; et parmi ces derniers, qu'ils sont peu nombreux ceux qui ne se sont pas adresses a des savants de la province , pour obtenir des docu - ments, pour verifier 1' exactitude de leurs observations ! C'est qu'en effet la province seule peut fournir des renseignements exacts; de me'me que 1'histoire ne doit s'ecrire que sur le theatre me'me des faits que Ton raconte , de ra^me la science n'est serieuse qu'appuyee sur des observations recueillies sur differents points. Ces faits, dira-t-on , n'avaient pas besoin d'etre constates ; nous les avons rappeles pour montrer qu'il n*y avait plus entre les savants de Paris et ceux de la province que la rivalite de bien faire ; nous ne formons plus qu'une seule famille , unie par les liens du de"sint6ressement et du devouement. et prete a joindre ses efforts pour maintenir la France a la tte du mouvement intellectuel des nations. Le Congres d 1 Arras en sera la preuve. La se trouveront des membres de Tlnstitut discutant avec les erudits de nos provinces , echangeant leurs observations, profitant, ils nous permettront de le dire , de 1'experience puisne par une etude serieuse et prolongee ; la nous verrons des homines dont la vie s'est ^coulee dans les bibliotheques, au milieu de ces livres, fideles amis qui ne trompent jamais, auxquels on revient toujours au moment des CONGRES DBS ACADEMIES. 23 deceptions; nous les verrons , malgre la modeste defiance de leurs forces , tenir un rang distingue dans les commissions, d'abord, et prendre ensuite une part serieuse dans les discussions generates. C'est encore un des avantages duCongres, de venir chercher ces erudits qui , par une modestie outree , auraient fui 1' eclat de la publicite ; soit pour repondre a 1'appel qui leur est fait , soit pour soutenir la gloire de leur cite , ils consentent a communiquer les resultats de leurs recherches , et Ton s'etonne de ce que peut produire un travail soutenu. Mais apres dix-neuf sessions tenues sur les differents points de notre territoire, apres avoir fond6 ces reunions annuelles qui appellent a Paris et mettent en rapport les dele- gues de toutes les Societes savantes , ne faut-il pas un nouvel attrait a cette curiosite , a ce besoin d'ap- prendre , a ce vague desir de Tinconnu , du nouveau que nous portons tous en nous ? La marche progres- sive de la science y reponcl sans doute en partie , et les Congres reviendraient aux chefs-lieux de leurs premieres sessions, qu'ils pourraient y recueillir de nouvelles et interessantes observations. D'ailleurs , si la mort a. fait dans nos rangs des vides regrettables , ces vides ont ete en partie combles par cette jeunesse laborieuse qui , jugeant sainement les tendances mau- vaises si souvent fletries dans nos reunions et qui de- puis pres d'un siecle ont amene tant de revolutions sur notre pays , s'est livree avec une louable ardeur aux etudes serieuses, et qui forme une phalange si forte de travailleurs desinteresses. Mais a cette jeunesse elle- m^me plus ardente dans ses investigations , U faut un cercle plus etendu. 24 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. Deja plusieurs fois les savants etrangers ont repondu a notre appel ; mais separes par de longues distances, ils etaient peu nombreux. C'etait , qu'on nous par- donne cette expression , de brillants meteores sans sa- tellites et dont la clarte est plus 6clatante qu'utile. Arras sera plus heureux , nous en avons 1'espoir ; sa position sur un rail-way qui le met en relations di- rectes avec laBelgique, PAngleterre et TAllemagne , les glorieux souvenirs de son passe qui la rattachent pour ainsi dire a ces pays , Fat-trait de se trouver reunis y ameneront les savants Strangers et cette session promet d'etre aussi brillante qu'utile. Deja de nom- breuses adhesions nous sont parvenues ; la Belgique surtout , cette scaur aime de la France , qui, tout en defendant energiquement sa nationality , a pour nous, pour notre litterature , pour nos etudes une sympathie si marquee , la Belgique a repondu avec empressement. Elle n'est etrangere a aucun de nos travaux, et Iapr6- senceparmi nous du savant president de son Academic royale, n'en est-elle pas le gage le plus certain? Dele- guer le poete elegant , le fabuliste spirituel dont la consolante morale nous a si souvent charmes, le conteur gracieuxdont la place est marquee pres de La Fontaine , n^st-ce pas donner un temoignage et de son gout et de la maniere dont elle sait appr^cier la vraie et grande litterature frangaise? Elle viendra done a Arras, dans cette ancienne capitale de la Flandre , dans cette ville toute remplie des souvenirs d'une histoire qui leur fut si long-temps commune. Et maintenant, Messieurs, permettez-moi de vous remercier, au nom de mes concitoyens, d'avoir choisi notre vieille cite pour cette solennite litteraire , nos ONGRES DBS ACADEMIES. 25 tendront a rendre cette session digne de vous, digne des savants etrangers qui viendront prendre part a yos discussions , les sympathies bien connues de M. le C te . du Hamel, 1'eloquent historien de la monar- chic constitutionnelle de 1'Espagne, auquel est con- fiee Tadministration du departement du Pas-de-Calais, de Mgr. Parisis , membre de 1'Institut des provinces , charge de la direction du dioceso d' Arras, ces sympa- thies vous sont acquises , et tous deux ont bien voulu me temoigner combien ils seraient heureux de s'associer au Congres. I/administration municipale, dans les limites de ses ressources , ofFre son concours le plus actif ; elle met a notre disposition ses vastes et magnifiques galeries de St.-Vaast, et c'est dans ces lieux pleins encore des fortes etudes des Benedictins, que les modernes missionnaires de la science et de Terudition pourront se livrer a leurs recherches , c'est dans les livres couverts encore des notes monastiques qu'ils pourront verifier leurs assertions ou les com- pleter. De plus la salle des concerts vient d'etre elargie ^t restauree , et M. Plichon , le maire d' Arras . a resolu de la faire inaugurer par le Congres. Toutefois, Messieurs, ce ne sont ni la beaute du local , ni la riches&e de ses ameublements , ni me"me la somptuosite des f^tes qui assurent le succes d'un Congres ; il a un but plus eleve , une utilite moms contestable. Ces plaisirs offerts aux yeux , aux sens , a 1'imagination , ne sont que ces feuillea enlevees dans une seule saison et dont il reste a peine le souvenir. Mais les travaux savants , les memoires muris dans le silence du cabinet ; les discussions approfondies auxquelles se livrent les hommes speciaux, voila les 2 26 INST1TXJT DBS PROVINCES DE FRANCE. fruits qui restent , se developpent et deviennent verr- tablement productifs. Aussi notre attention s'est-elle principalement portee sur ce point , des commissions out ete organisees pour pr6parer et etudier les ques- tions du programme, et il eftt deja paru si nous n'a- vions voulu attendre la fin de la session des delegues des academies provinciales. II est en effet impossible que dans nos reunions il ne soit pas indique quelque sujet neuf dont 1'etude sera renvoyee au prochain Congres. J'ose done faire appel a votre zele pour donner a notre programme un nouvel intere"t; j'adresse cet appel au Congres tout entier; je Tadresse aussi a ehacun des membres qui le composent , at vous , Mes- sieurs , qui , sans vous laisser arrester par la mauvaise saison , par la longueur du voyage , par les devoirs de famille et de societe , etes venus de toutes les par- ties de notre territoire prendre part aux discussions qui vont s'ouvrir ; que par vos soins , le Congres d' Arras soit digne des h6tes honorables qui s'y ren- dront ; la reconnaissance du monde scientifique , celle de mes concitoyens seront pour vous une precieuse recompense, et c'est la seule que vous ambitionnez. M. le President remercie M. d T Hericourt au nom du Congres. II annonce que M. Delerue donnera domain lecture au Congres d'une piece de vers. La seance est levee a 3 heures 3/4. Le Secretaire-general , Ch. GOMART. TONGRBS DBS ACADEMIES. '23 SECTION D'HISTOIRE NATURELLE. SEANCE BU 21 JANVIER. ( Pr6sidence de M. DE VERTSTEUIL , president de fa Socie"l6 g6ologique de France. ) La seance est ouverte a 9 heures du matin. M. G. de Loriere est nomme secretaire de la section* Parmi les personnes qui assistent a la reunion , on remarque : M. de Caumont, president de 1'Ins- titut des provinces , MM. d'Homalius d'Halloy , presi- dent du Senat Beige , de Quatrefages , membre de 1'Institut de France , Buvignier , Guerin de Menne- ville, Collomb , de la Fresnaye , etc. M. de Verneuil prend la parole et fait une com- munication du plus haut interet sur la structure geo- logique de TEspagne. COMMUNICATION DE M. DE VERNEUIL. - : d3*icjdfca il est aise de re* 20 INSTITDT DBS PROVINCES DE FRANCE. connaitre que la partie centrale de 1'Espagne se dis- tingue par trois chaines de montagnes qui constituent le squelette du pays : le Guadarrama (monies Carpe- tanosj, les montagnes de Tolede et la Sierra-Morena t separ6es par leGuadiana. Emergees avantl'epoque se 4 - condaire , ces chalnes formaient des iles autour des- quelles se sont accumules les depots plus regents. Elles ont la me'me direction, et traversent une partie de la peninsule, del'E.-N.-E. a I'O.-S.-O. Roches primaires. La plus elevee des trois, la chaine du Guadarrama , est principalement composee de gra- nite , de gneiss et de schistes cristallins renfermant quelques lambeaux de calcaire saccharoi'de. Yers 1'Est, dans le voisinage de Retienda et de Val-de-Sotos , ces roches sont remplacees par des schistes houillers qui disparaissent eux-me"mes sousle terrain cretace, tandis que vers 1'Ouest la chaine granitique , sous les noms de Sierra-de-Gredos , Sierra-de-Gata et Sierra-d'Es- trella , s'avance jusqu'en Portugal. Les schistes cris- tallins ne sont pas limites au Guadarrama et aux montagnes de Tolede, mais se rencontrent dans deux autres parties tres-differentes de 1'Espagne. Selon la petite carte de Galice de M. Schulz , inspecteur- ge- neral des mines , cette province est principalement composed de granite , de gneiss et de micachistes , avec quelques lambeaux de calcaire et de schistes si- luriens situes a 1'Est , et dans lesquels on ii'a trouve que tres-peu de fossiles. II u'y a pas de doute que ces roches nesoientd'une haute antiquite , placees comme elles sont a Textremite de la chaine paleozo'ique qui separe les Asturies de la province de Leon , et deo-t elles forment une sorte d'expansion. CONGRES DBS ACADEMIES. 29 II n'en est pas de meme de la Sierra-Nevada ail Sud- Est de Grenade , qui offre un autre exemple d'une masse considerable de schistes cristallins. L'axe de cette chaine , tres-haute et tres-pittoresque , mais de pen d'etendue, est dirige a peu pres de 1'Est a 1'Ouest, II est compose de micaschistes dont Tage , moins ancien peut-etre qu'on le suppose , est encore douteux. L'abondance des grenats dans le micaschiste.la struc- ture et la composition de la bande de calcaire qui en- vironne la partie centrale indiquent 1'energie de Faction metamorphique qui s'est developpee dans cette partie de 1'Espagne. Terrains paleozo'iques. La Sierra-Morena est le pays ou il faut aller etudier le terrain silurien , parce qu'il s'y presente avec des fossiles assez bien conserves. Dans les montagnes de Tolede , les fossiles sont plus rares. Cette chaine, de moyenne hauteur, qui d'Al- caraz se prolonge jusqu'au cap St.-Vincent en Por- tugal , est composee de schistes , de psammites , de quartzites et de gres , dont 1'ordre stratigraphique ne peut etre reconnu qu'au moyen des fossiles, tant les couches ont etedisloquees et derangees de leur position primitive. Qa et la des granites et des porphyres se montrent encore au jour. En faisant a travers la chaine une section d'Almaden a Cordoue,M. de Verneuil s'est assure que, lorsqu'on avance du Nord au Sud, les trois etages principauxdu terrain paleozoique , qui , par suite de plissements , semblent alterner, se recouvrent successivement dans un ordre ascendant. Les plus anciens etres organises sont les Trilobites. Us se rencontrent dans des schistes noiratres et appartiennent a des especes bieu connues dans les roches siluriennes de la Bretagne et de la Nor- 30 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. inandie. Le plus commun , Je Calymene Tristani , etait jusqu'a ces dernieres annees , la seule espece signalee en Espagne. II avait ete trouve a S u .-Cruz-de-Mudela par M. Paillette , et a Almaden par divers geologues espagnols. Ces deux localites etant situees a environ 120 kilometres Fune de 1'autre dans wne direction presque E. et 0., indiquent assez bien la direction des couches. Dans ces deux dernieres annees. MM. de Verneuil , Casiano de Prado et E. Sanchez ont de- couvert les Calymene At ago , Dalmania soeialis , D. Phillipsi, Trinucleus Goldfussi^ Ogygia ndbilis , Placo- paria Tournemini , Plesiocoma rara , Uldenus voisin de f . Lusitanicus , Ortkoceras duplex , Bellerophon bilobatus , Redonia Deshayesiana , etc., especes qu'ori retrouve pour la plupart dans les schistes d' Angers , de Vitre, de Lacouyere , etc., en Bretagne (1). II est important de remarquer que ces Trilobites r quoique appartenant aux couches les plus basses en Espagne aussi bien qu'en France, ne sontpas les plus anciens dans Tordre de la creation ; ils correspondent seulement au second groupe fossilifere decouvert en Boh^nie , par M. Barrande et qui forme son etage D. Le plus ancien groupe que ce geologue appelle celui de la faune primordiale , et qui est caracterisc en Suede et en Angleterre , comme en Boheme , par les (1) C'est dans le terrain silurien que sont placees-les mines de mercure d > Almaden. Le min^rai n'est pas en filon, mais semble avoir impregne trois couches verticales de gres et de schistes un peu charbonneux. Cette association du mercure avec le charbon est bien plus frappante encore dans les Asturies, ou des mines de mercure sont exploitees dans le terrain houiller et jusque dans les couches de houille* CONGRES DBS ACADEMIES. 31 Paradoxides, les Olenus et ]esConocephalus, mauqueen Espagne aussi bien qu'en Brelagne , analogie qui prouve la connexion intime qui existe entre les dep6ts paleozo'iques de ces deux pays. Les roches de 1'etage silurien superieur sont mal representees dans la Sierra-Morena. Dans un seul endroit, a environ 30 kilometres au Nord-Est de Cor- doue, M. de Verneuil avudes schistes bilumineux avec des concretions calcaires spheroidales tres-semblables acelles qui existent a St.-Sauveur-le-Vicomte (Manche), a Feuguerolles pres May ( Calvados ) , et a St.-Jean- sur-Erve ( Mayenne ) , et qui se rencontrent aussi en Boheme. Dans ce dernier pays , M. Barrande a etudie avec soin ces banes bitumineux , parce qu'ils exis- tent a la fois dans 1'etage superieur et dans 1'etage inferieur du systeme silurien , et quoique separes par 2000 pieds de couches , ils renfernuent les memes fossiles. Dans la Sierra-Morena, ces concretions con- tiennent comme dans beaucoup d'autres lieux , la Cardiola interrupta, VOrthoceras bohemicum , etc. Lesme'mes fossiles existent aussi dans le nord de 1'Es- pagne, pres de St.-Juan-de-las-Abadesas en Catalogne ou ils ont ete decouverts par M. Amalio Maestre. Les roches devoniennes sont bien developpees dans la Sierra-Morena, au Nord et au Sud d'Almaden. Les fossiles devoniens se rencontrent habituellement dans des gres ou dans de petites couches de calcaire impur. Les especes les plus caracteristiques sont : Le Pro- ductus subaculeatus , le Leptcena Dutertrii, le Spirifer Verneuili, le S. Archiaci , le S. Bouchardi, YOrthis striatula, le Strygocephalus Burtini , la Terebratula reticularis , la T. OrUgnyana, la T. concentrica , le Phacops latifrons , etc. 32 INST1TUT DES PROVINCES DB FRANCE. Les dep6ts carboniferes de la Sierra-Morena sont shues vers la partie meridionale. Us contieunent gene- ralement de grandes ban des de calcaire avec le Pro- ductus semireticulatus si caracteristique du calcaire de montagne , en Angleterre, en Belgique , en Russie, et mme jusqu'a Archangel et au Spitzberg. Une pareille distribution de la meme espece sur des points qui aujourd'hui presentent une si grande difference de climat est un de ces phenomenes dignes de 1'attention des paleontologistes. Les meilleurs bassins houillers de la Sierra-Morena sont celui d'Espiel et de Belmez sur le Guadiato et celui de Villanueva-del-Rio, a 30 kilometres N.-N.-E. de Seville. Le premier a une longueur d' environ 35 kilometres. Les strates sont verticaux et quelques-uns sont tres- riches en combustibles, mais le manque absolu de voies de communication en a jusqu'a present rendu 1'exploitation presque impossible. Le bassin houiller de Villanueva-del-Kio situe pres dela vallee du Guadalquivir est plus profitable. Si les fossiles siluriens , a ^exception de quelques Graptolites et Trilobites trouves au Sud et au Nord de Molina de Aragon , ne sont encore bien constates que dans la Sierra-Morena , il n*en est pas de me'me des fossiles devoniens. Les deux versans de la chalne cantabrique dans les provinces de Leon et des Asturies presentent Tun des plus riches developpements des dep6ts de cet dge. Graces aux recherches de MM. Paillette et Casiano de Prado , beaucoup de fossiles y ont ete decouverts , et M. de Verneuil ayant lui- meme visile les lieux, a decrit ou 6numere plus de 70 especes. Sabero dans le royaume de Leon et Ferrones CONGRES DBS ACADEMIES. 33 dans les Asturies devraient etre deslieuxde pelerinage pour les paleontologistes. Ces roches devoniennes con- stituent 1'axe de la chaine cantabrique , mais seule- ment dans sa partie occidentale , car pres de la limite des provinces de Santander , des Asturies et de Pa- lencia , les cimes les plus elevees peut-etre de toute la chaine, celles au pied desquelles s'etait retire Pelage , pour s'y preparer a combattre les Maures , les pics d'Europe , en un mot , paraissent n'e'tre formees que de calcaire carbonifere. Les roches devoniennes sont recouvertes dans les Asturies par le plus riche terrain houiller de 1'Es- pagne. En general , les strates y sont verticaux , mais cet inconvenient est compense par les avantages qu'offre le sol , assez profondement coupe par le lit des ruisseaux et des rivieres pour que les couches de charbon soient exploitable^ sur des hauteurs ver- ticales considerables , sans que Ton soit gne par leseaux. Le Nalon traverse la region houillere dans sa partie la plus riche. II y a plus de 80 couches de charbon exploitables ; Tepaisseur de toutes les roches du systeme carbonifere doit etre considerable et peut e'tre evaluee a 3 ou 4000 metres. A la base se trouve une masse epaisse de calcaire avec Productus ; mais les meilleurs fossiles se rencontrent dans des bandes peu epaisses de calcaire qui alternent avec les couches inferieures du gres houiller. Parmi les fossiles remarquables , il faut citer la Fw- sulina cylindrica , qui n'a ete trouvee jusqu'ici qu'en Russie et aux Etats-Unis, et des especes bien connues en Belgiqueet en Angleterre telles que Productus semi- re ticulatus , P. punctatus , P. Cora, Spirifer Mos^ guensis , etc. 34 iNSflTtrf DfiS PROVINCES Dfi L'existence du syst&me permien en Espagne est en- core un proble'ine , aucuns fossiles de cet age n'y ayant 6t6 decouverts. II n'en est pas de me* me du Tiias qui cependant contient peu de fossiles , mais qui se dcele par ses masses de gypse et de sel plus abondantes peut-e"tre qu'elles ne le sont dans le me'me terrain en France et en Angleterre. Le gypse est accompagne souvent de cristaux de quarz a double pyramide , dits Hyacinthes de Compostelle , et de cristaux hexaedres d'aragonite. II contient a peu pres les trois series de roches qui lui ont fait donner en Allemagne le nom de Trias. Le Mus- chelkalk est represente pardes calcaires jaunes ou gris bleuatre , souvent dolomitiques , grenus , caverneux , qui c.a et la contieDnent des fossiles informes , parmi lesquels on distingue une Avicule voisine de TA. 50- cialis. C'est dans les marnes superieures que sont les masses si abondantes de gypse etdeselqui, reunies a celles du terrain Dummulitique , font de TEspagne le pays le plus riche au monde sous ce rapport. Des Pyrenees ou il a ete decrit par M. Dufrenoy , le Trias peut tre suivi dans les provinces de San- tander et de Palencia, sur les deux versans de la chaine cantabrique.Mais son plus beau developpement est dans la province de Cuenca et dans le royaume de Valence. II forme quelquefois des districts entiers comme a Tuejar et au Pic de Ranera pres Garaballa , ou bien dans la Sierra d'Espadan, au Nord-Ouest de Murviedro . Toutes les salines de ces provinces, telles que celles de Minglanilla, de Villena, de Villargordo, de Gabriel sont situees dans les marnes rouges du Trias. Ce terrain parait avoir plus d'etendue que le CONGRES DE'S ACADEMIES. 35 terrain jurassique. Bien que souvent cache par ce der- nier, il le deborde vers 1'Ouest et se trouve quelquefois en contact avec le terrain lacustre miocene, dont il se dis- tingue par une discordance frappante de stratification. Terrain jurassique. Ce terrain, en Espagne, ne se compose gueres que de couches calcaires dont on peut evaluer 1'epaisseur a 3 ou 400 metres et peut-tre plus. Les fossiles les plus habituels qu'on y rencontre sont ceux qui, en France, caracterisent les etageslia- sique et oxfordien. M. de Verneuil a dresse" une liste de toutes les especes qu'il a rencontrees avec M. Collomb et M. de Loriere , et cette liste s'eleve a plus de 100 especes. Sur ce nombre quelques-unes in- diquent 1'oolite inferieure ou la grande oolite, mais la plupart correspondent au lias ou au calcaire ox- fordien. Aucune ne rappelle les especes des etages superieurs du Jura qui paraissent manquer en Es- pagne. C'est principalement dans les montagnes d'Al- barracin et de Frias , la ou le Tage , le Jucar , le Gabriel et le Guadalaviar prennent naissance , qu'est le mieux developpe le terrain jurassique. La haute chaine de la Camarena , au Sud de Teruel , ap- partient aussi a la me'me epoque. On peut le suivre par lambeaux discontinus, vers le Sud , jusqu'au Pico el Tejo pres Requena, sur la route de Madrid a Valence ou il disparait. Presque toute la province d' Alicante en est depourvue. II se montre en Murcie, au Nord de Lorca , en Andalousie, dans la Sierra Elvira, passe au Sud de Cordoue , a Cabra et a Baena , et va former une partie de la Sierra de Ronda pour se ter- miner avec le rocher celebre de Gibraltar. Au Nord du massif central d'Albarracin , les d6p6ts 36 INSTITUT DES PROVINCES DE FRENCH. jurassiques s'etendent par Maranohon , Anchucla del campo pres .de Molina et vont rejoindre la Sierra du Moncayo et celle de Burgos, ou ils sonttres-developpes. Vus depuis Burgos jnsqu'a Gibraltar, ils forment une z6ne demi-circulaire dont le Pic de Tejo, pres Requena, est a peu pres le centre , et qui entoure les dep6ts miocenes lacustres et le massif paleozo'ique central dont nous avons par!6. Terrain cre'tace. Ces depots , que MM. de Verneuii et Collomb ont eu 1'occasion d'etudier avec soin dans 1'Est de 1'Espagne f n'y sont representes que par trois des membres principaux de la serie : le terrain neo- comien , le gres vert et la craie tufau. Vus en masse, les dep6ts cretaces de cette region forment deux branches separ6es par les etages jurassiques, contre lesquels ils s'appuient : 1'une, du c6tede 1'Est, qui court dans un sens parallele a la ligne de cote actuelle et se prolonge jusqu'a Tortosa, est neocomienne ; 1'autre, tournee vers Tinterieur et formant une ceinture dont Cuenca oceupe le centre, appartient aux etages superieurs de la craie. La partie inferieure y est composee d'un gres blanc ou jaune avec des galets de quarzite passant quelquefois au conglomerat ; la partie superieure d'un calcaire blanchatre souvent assez dur et magnesien ; c'est dans ce dernier depot qu'on trouve des fossiles tels que Ostrea columba, Hemiaster Fourneli^ qui se rapportent a la craie tufau. Le terrain neocomien peut avoir 5 a 600 metres d'epaisseur, et les gres et calcaires supe- rieurs 300. Terrain nummulitique. Apres Tepoque de la craie , 1'Espagne parait avoir ete en grande partie emergee ; le plateau central, limite au Nordpar 1'Ebreet au Sud CONGRES DES ACADEMIES. 37 par le Guadalquivir, a cesse de faire partie du domaine de lamer. Le caractere qui distingue les dep6ts cretaces des dep6ls nummulitiques, c'estque, tandis que les pre- miers penetrent dans le coeur meme du pays > s'ap- puyant sur les deux versans du Guadarrama, et ser- vant de ceinture aux lacs interieurs de 1'epoque miocene, le terrain nummulitique reste en-dehors de ce plateau interieur, borde la chalne pyreneenne et la c6te de Catalogne , et disparait a la hauteur de Tarra- gone pour ne plus se montrerque dans les montagnes si pittoresques qui forrnent I'extremite Sud-Est de 1'Es- pagne , au Sud de Valence et a 1'Est d' Alicante. Entre cette villeetAlcoy, lescalcaires nummulitiquesforment, de meme qu'entre Penaguila et le cap St.-Antoine , des montagnes tres-decoupees. Le terrain nummulitique est connu aussi pres de Malaga, mais la il se termine. On ne Fa pas encore decouvert sur la c6te Quest de la peninsule , en Portugal ni en Galice ; il faut remonter au Nord j usque dans la province de Santander pour le retrouver. Columbres , dans cette derniere province, est une localite celebre par la bonne conservation de ses nummulites. Au pied des Pyrenees , le terrain nummulitique principalement compose de gres , d'ar- giles et de conglomerats , est le gisement de riches mines de sel et de gypse , et sans les fossiles qu r on y rencontre et la difference de position stratigraphique on pourrait souvent le confondre avec le trias. Dans le Sud , au contraire , il est generalement forme de roches calcaires et ne contient ni sel ni gypse. Le terrain tertiaire est celui qui, dans la peninsule, occupe le plus d'etendue en surface; c'est aussi celui qui a ete le premier 1'objet des travaux des geologues 38 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. espagnols. II presente ce fait remarquable d'etre prin- oipalement compose de formations lacustres. Dans les grandes plaines de la Nouvelle-Castille, dans le bassin du Duero et dans celui de 1'Ebre , on ne rencontre , sur des distances de 200 kilometres environ , que des dep6ts d'eau douce. Ces trois bassins , restes de trois grands lacs, sont separes par des terrains plus anciens, excepte dans deux points , 1'un au Nord de Burgos et 1'autre a 1'extremite Nord-Est de la Nouvelle-Castille, par ou , sans doute , ils communiquaient a 1'epoque miocene. On peut separer ces terrains en trois groupes ; le superieur, forme essentiellement de calcaire caverneux, siliceux , renfermant des Helices , des Paludines , des Planorbes et des Lymnees ; le moyen, ou les elements marneux et gypseux predomineut: et Finferieur , qui est compose d'une serie d'assises de gres et de conglo- merats de cailloux roules analogues au Nagelfluh. Ces trois groupes reunis ont une epaisseur de 3 a 400 metres. Les ossements de grands animaux qu'on y a trouves , pres de Madrid et d'Aranjuez , a Concud pres Teruel, et a Alcoy , province d' Alicante, indi- quent qu'ils appartiennent a la periode miocene. Ils conservent en general une position horizontale dans les bassins interieurs , mais au Sud dans le royaume de Valence et a Alcoy particulierement, ils sont sou- vent inclines. Le terrain miocene inarm est Hmite au pour- tour de la peninsule , formant ga et la des bandes plus ou moins etroites et ne penetrant un peu loin a Tinterieur que dans les bassins du Tage et du Guadal- quivir. II est souvent souleve , ce qui indique que la CONCURS DBS ACADEMIES. 39 c6te a ete, jusque dans des temps peu recules, le theatre de mouvements et d' oscillations du sol. Ses fossiles ont ete etudies avec soin en Portugal par un geologue anglais , M. Smith. La c6te de la Mediter- ranee presente de nombreux exemples de petits dep6ts miocenes dont les couches relevees servent de base a des dep6ts pliocenes en banes horizontaux. Le terrain diluvien forme en Espagne des ceintures assez larges autour de certaines chaines , telles que le Guadarrama et la chaine cantabrique. Le diluvium du Guadarrama s'etendjusqu'a Madrid, celui de la chaine cantabrique recouvre une grande partie de la province de Leon. La Sierra-Morena, qui est une chaine tres- ancienne , n'offre presque pas de traces de ces depots de transport. Us rnanquent aussi completement sur le grand plateau montagneux qui separe les plaines de la Manche et de la Nouvelle-Castille des bords de la Mediterranee. C'est probablement a une 6poque assez recente qu'ont apparu les volcans eteints de la peninsule. On en connait trois foyers principaux. L'un , pres d'Olot, en Catalogne , presente de veritables crateres. Les deux autres sont pres de Ciudad-Real et du cap de Gata. La geologic de 1'Espagne n'est pas assez avancee pour essayer une classification de ses montagnes, con- siderees sous le rapport de Tepoque de leur souleve- ment. On peut dire , toutefois , que la Sierra-Morena , qui est la plus basse , est aussi la plus ancienne , car sur ses flancs les couches tertiaires , a leur point de contact avec les roches anciennes , sont completement horizontales. Pres de Cordoue,par exemple, les banes 40 INST1TUT DES PROVINCES DK FRANCE. miocenes , avec de grands Clypeaster allus , n'offrent pas la moindre inclinaison, et il en est de meme pres de S ta .-Cruz-de-Mudela , ou M. de Verneuil a vu les calcaires lacustres miocenes pleins $ Helix reposer ho- rizontalement sur les schistes siluriens a Trilobites. Des mouvements plus recents onteu lieu dans leGua- darrama, car, sur son revers meridional, M. Casiano de Prado s'est assure que les calcaires lacustres sont quelquefoislegerement releves. Dans les Pyrenees aussi bien que dans les montagnes qui s' eleven! au Sud de 1'Espagne , le sol a ete Iourment6 par des revolutions violentes et assez modernes. Les formations tertiaires de 1'Ebre et celles de la province de Leon , le long de lachaine cantabrique, sont souventfortement relevees. En venant de Sabero a Leon, M. de Verneuil les a vues prendre une position presque verticale, mais seulement pres de la chalne, car a quelques lieues de distance, a Leon, par exemple, elles reprennent leur horizontalite, qu'elles conservent dans les grandes plaines de la Vieille-Castille (1). A la suite de 1'interessante communication de M. de Verneuil , M. Collomb presente quelques coupes geologiques del'Espagne construites aveclesmateriaux fournis par la carte de M. de Verneuil. La premiere de ces coupes que nous designerons , dit-il , par le n. 1 , represente le profil des terrains coupes par une ligne allant de Madrid a Alicante , ligne brisee passant par Cuenca , Canete, le Pico de (1) MM. de Verneuil et Collomb donneront un memoire plus dtaill6 sur la geologic de FEspagne dans le bulletin de la Socite gologique de France, vol. X, 1853. CONGRES DES ACADEMIES. 41 Raneva, Muiganilla , Requena, le Pico de Tejo , Bunol, Cofrentes, Almanza et Xixona; elle vient mourir au bord de la Mediterranee : elle comprend une longueur de 630 kilom. environ. Elle est con- struite a 1'echelle de 3 millim. pour 1000 m. 3 3 ]- j33 ; I'echelle des hauteurs y est autant que possible egale a celle des longueurs , il en resulte que En montagnes. . . . 0,509 Plaines 0,491 1,000 dont la demolition et le nivellement, en supposant les memes moyens que p recede mment, donneraient une altitude moyenne du sol de 701 m. 8. Les trois coupes precedentes sont construites en tenant compte de la courbure du spheroide terrestre. Les n s . 1 et 2 a I'echelle de jy- 3 jy^ represented une sectioii d'un cercle de 19 m. 068 millim. de rayon, en prenant pour base le rayon terrestre de 6356 kilom. La coupe n. 3 a 1'echelle de * ^ 5 s represente une section d'un cercle de 11 m. 440 millim. de rayon. La moyenne des chiffres des 3 coupes pour le relief des montagnes y est tres-peu sensible ; les points les plus eleves qu'on rencontre sur cette ligne , le Pico de Raneva et le Pico de Tejo, d'une altitude de 1400 a 1500 m. n'y ont, par consequent, qu'un peu mcins de 5 millim. de hauteur; les plaines ter- tiaires comprises dans le rayon de Madrid a Cuenca, de 600 a 700 m. de hauteur, n'y figurentque pour une bande de 2 1 L 2 a 3 millim. de hauteur. 42 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. Si Toil fractionne en 1000 parties les terrains repre- sentes dans cette coupe , ils se trouvent repartis dans les proportions suivantes : Terrain tertiaire 0,606 nummulitique 0,029 cretace 0,167 jurassique 0,076 trias 0,073 devonien et silurien. . 0,006 Granite 0,043 i 1,000 En les partageant en montagnes et en plaines , on Irouve les chiffres suivants : Region montagneu.se. ..... 0,484 Plaines 0,516 1,000 Puis si Ton evalue la hauteur moyenne des mon- tagnes a 800 m. et celle des plaines a 600 m., on obtient par leur demolition et leur nivellement une hauteur moyenne du sol de 696 m. 8, chiffre approxi- matif, mais qui n'a rien d'exagere, et qui parait plulot se rapprocher d'un minimum d'apres les donnees que nous avons recueillies sur cette partie de 1'Es- pagne. Coupe n. 2. Elle part des bords de la Mediter- ranee, de Castellou de la Plana, et se dirige vers Madrid dans la direction de PEst a 1'Ouest, en passant par la Pena Golosa, la Sierra Camarena, Teruel, Alba- racin , Calomarde Beteta, Trillo et Guadalaxara : sa longueur est d'environ 400 kilom. Elle est construite CONGRES DES ACADEMIES. 43 a la me'me echelle de -^\ ^ ^ Les sommets les plus eleves traverses par cette coupe sont la Pena Golosa et la Sierra Camarena qui depassent 2000 m. Elle coupe en suite une gibbosite central e qui a pour point culminant la Muela-de-San-Juan dont 1'altitude n'est pas eloignee non plus de 2000 m. Ce centre est un point de partage des eaux ; plusieurs fleuves y prennent leurs sources et se dirigent ensuite, soit dans la Mediterranee , soit dans 1'Ocean. Ces fleuves sont : le Tage , le Xugar, le Gabriel et le Gadalaxaviar. En appliquant le calcul precedenta cette coupe, on arrive au resultat suivant : Sur 1000 parties les terrains y sont distribues en : Terrain tertiaire 0,485 cretace 0,283 jurassique 0,150 trias 0,055 devonien et silurien. . 0,027 1,000 En regions montagneuses. . . . 0,555 En plaines 0,445 1,000 Ensuite en evaluant la hauteur moyecne des mon- tagnes a 800 m. et celle des plaines a 600 m. , leur demolition et leur nivellement donneraient une hauteur moyenne de 711 m. Coupe n. 3. Elle traverse toute TEspagne du Nord au Sud ; elle part de Santander sur les bords du golfe de Gascogne et se dirige vers le littoral de la Mediterranee, aMotril, en passant par la Sierra de 44 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. Sejos , Burgos, Somo-Sierra, Madrid , Tolede , la Sierra-Mo reo a, Bay] en , Jaen , Grenade, la Sierra- Nevada , elle passe ensuite la Mediterranee et va toucher la cote d'Afrique dans le Maroc. Sa longueur est d'environ 1,000 kilom. ; elle est construite sur une echelle plus petite que les precedentes, de 18 millim. pour 10,000 m. soit yy^ . L'echelle des hauteurs y est egale a celle des longueurs. Cette ligne coupe transversalement plusieurs chalnes de montagnes importantes , d'abord la chaine Caiita- brique au Nord , puis, au centre , la chaine granitique duGuadarama, ensuite elle traverse les monts de Tolede et la Sierra-Morena , enfin , au Sud , elle coupe ega- lenient dans un sens transversal la chaine la plus elevee de toute la peninsule, la Sierra-Nevada, dont les points les plus eleves sont a 3,665 m. Le calcul pour 1,000 parties donne pour cette coupe le resultat suivant : Terrain tertiaire 0,446 - cretace 0,105 jurassique 0,025 trias 0,076 carbonifere. . . ) devonien. . . . > . . 0,197 silurien J micaschistes 0,030 Gneiss etrochesmetamorphiques. 0,044 Granite 0,076 Formations volcaniques. . . . , 0,001 1,000 L'altitude du sol donne 703 m. Sdecim., suivant M. de Humboldt, etla hauteur moyenne de 1'Espagne CONGRES DES ACADEMIES. 45 est de 584 m. 71 cent. La hauteur moyenne du sol de la France , suivant les donnees qui ne sont encore qu'approximatives, serait de 263 m. environ. La seance est levee all heures et demie. Le Secretaire, DE LORIERE. SECTION D'AGRICULTURE. 2 e . SEANCE DU 21 JANVIER. (Pr6sidence de M. le comte DE VIGNERAL.) Sont au bureau: MM. deCaumont,deRenneville, Dar- blay, Denys ; baron Travot ; deMorissure ; M. Calemard de la Fayette remplit les fonctions de secretaire. L'ordre du jourappelle la discussion dela 2 e . question du programme pour les questions agricoles, ainsicongue: Quelle impulsion les societes agricoles peuvent- elles donner au perfectionnement des races d 'ani- se maux domestiques? Ne doivent-elles pas, chacune dans leur circonscription , publier des instructions a la portee de to us les agriculteurs? Comment ces instructions devront-elles tre congues? M. le President appelle 1'attention de la Commission sur 1'utilite qu'il y aurait a etudier par une sorte d'enquete prealable la situation de la production animale en France , et Tetatr des diverses races d'ani maux agricoles , afin d'arriver a constater par z6ne 46 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. et par regions, ce qui est, ce qui a ete fait et ce qu'il y auraita fairepour 1'amelioration de cet important interet. Dans cet ordre d'idees , on etudierait successivement ce qui concerne les especes porcines , ovines , bovines et chevalines. Quant a la race porcine , dit M. le President , les proces-verbaux des Societes savantes et les opinions isolees qui se trouvent exprimees dans les correspon- dances , constatent rinferiorite de nos races franchises pour rengraissement. On remarque, il est vrai, que les grands animaux indigenes- presentent sans doute quelques avantages pour les expeditions et pour les salaisons , mais c'est la un interet restreint qui ne saurait venir en compa- raison avecles profits que presente Televedes pores de race anglaise, d'un engraissement bien plus prompt et bien plus facile. Les premiers ne sont en effet suscep- tibles d'etre engraisses convenablement que dans leur deuxieme annee, tandis que les seconds peuvent &tre livres au commerce a Tage de six mois. M. de Cussy reconnalt la verite de ces enonciations, mais il remarque qu'en Normandie les acheteurs ne sont pas favorables aux produits des races etrangeres. M. Denys signale des croisements de la race craonnaise avec des animaux de race anglaise, croi- sements qui ontdonne les meilleurs resultats , et qui se sont propages dans la pratique du pays, a la satisfaction des producteurs comme des consommateurs. M. Travot confirme Topinion de M. de Cussy : il ajoute que la charcuterie de ^Paris a repousse les produits de race anglaise, en leur reprochant de pecher par Texces de graisse, et de provoquer en CONGRES DBS ACADEMIES. 47 outre la repulsion de 1'acheteur par le poids consi- derable des morceaux de pore , sous un petit volume. Enfin , ajoute M. Travot , tout en reconnaissant les grands avantages que presentent les races d'un developpement pr^coce , et d'un engrais facile et ra- pide, on peut reprocher aux races etrangeres de paraitre moins propres que les n6tres a la grande multiplication de 1'espece. M. de Vigneral dit que 1'exces de graisse est un inconvenient toujours facile a eviter, nourrissez moins, vendez plus vite , le profit de 1'agriculteur y trouvera son compte. M. de Montreuil confirme cette pensee , apres avoir vendu des pores qu'on trouvait trop gras, il a econo- mise la nourriture , et les produits ont trouve un debit facile et fructueux pour lui , puisque , en 4 mois , sur un engrais de 80 btes , il y a eu 51 pores de benefice , et ces animaux n'avaient presque rien consomm6 dans 1'interieur de la ferme. M. de Renneville appuie le systeme des croisements gradues. En Picardie , les produits obtenus par cette voie prennent beaucoup de faveur. Ces animaux, en-dehors meine de 1'engrais , sont d'une nourriture beaucoup plus economique. Us s'accommodent , par exemple, tres-bien des topinambours que les animaux. indigenes dedaignent ordinairement. II y aura lieu de ne pas abuser de leur facilite a engraisser, et de moderer leur nourriture ou de vendre plus t6t. II importerait aussi beaucoup que 1'on conservat et qu'on preservat de la degenerescence , les verrats de race choisie qui gardent en eux ^a puissance d' amelioration de 1'espece. 48 INSTITUT DES PROVINCES DE PRANCE. Ces conclusions sont general ement adoptees. Races ovines. M. de Renneville remarque d'abord qu'il faut etablir une importante distinction entre les deux interns, que le producteur peut chercher a realiser dans la formation et 1'entretien d'un troupeau. II y a en presence le systeme merinos , qui cherche les perfectionnements des produits en laine , et le systeme anglais qui tend au perfectionnement de la production de la viande. Pour la laine , il y a moins a faire ; de grands progres ont ete accomplis. II existe aujourd'hui des troupeaux d'une grande purete. Pour la viande , c'est autre chose; les grandes races anglaises, d'engraissement precoce et facile, ne conviennent qu'aux sols tres-riches en herbages. Pour d'autres localites moins favorisees , il faut chercher a obtenir par des croisements des sujets qui s'adaptent aux ressources de chaque pays. M. de Renneville lui-meme, ayant a operer en Picardie sur une race indigene de laine grossiere et de chair inferieure, a cherche a creer une sous-race, et par un premier croisement avec les sowsdowns il a obtenu des produits remarquables , qui ont ete recherches et tres-apprecies dans la consommation. La viande , dit Thonorable membre , etait de qualite tellement superieure que les bouchers ne voulaient pas la donner continuellement et sans interruption a leurs pratiques , de peur de rend re celles-ci trop difficiles et trop exigentes. M. Maurencq entretient la reunion des conditions dans lesquelles se trouvent les cultivateurs du Berry. Toute tentative d' amelioration vient presque forcement CONGRES DBS ACADEMIES. 49 techouer centre la situation si defavorable du pays, ou la nourriture des parcours trop insuffisants ne peut etre cependant suppleee par les cultures fourrageres. En principe , dit M. Maurencq , il faut , dans ces regions , proceder avec les plus grands managements , avec une extreme reserve , aux croisements avec des races etrangeres. Entretenant ensuiteses collegues des remarquables efforts tentes a la Charmoise, par M. Malingie , M. Maurencq remarque que toutes les ex- periences conformes aux theories scientifiques n'ont produit que des deceptions, et que si M. Malingie a obtenu. en dernier lieu, des resultats considerables et bienconnus, c'a ete par une pratique sagace , intelli- gente , par des essais et des tatonnements successifs tout-a-fait independants de 1'esprit de systeme. M. de Montreuil veut que les croisements ne se fassent qu'en proportion des supplements en nourriture qu'une culture progressive peut fournir a la consom- mation des animaux. En Normandie, dit-il , on veut proceder aux croise- ments dans les idees prudentes qu'a deja exprimees M. de Renneville. M. de Vigneral croit que, sans suivre une marcho aussilente, des croisements intelligents peuvent faire beneficier plus vite des avantages acquis aux races etrangeres. II tient a constater, du reste, que sou- vent des tentatives ont pu echouer, parce qu'on n'avait pas pris garde de ne donner les beliers de race etran- gere qu'aux seules brebis primipares. Les vieilles brebis, deja accoup!6es avec des animaux de leur prop re race, paraissentcontracter, par ces alliances inferieures, une dispositioa facheuse qui les emp^che d'elever 3 50 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. leurs produits ulterieurs a la distinction qu'on croirait pouvoir esperer des accouplements nouveaux. Cette opinion , suivant plusieurs membres , n'etant pas encore assez universellement admise, ne doit 3tre ici produite que comme Vindication d'une loi probable, mais non complement verifiee, M. Goraart signale les soins d'un cultivateur dis- tingue des environs de St.-Quentin, qui a introduit par le metilage la race New-Kent dans un remarquable troupeau de merinos. Le troupeau a acquis par ce croisement une grande aptitude a Fengraissement precoce , mais la laine a paru perdre de ses merites , et les filateurs preferent de beaucoup les produits de la race merine pure. MM. de Vigneral et de Montreuil pensent, comme M, Gomart, que les interets de la fabrication industrielle exigent que , dans les pays ou il existe de beaux troupeaux de merinos, on conserve avec soin les pre- cieux merites de cette race Plusieurs opinions se produiseot sur la valeur des laines des troupeaux crees par M. Graut de Mauchamp. Ces laines t d'une finesse extreme, n'auraient pas tenu pour la filature tout ce qu'elles semblaient promeltre. Mais a Paris, pour des fabrications speciales, elle& seraient , disent certains membres, tres-reche rebels et tres-appreciees. II paralt important a la reunion d'appeler sur ce point Texamen et les observations des hornmes competents, et de garder jusqu'a plus ample informe une grande reserve dans le jugement qu'il faut porter sur cette question. M. Destourbet signale les efforts tentes en Bourgogne pour ameliorer 1'espece ovine, et il fait Thistorique des tentatives faites jusqu'a ce jour. CONGRES DBS ACADEMIES. 5i Selon cet honorable membre , il existe dans la C6te- d'Or des troupeaux merinos de belle qualite chez un grand nombre d'agriculteurs distingues. Dans Tagricul- ture ordinaire, les troupeaux sont un melange sans va- leur d'animaux de toutes races et de toufe provenance. ' On a voulu croiser la race merine avec des sujets de race anglaise : le resultat a ete desastreux. Une race fixee depuis 60 ans comine la merine , dit M. Des- tourbet, resistera toujours a 1'infiuence des croisements, et les races anglaises, qui n'ont que 10, 15 ou 20 ans d'existence, echoueront centre la persistance de la race la plus ancienne. Aussi , n'est-il r6s.ul.te de ces essais que des produits decousus et sa#s valeur. De plus , les conditions climateriques agissant sans doute, le coryza adecim6 les troupeaux ainsi melanges de sang divers. Aujourd'hui, on pense a ameliorer la vieille race indigene, la race commune, en lui donnant les beliers de la Charmoise , qui paraissent arrives a une fixite suffisaBte pour agir avaniageusement sur des sujets sans caractere permanent. M. de Renneville signale la distinction qu'il imports d'etablir entre les laines de carde et les laines de peigne. Les laines etrangeres satisfont Jargement , pour la laine de carde, aux besoins des manufactures. Mais la France conserve une grande suprematie dans la production des laines de peigne, et il y a un grand interet a stimuler les efforts des producteurs de ce c6te. M. de Cussy dit que , dans Tarrondissement de Bayeux, on a obtenu par les beliers de la Charmoise de bonsresultats. 52 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. M. Duchatellier pour la Bretagne , et M. Calemard de la Fayette pour les regions du centre qui avoisinent le Midi , disent qu'il n'y a pas de races caracte>is6es , mais un melange confus de sujets , la plupart Selon M. de Cussy, en Basse-Bretagne , sur la limite du Finistere et des C6tes-du-Nord, des croi- sements de la race indigene avec des South-Down out donne des produits remarquables. M. Duchatellier a connaissance de quelques faits analogues. M. de Reuneville sign ale de nouveau 1'action par- ticulierement energique des South-Down dans les croi- sements. M. le general Remond fait observer que les Dishley sont plus exigeants et conviennent exclusivement aux pays d'herbages gras et abondants. Les South-Down , comme on 1'a dit, pourraient e*tre 1'objet d'essais utiles dans le Midi; mais, dans le voisinage des Pyre- nees , on preferera toujours les races d'origine espa- gnole a celles d'origine anglaise. M. Calemard de la Fayette demande a M. Maurencq si les resultats deja acquis a la Charmoise sorit exclu- sivement en rapport avec les cultures perfectionnees de cet etablissement , ou si les troupeaux de M. Malingie conviendraient des a present a la generality des cul- tivateurs du pays. M. Maurencq croit que le Berry tout entier , pent beneficier des ameliorations deja realisees par M. Malingie ; mais que c'est la sagacit^ , la patience, la pratique intelligente de ce regrettable agriculteur qu'il faut imiter , sans songer a le suivre dans les errements d'une tbeorie syst^matique. CONGRES DBS ACADEMIES. 53 M. de Vigneral resume la discussion , d'ou il parait resulter , dit-il , que dans tout le littoral de 1'Ouest et dans quelques parties du Centre , dans la Meuse , par exemple, chez MM. de Bocqui et de Louvancour, les croisements anglais ont eu des succes et tendent a se propager avec a vantage ; que dans la region industrielle du Nord , et en prenant pour centre le departement de TAisne , la race merine est arrivee a un perfectionneraent remarquable , qu'il y aurait imprudence a ne pas conserver avec soin; que dans le Centre enfin , et peut-etre dans quelques parties du Midi , il y aurait uue tendance , qui sera sans doute avantageuse , a essayer sur les races indigenes et communes, 1'action amelioratrice des beliers de la Charmoise. La seance est levee. Le Secretaire , CALEMARD DE LA FAYETTE. SECTION DE LITTERATURE, BEAUX-ARTS ET ARCH^OLOGIE. STANCE DU 21 JANVIER. (Pr&idence de M. DUBOIS (de la Loire-Inferieure ). Prennent place au bureau : MM. Dubois, president; baron de Stassart; de la Bigottiere; comte de Mellet; 54 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. Jobard , de Bruxelles ; de Caumont , directeur de 1'In- stitut des provinces; A Ram6 , secretaire. L'ordre du jour appelie la discussion sur la question quatrieme du programme, ainsi congue : L'histoire des arts et des industries dans chaque contree n'est-elle pas un des sujets d'etude les plus inte"ressants et les plus feconds pour les Societes aca- demiques des departements? M. Duchatellier prend la parole sur les termes me'mes dans lesquels la question est posee. II faudrait, suivant I'honorable membre, faire une distinction necessaire entre I'histoire des arts et celles des indus- tries : la premiere peut conserver un caractere purement sp6culatif; la seconde , au contraire, ne se comprend guere qu'autant qu'elle est faite au point de vue pra- tique : elle embrasse toute une serie de faits qu'il est impossible de confondre avec I'histoire des artistes. M. de Caumont respond que les industries tiennent aux arts par des rapports si multiplies et si intimes , qu'il est difficile d'e" tablir une separation bien tranchee entre ces deux manifestations de 1'esprit humain. En consequence, la redaction de la question est maintenue. M. Duchatellier propose , comme moyen propre a fixer Tattention publique sur la question , la creation de musees d6partementaux organises au chef-lieu , dans le but de recevoir les produits industriels de toute la circonscription administrative. De semblables dep6ts , par Vaccumulation successive des objets qu'ils recevraient, fourniraient des Elements qui manquent aujourd'hui pour repondre d'uue maniere utile aux questions relatives a la statistique et a 1'etat des CONGRES DBS ACADEMIES. 55 industries, posees periodiquement par Tadministration centrale ; ils permettraient , en outre , de constater avec precision les progres veritables de I'industrie dans chaque localite , et formeraierit les elements d'une histoire industrielle de la France entiere. Au point de vue des interets particulars , ces collections seraient infiniment precieuses pour les personnes qui, etrangeres a la localite, desirent cependant avoir une idee exacte des productions que le pays fournit. Le voyageur trouverait reunis et rapproches pour 1'etude, des objets dont les centres de fabrication sont toujours disperses a de grandes distances. Au point de vue de I'execution , rien ne serait plus facile. I/administration par I'intermediaire de ses nombreux agents , offre un moyen de concentration energique et sur , et il rfy a aucun doute que les fabricants ne soient disposes a fournir les ^chan til Ions necessaires. On arriverait ainsi a la connaissance complete de EOS industries departementales , imparfaitement representees dans tout dep6t unique forme loin du lieu de' produc- tion, alors me*me que ce dep6t se propose le but le plus special. On rechereherait en vain , par exemple , dans le musee ceramique de Sevres , des specimens des poteries en grs que le Finistere fabrique aujour- d'hui avec une superiorite assez reelle pour que les ouvrages sortis des fabriques de Quimper aient ete remarques m^me a 1'expositiou de Londres. Enfiii , les collections geologiques, deposees ordi- nairement dans quelque salle des prefectures, inacces- sible au public, seraient une annexe naturelle de ce musee industriel. M. de Stassart fait remarquer que la formation de 56 INST1TUT DES PROVINCES DE FRANCE. collections semblables a ete tentee a bien des reprises el sur des points differents. II avail lui-meme jete les bases d'un musee industriel pour le departement de Vaucluse, a 1'epoque ou il adrainistrait ce departement ; inais ceux qui heritent du soin de conserver ces col- lections se montrent trop souvent infideles a deve- lopper la pensee de leurs predecesseurs. M. Delerue apprend au Congres que, depuis plusieurs annees deja, la Societe d'emulation de la ville de Rouen, dont il est president , a erais un voeu semblable ; la prefecture 1'a appuye, le Conseil general du departe- ment de la Seine-Inferieure 1'a adopte en principe , mais il a sursis a trancher les questions de finances, de local et de conservation. Par suite de ce delai , M. le ministre du Commerce , qui promettail son concours efficace a ce projet par le don d'ouvrages speciaux et par des subventions combinees avec celles du depar- tement , a declar6 qu'il ne pouvait agir qu'autant que le Conseil general aurait pris 1'initiative, et la question se trouve ainsi pendante , sans qu'on puisse entrevoir 1'epoque de sa solution. L'honorable membre appuie done energiquement la proposition de M. Duchatellier. M. d'Hericourt prend la parole; a ses yeux , Tutilite de la proposition de M. Duchatellier est incontestable, rnais les difficultes de 1'execution sont plus grandes que ne 1'avait pense Tauteur de ce projet , surtout au point de vue pecuniaire. Rouen , ville riche et indus- trielle, ne peut parvenir a organiser la collection de ses produits manufactures, malgre le concours du depar- tement. Les musees deja existants en province , ne recoivenl que des allocations insuffisanles; plusieurs deperissenl , faute de secours. Est-ce bien le moment CONGRES DBS ACADEMIES. 57 de songer a en creer de nouveaux dans tous les chefs- lieux de departement? Pour assurer le succes de la proposition deM. Duchatellier, il faudrait larestreindre, designer d'abord certaines villes ou la creation des musees industriels rencontrerait le plus de facilite d'execution , comme Rouen , Lille , Lyon , Marseille , par exemple. Maintenue dans la generalite de ses termes , elle serait menacee d'un echec inevitable. M. Duchatellier repond : qu'il n'y a pas de chef-lieu qui ne possede deja un local favorablement dispose pour abriter ces collections naissantes ; les biblio- theques publiques , par exemple , recevraient provi- soirement un tel dep6t sans frais. Ce qui est urgent, c'est qu'il y ait pres de chacun des fabricants une collection publique ou il puisse trouver des modeles et des encouragements. L'honorable membre a decou- vert dernierement , en defrichant une lande , Tatelier d'un potier roraain : des poteries sont encore fa- briquees dans cette localite; les ceuvres anti- ques fournissent un terme de comparaison utile ; eu effet , les produits ceramiques du me*me pays n'ofFrent plus rien de comparable , comme finesse de pate, elegance de forme ou precision du dessin, avec les debris rendus a la lumiere et a 1'etude d'une fagon si inattendue. . M. Peigne dit qu'une decouverte semblable a ete faite, il y aplusieurs annees, en Picardie, dans un pays ou Ton ne fait plus egalement que des poteries de la plus grossiere espece. Mais, en 1' absence de tout local destine a recueillir les poteries romaines ainsi retrou- vees, elles ont disparu , et de semblables pertes, qui se renouvellent fr^quemment, prouvent asse'z combien 68 INSTITT7T DES PROVINCES DB PRANCE. il est necessaire d'organiser des musses industriels qui assurent la conservation des oeuvres anciennes et modernes. M. de Monlreuil fait remarquer que les Societes savantes, si multipliers dans les departements,recueil- lent actuellement avec le plus louable empressement tous les debris de quelque valeur. Les objets anciens trouvent done a peu pres partout asile et protection. Quant aux objets modernes , il semble inutile de creer une arm6e de fonctionnaires pour conserver ce qui est sous nos yeux a tous. Nous possedons des dep6ls deja existants, qui ne demandent qu'a prendre des deVeloppements nouveaux, et qui permettront un jour d'etudier le passe dans toutes les ceuvres qu'il a produites. En tous cas, la n'est pas la question; la discussion s'est 6cartee des termes du programme. II s'agit de savoir si Thistoire des arts et des industries de chaque contree n'est pas un sujet d'etude du plus haut inteiet , et cela est incontestable. Apres les observations de plusieurs membres qui confirment les dernieres paroles de M. de Montreuil, la section consultee sur la question de principe decide, a I'uuanimit6, qu'il y a lieu de recommander Thistoire des arts et des industries dans chaque contree a Tat- tention des Societes academiques des d^partements , comme Tun des sujets d'etude les plus interessants et les plus feconds. La proposition de M. Duchatellier est egalement adoptee avec la restriction proposee par M. d'Hericourt, et la section emet le vceu que des musees industriels soient formes dans toutes les villes ou leur creation pourrait &tre couronuee de succes. CONGRES DES ACADEMIES. 59 L'ordre du jour amene Ja discussion de la 5 e . question. Cette question est ainsi congue : a Dans quel ordre les recherches de ce genre pourraient-elles avoir lieu le plus ordinairement? M. R. Bordeaux, en reponse a cette question, propose de faire une classification des arts et des industries dans un ordre hi6rarchique qui ne permettepas de confondre absolumentles arts Iib6raux avec les arts industriels. Parmi ces derniers me'me, il serait facile d'etablir une echelle constatant la distance qui separe Tetoffe de laine la plusvulgaire du tissu de soie le plus riche- ment d6core\ ou les poteries les plus grossieres de la porcelaine et des vitraux. Une societe agricole se preoccuperait des applications les plus usuelles ; une societe artistique rechercherait au contraire quels sont , dans ces produits industriels, le r61e de la decoration et de rornementation. M. Jobard, de Bruxelles, combat cette distinction oomrue dangereuse et difficile : ou commence 1'in^ dustrie? ou finit Tart ? c'est ce que nul ne saurait pre- ciser; ce n'est qu'ala condition des'elever a 1'art que le metier peut satisfaire le gout. Les potiers antiques, doiit on a par!6 dans le courant de cette seance, en sont un exemple : c'est parce qu'ils ont ajoute a la manipulation de la pdte la perfection de la forme et 1'elegance de Tornementation , qu'ils ont Iaiss6 des osuvres dignes de toute notre etude. M. Bordeaux, reprenant le developpement de Tordre qu'il serait bon de suivre, suivant lui, dans V&tude des industries , fait remarquer que leur histoire peut tre consid^ree ^, un double point de vue , ce que Ton a nomme histoire interne et histoire externe , c'est- 60 INSTifUT DES PROVINCES Dfc F*RA.NCfl. a-dire 1'histoire des precedes et 1'histoire des hommes qui out employe ces precedes ; par exemple, suivantque la Societe qui s'occupera de cette etude seraune Soeiete d'agriculture ou une Societe d'archeologie , elle sera portee a examiner, soit 1'etat des cultures et des bestiaux, soitl'etatet la condition des classes agricoles. En outre, en-dehors de ces deux points de VUR , si differents, de 1'histoire , il ne faut pas negliger le c6le biographique , toutes les fois qu'il se presente dans 1'histoire un artiste avec une individuality assez sail- lante pour etre distingue de la masse de ses contem- porains. M. de Mellet propose d'abandonner un examen theorique de la question , qui ne saurait amener de solution. Le rang a donner aux arts et aux industries, leur preeminence relative, entraineraient des discus- sions sans fin. II faut laisser a chaque Societe le soin de poursuivre les etudes speciales qu'elle a entreprises, a celle-la Tagriculture r a celle-la 1'archeologie : les efforts tentes pour arracher chacun a ses aptitudes seraient inutiles. Le r61e du Congres est de poser la question de principe ; il Fa fait dans les termes de la 4 e . question. II ne saurait aller au-dela. M. Duchatellier : Sans la 5 e . question , la 4 e . serait inutile. Les etudes dont le Congres a pose le principe, se font ; Thistoire industrielle est actuellement 1'objet des preoccupations de plusieurs societes, cela est incontestable; ce qu'il importe, c'est que ce travail, produits d'efforts isoles , soit organise. M. Bordeaux fait remarquer que 1'histoire des in- dustries abandonnees doit 6tre surlout recommandee a 1'attention des Societes savantes , il y en a quelques- CONGRES DBS ACADEMIES. 61 unes qui ont disparu d'une fagon si complete des contrees ou elles ont ete le plus florissantes , que le souvenir m&me en est aujourd'hui efface. M. Dubois , president de la section , resume la discussion. II ajoute que , s'il est vrai que le Congres tie puisse tracer aux travaux des Societes savantes un cercle determine, ni leur imposer un sujet d'etudes, il peut exercer une influence incontestable par les avis et les Voeux qu'il formule. Ces voeux auront d'autant plus de force qu'ils seront moins vagues. Quand un but nettement determine aura ete indiqu6 a 1'activite intellectuelle des departements , il se trouvera toujours des hommes qui se proposeront de 1'atteindre. Nous sommes trop portes a nous defier des efforts individuels. La statistique faite par la Chambre de commerce de Paris montre tout ce que Ton peut attendre des travaux entrepris dans une direction determinee. Quelques hommes ont execute ce que le gouvernement n'avait pu faire : la situation des industries parisiennes a ete tnise a jour; on connait leur personnel, les causes de leurs souffrances et de leur demoralisation. Get exemple , sorti de la uecessite des temps ou nous vivons , peut etre partout applique en ce qui concerne les industries contem- poraines. Quant a celles qui ont disparu et qui n' existent plus qu'ai'etat de souvenir historique, il faut formuler une regie sur la meilleure maniere de les etudier. M. de Montreuil presente la proposition suivante : Rechercherdans chaque departement les industries et les arts qui y ont existe et qui en ont disparu. Etudier les causes pour lesquelles ils ont dispart! de ces contrees. 62 INSTITUT DBS PROVINCES DB PRANCE. Comme premier mode de ses recherches , inviter les Societes savantes au depouillement des archives municipales de leur circonscription. Demander une statistique des industries actuel- lemeDt en vigueur dans les departements. Apres une discussion a laquelle prennent part MM. de Caumont, d'Hericourt, Michel, de Metz, Rame, R. Bordeaux, de laquelle il resulte : que sur tous les points du territoire, 1'attention est eveillee sur ces questions et qu'il n'y a plus qu'un cadre a presenter aux recherches qui.se preparent , la propo- sition formulee par M. de Montreuil est mise aux voix et adoptee a runanimite. La question sixieme vient ensuite a Tordre du jour. Elle est congue dans les termes suivants 1 Quelle direction suit aujourd'hui dans les pro- vinces le mouvement artistique? Quels efforts doi- vent faire les Societes savantes pour le diriger? En reponse A cette question, la section entend la lecture d'un memoire de M. Godard-Faultrier , sur le mouvement artistique en Anjou , et d'une notice M. de Chennevieres, sur la marche qu'ont suivie , dans ces dernieres annees , les etudes d'art en province. Ces deux lectures sont accueillies par les applau- dissements de TAssembl^e. Les questions huitieme et onzieme sont mises a 1'ordre du jour du lendemain. La stance est levee a 3 heures. Le Secretaire, Alfred RAME. CONGREiS DBS ACADEMIES. 63 SEANCE GENERALE DU 21 JANVIER. (Presidence de M. le baron DE ST ASSART. ) Sont presents au bureau : MM. le general Reraond J Bally , de TAcaderaie de medecine ; Michel , de TAca-^ demiede Metz ; d'Homalius-d'Halloy: de Caumont , R. Bordeaux , secretaire. M. Gomart doime lecture du proces-verbal de la seance precedente , qui est adopte. M. de Caumont depouille la correspondance : M. Geslin de Bourgogne adresse le programme de la statistique monumentale des C6tes-du-Nord , canton par canton , commune par commune , qu'il va publier de concert avec M. de Barthelemy. M. de Caumont doiine des details de cet ouvrage, congu sur un plan excellent. Les ouvrages suivants sont deposes sur le bureau : Les vignes malades, par M. Louis Leclerc. De la bienfaisance publique et prwee dans le depar- tement de la Seine-Inferieure , par M. DelSrue. Examen des lettres de M. I'abbe Gaume sur le paga* nisme dans I' Education, par M. I'abb6 Landriot. Topographic et statistique medicale de la mile d'Autun. La marque ou la mori, pamphlet anonyme, par M. Jobart. Le chateau de Ham et ses prisonniers, par M. Gomart. Lettre sur le chevalier "Bay art, par M. le baron de Stassart. 64 1NSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. Notice sur de Nelis, eveque d'Anvers , par M. de Stassart. Le Dante, Michel-Ange et Machiavel , volume in-12, par M. Calemard de la Fayette. M. Calemard de la Fayette donne lecture du proces- verbal de la section d' agriculture. M. Ram6 analyse les discussions de la section de litterature et d'histoire. A la suite deceproces-verbal,M.le marquis deChen- nevieres lit les considerations suivantes sur 1'alliance de 1'art et de Pindustrie , et sur la superiorite que Tart assure 1'industrie franchise sur Tindustrie anglaise. MESSIEURS , La classe des beaux-arts de llnstitut national , en Tan XII, proposait au concours la question suivante : c< Quelle est I'inuuence de la peinturesur les arts d'in- dnstrie commerciale? Quels sont les avantages que TEtat retire de cette influence, etceux qu'il pent encore s'en promettre? Vous connaissez tous le brillant , solide et savant memoire qui valut a Emeric David le prix de 1'Academie des beaux- arts. Un autre discours bien int6ressant encore , plus int^ressant peut-etre pour nous autres provinciaux , par certain c6te special , obtint la mention honorable ; c'etait celui deM. Dechazelle, membre de la chambre de commerce etdu conservatoire des artsde Lyon. Emeric David comprit bien qu'il n'avait pas a demon- trer theoriquement 1'infl.uence des arts du dessin sur le commerce et la richesse des nations , non plus que les avautages de cette influence. II fit mieux : il tit CONGRES DES ACADEMIES. 65 parler 1'histoire de tous les peuples , et celte histoire montra parmi les villes commerc.antes les plus celebres chez les anciens et chez les modernes , celles qui negligeaient les beaux-arts toujours dans un 6tat de richesse precaire, sans cesse menacees d'une ruine totale par des evenements que leur politique ne pouvait empecher; celles au contraire qui les ont cultives, riches et puissantes sur le territoire le plus sterile , constamment commercantes malgre les revolutions , grandes dans leur decadence , immortelles apres leur chute. L'histoire montra la France , avant que les beaux-arts eussent eclair6 ses fabricants . s'epuisant de son or pour payer les productions des manufac- tures de Constantinople , de la vieille Athenes , de la Sicile , de 1'Italie ; la France reconquerant au contraire depuis trois siecles , par un effet des legons de ses artistes, cet or que son ignorance lui avait fait perdre. Quelle legon est sortie, 1'autre annee, de TExposition universelle du palais de cristal ? Le monde entier sait aujourd'hui que la premiere des nations , par les machines de ses manufactures , c'est 1'Angleterre ; que la premiere, par Tart de ses productions, c'est la France. L'Angleterre a senti cela, et elle 1'a senti profondement. II est plus facile a la France de per- fectionner ses machines, qu'il n'est facile a 1'Angleterre de conquerir de Tart et du gout. En vingt-cinq ans, la France peut tout gagner et 1'Angleterre tout perdre. Oui, c'est le plus grand danger qu'elle ait peut-etre jamais couru , de perdre par les derniers perfectionne- ments del'industrie frangaise, le credit et le march6 de TEurope et du monde. Je disais, Messieurs, que 1'Angleterre le sentait si bien, qu'a la suite de 1'expo- sition de Londres elle avait precipitammeot fonde, 66 1NSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. dans les salles deMarlborough-house , un musee d'art industriel , compose presque exclusivement de chefs- d'oeuvre con ternporains frangais; et, comme si cette na- tion devaitfaire eternellement la guerre a la France avec ses propres armes, apres avoir fonde la grandeur actuelle de ses manufactures sur la decouverte des forces de la vapeur, enfantee par deux Francais, apres avoir mis a execution 1'idee frangaise d'une exposition universelle, apres avoir imagine de se servir, pour combattre I'iraportance d'art de notre industrie, des chefs-d'oeuvre de nos artistes industriels ; c'est encore une idee frangaise qu'emploie 1'Angleterre pour multi- plier les ressources de son musee de Marlborough- house , c'est 1'idee de la societe Schongauer, a Colmar, qui consiste dans le prt successif du chef-d'oeuvre a telle ville, puis a telle autre. Mais qu'importe? ils n'y atteindront pas. Notre ecole frangaise est aujour- d'hui debordante de seve , et tout ce que nos artistes font de belles oeuvres , travaille a la suprematie definitive de la France. Ne nous endormons pas cependant dans un trop tranquille dedain de 1'impuissance de TAngleterre en matiere d'art. Nous avons affaire a la plus ambitieuse, 4 la plus laborieuse et a la plus obstinee des rivales. S'ils esperent nous derober, par la fondation de musees et d'ecoles, le genie de 1'art industriel, derobons-leur, s'ii nous est possible? , le genie de la perseverance , et fondons de meilleurs musees et de meilleures ecoles. Or, dans cette guerre, latente et acharnee, que Tart frangais fait a la puissance manufacturiere de 1'An- gleterre , uos provinces fournissent les plus gros et les plus fermes bataillons. Paris produit bien, outre ses peintres et ses sculpteurs, tout ce qui est orfevres, CONGRES DES ACADEMIES. 6"7 ciseleurs et eb^nistes ; mais les soieries , les poteries , les dentelles, les peintures sur verre, les travaux cPivoire , presque toutes les tapisseries , combien d'autres industries encore, apparlienuent a la province. C'est la , si Ton ne s'en preoccupe pas , que 1'industrie frangaise pent courir de serieux dangers de decadence. Je n'ai point a vous citer d'exemples : votre mmoire vous fournira le nom de plus d'une de nos villes, qui a vu , ses artistes disparaissant, disparaitre 1'industrie qui faisait sa richesse. Qu'est devenue la belle impri- merie lyonnaise du XVI e . siecle, si bien aid6e par ses habiles dessinateurs de vignettes? Le dessin s'est tourne , a Lyon , vers les soieries , et voila que Lyon. a absorbe Tindustrie plus ancienne de Tours , a la- quelle les dessinateurs ne venaientplus en aide.Ce qui fait aujourd'hui 1'admirable et incontestable superiorite de la soierie lyonnaise, c'estque, depuis cent cin- quante ans , tout peintre 4 Lyon est ou peut ^tre dessinateur d'etoffe ; et que les innombrables artistes que cette ville nourrit, travaillent tous directement ou in directement, soit par la peinture de fleurs , soit par la recherche du fini et de la douceur des tons dans la peinture de genre , au perfectionnement de Findustrie lyonnaise. C'est aussi la constante solli- citude que cette ville montre pour son 6cole de dessin, ecole tres-frequentde , tres-encouragee , et qui produit d'excellents graveurs et d'excellenis architectes, a c6te de Tetude speciale de la peinture des fleurs. C'est que la encore le musee est considerable et considere , et que d'habiles maitres que jepourrais nommer, M. Saint- Jean par exemple , y venerent les beaux tableaux qui out fait 6clore leur talent. Pensez-vous done que 1'As- 68 INST1TUT DBS PROVINCES DE FRANCE. cension du Perugin n'ait rien appris a la jeunesse de M. Flandrin? Mais, ac6te d'uneecole qui produit deglorieux fruits et que Ton peut offrir comme model e , combien sont Cliques et miserables, combien ne rappellent plus que de nom leur fecondite d'un autre temps ! II en est mme qui , par le vice et 1'etroitesse orgueilleuse de leur enseignement , rendent impossible a un artiste veritable, peintre verrier ou architecte , de trouver sur leurs banes de jeunes mains dociles qui le puissent aider dans les nai'fs travaux d'imitation des siecles primitifs. Le maladroit ouvrier de la rue se pre"te mieux a 1'intelligente direction de 1' artiste. Ces ecoles , dans la routine qui les anime, etoufferont plutot uue vocation sincere qu'elles ne la reveleront. An lieu de former de bons artisans pour la province, elles envoient de mauvais artistes a Paris , qui n'en a que faire. Mais le remede, maisles moyens de rendre a ces musees 1'esprit de vie , d'6ter a ces ecoles Tesprit de mort? Le moyen pour la province d'utiliser, au profit de sa richesse commerciale et de son elegance domestique, les belles collections d'art qu'elle voit grandir to us les jours et qu'elle a long-temps si honteusement negli- gees , ce serait d'abord , nous le disions il y a deux ans , de les grossir dans le sens de 1'industrie parti- culiere a chacune de ses villes , de maniere a fournir a cette Industrie ses plus parfaits modeles anciens et nouveaux ; ce serait, je le repete encore, d'accroitre et de vulgariser, a la fagon de la societe Schongauer, les recueils d'estampes qui interessent Tindustrie speciale des villes ; puis ce serait de repandre la lecture et 1'e- tudede ces splendides livres a figures relatifs atous les CONGRES DBS ACADEMIES. 69 arts et a toutes les industries, que les bibliotheques de province regoivent du gouvernement ; mais , surtout , ceserait d'honorerde soin et de respect les merveilleux chefs-d'oeuvre des musees de province. Je n'ai pas & vous 1'apprendre , Messieurs, Tart dans son gout , ne remonte pas de bas en haut ; il procede du plus haut au plus bas. Ce n'est point 1'industrie qui impose son gout a la peinture , a Parchitecture ou a la sculpture ; elle le recoit de ces trois arts supe- rieurs ; elle suit servilement leur caprice , leur grandeur ou leur decadence. Si les arts ne relevent que de la nature et en sont une imitation id6ale, 1'industrie dans tous les siecles apris son inspiration dans une imitation ingenieuse des arts. Croyez-lebien, un conseil municipal , enpopularisant par les soins qu'il donne publiqueraent a son musee les chefs-d'oeuvre de peinture et de sculpture que garde ce musee, de me*me qu'enveillantaveesollici- tudealaconservation d'unbeau monument d'architecture, fait plus pour les progres des plus humbles industries dans son departement qu'en offrant les primes les plus en- viables a ses industriels. Ces primes pourront emouvoir le genie du m6canicien , mais seront impuissantes a eveiller celui de 1'artiste. Or , j'en appelle encore une fois a ceux qui ont vu Texposition de Londres , qu'ils disent ce que serait sans Part 1'industrie de la France ? Voilapour les musees. Maintenant pour les ecoles : le moyen de donner une vie nouvelle dans nos departe- ments a ces ecoles publiques de dessin, que rend tristes et steriles 1'enseignement exclusif et routinier des proportions du corps humain prises sur des platres classiques , ce serait d'y varier a 1'infini les genres d'etudes lineaires et les applications du dessin ; ce 70 INSTITUT DBS PROVINCES DB FRANCE. serait d'ouvrir en me"me temps I'intelligeoce des eleven aux principes pratiques de 1'architecture , de la sculp- ture, de I'orueruentation, de la peinture dechevalet, et de la peinture decorative ; que sais-je, moi? de tout ce qui est Tart, et dout n'ignoraient rien les maitres des grandes epoques anciennes. Plus de specialite mise- rable ou s'etiole le pauvre artiste provincial, qui ne trouve pas mme a la developper au profit de 1'industrie de sa ville; mais un certain exercice general de tout.es les parties del'art, qui rende 1'artiste alafois apte et superieur non-seulement a une Industrie, mais a toutes les industries, et qui lui permette de leur en appliquer les hautes et fecondes ressources. D'une part, honneurs et soins a rendre aux chefs-d'oeuvre de la peinture et de la sculpture , et developpement des collections d'art industriel ; d'autre part, variete d'enseignement dans les ecoles de dessin : lei est le double vceu que j'ai Thonneur de soumettre a 1'approbation du Congres. ( Applaudissements prolonges! ) M. de Caumont : Ces observations presentent une solution a la seconde partie de la question 7, qui n'apas ete discutee par la Commision comp6tente. II serait done bon d'y renvoyer la proposition , et de ne la discuter que demain en seance generale. Ce reiivoi est adopte. M. de Loriere rend comple des discussions qui ont eu lieu dans le sein de la section d'histoire naturelle. M. Leclerc presente une observation sur la race de moulons de la Charmoise , creee par M. Ma- CONGRES DBS ACADEMIES. 71 Hngie. L'orateur croit que M. Maurencq etait dans 1'erreur, quand il a dit que M. Malingie n'est arrive a creer cette race qu'a 1'aide de tatonnements. Non , il 1'a produite en appliquant des idees systematiques parfaitement calculees a 1'avance. Sans doute, il y a eu un premier tatonnement. Mais bientot ses efforts ont et6 conduits par le raisonnement , partant de ce principereconnu que, dans les croisements de moutons, le sang des vieilles races predomine toujours. La race de Newcastle etant recente ne pouvait dominer le vieux sang du pays; voici comment il est parvenu a lui assurer la force qui lui manquait : il a mele deux vieilles races du pays , la race berrichonne , celle de la Touraine et celle de la Beauce : il a ainsi forme un croisement tres-mauvais , tres-imparfait sans doute, mais qui lui fournissait un sang nouveau, tout recent. Ce sang, ainsi cre6 par le melange dedeuxraces locales, a pu se meler a la race de Newcastle , plus anciennc comparativement. Dans ce second croisement, les belles qualites de la race de Newcastle ont pu avoir le dessus sur le melange nouveau des races du pays, C'est par ces deux croisements successifs que M. Malingie est parvenu & approprier a des terrains trop maigres pour la race de Newcastle , une race interme- diate , presentant Jes qualites de la race etrangere et la vigueur des anciennes races du pays, et a creer la race de la Charmoise, race parfaitement permanente deja, et durable , quoi qu'on en dise , puisque tous les individus qui en naissent sont tous conformes au type obtenu d'abord. M. Leclerc presente une seconde observation sur ce qui a ete dit sur les nouvelles races porciues, it 72 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. craint que 1'exces de precocite ne nuise a la savpur et aux qualites alimentaires. La seance est levee. L'un des Seer etaires-gdner aux , Raymond BORDEAUX. SECTION D'HISTOIRE NATURELLE. SEANCE DU 22 JANVIER. (Presidence de M. DE VERNEUIL, president de la Societ6 gologique de France. ) La seance est ouverte a 9 heures et demie. M. G. de Loriere remplit les fonctions de secretaire. Parmi les personnes qui assistaient a la reunion , on reraarquait :.MM. de Caumont, president de 1'In- stitut des provinces; d'Homalius d'Halloy , president du Senat Beige ; de Quatrefages, menibre de Tlnstitut de France ; Buvignier ; Burrande ; de la Fresnaye ; de Glanville; Coulain-Graviers , etc. M. Buvignier lit une note tres-interessaute sur les gres liasiques du Luxembourg et des Ardennes. NOTE DE M. BUVIGNIER. On a constat^ depuis long-temps 1'existenoe de gres a la base des calcaires a gryphees arquees dans CONGRES DBS ACADEMIES. 73 diverses con trees. Mais ceux qui recouvrent la meme formation dans les Ardennes et dans le Luxembourg n'etant pas aussigeneralement cofcnus^M. de Caumont, president du Congres, a cruque je pourrais donner sur es gres, que j'ai eu occasion d'etudierdans lesdeparte- ments de la Meuse etdes Ardennes , des details offrant quelque intere*t pour les geologues. Je regrette cepen- dant que, sans m'avoir consulte , il ait annoncedema part une communication sur ce sujet que je n'aurais pas voulu traiter en ce moment, les gres en question ayant donne lieu a des discussions qui sont encore pendantes. Les gres du Luxembourg ont ete decrits en 1828, par M. Stecninger, et mentionnes depuis par plu- sieurs geologues de la Moselle , comme inf6rieurs aux calcaires a gryphees arquees. Cette classification a ete attaquee par M. Levallois , et MM. d'Homalius et Du- mont ont reconnu qu'ils etaient ideutiques avec les calcaires sableux des Ardennes. La question paraissait done resolue lorsque M/ le colonel Hennocque publia sur le gres d'Hettange une note dans laquelle il constatait 1'identite de ce gres avec ceux du Luxembourg et d'Arlou et les regardait comme inferieurs aux gryphees arquees. Je ne con- naissais pas les environs du Luxembourg ; mais les observations de MM. d'Homalius, Levallois et Dumont n'ayant pas 6te contestees , et les gres d'Arlon ne me semblant pouvoir laisser lieu a aucun doute, je com- battis dans une note lue a la Societe geologique 1'opi- nion de M. le colonel Hennocque. Elle fut defendue par M. Terquem et il en resulta une discussion a la suite de laquelle la Societe geolcgique fixa a Metz sa reunion extraordinaire de 1'annee deruiere. 4 74 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. Dans oette reunion , a laquelle des evenements de famille m'ont empfohe d'assister , la Societe parait s'e*tre prononcee en faveur de M. Terquem. Mais la Societe n'ayant pas visite toutes Jes localites qu'il me parait essentiel d'etudier pour arriver a une solution complete de la question , et d'ailleurs les motifs de sa decision ne m'etant pas encore connus , je n'ai pas renonce , jusqu'a present, a mon opinion ; mais on comprendra facilement qu'en presence d'une autorite aussi imposante , je ne veuille 1'emettre qu'avec beau- coup de reserve, et qu'il eut e"te preferable pour moi de ne pas aborder cette question avant d'avoir visite toutes les localites qui ont donne lieu a cette discus- sion. Aussi je me bornerai a dooner quelques details sur la partio des gres liasiques situes dans la Meuse et les Ardennes ou leur position est incontestable , et a resumer la discussion encore pendante sur la portion de ces gres situee dans le Luxembourg. Les gryphees arquees sont recouvertes dans les Ar- dennes par un massif de banes calcaires plus ou moins impregnes de sable , passant quelquefois au gres , et alternant avecdes lits de sable quelquefois calcaires vers la base, presque toujours marneux vers la partie moyenne de la formation. La superposition de ce massif, dont 1'epaisseur est de 110 m . dans les Ardennes, et de 150 environ dans la Meuse et le Luxembourg Beige, est evidente sur une etendue de plus de 60 kilom. de Florenville a Mezieres et Renwez ou , par suite de la transgression des assises superieures vers 1'Ouest , fait general sur cette limite du bassin liasique , il deborde les calcaires a gryphites et vient reposer a son tour sur les terrains- anciens des Ardennes. Ceux-ci, de CONGRES DBS ACADEMIES. 75 Florenville a Mezieres , sont se"pares des calcaires a gryphites par des lits de gres passant quelquefois au poudingue, et dont l'6paisseur totale excede rarement 2 ou 3 metres. Ces gres repre"sentent sans doute les gres infra-liasiques si developpes dans d'autres contrees. Plusieurs des fossiles que Ton y rencontre se retrouvent dans les calcaires a gryphees arquees. Les gres superieurs a cette derniere formation, et que nous avons decrits , M. Sauvage e1 moi , dans la geologie des Ardennes, sous le norn de calcaires sa- bleux du lias, peuvent se subdiviseren trois parties. L'inferieure , d'une puissance de plus de 60 m . , est composee d'alternances de sables et de gres plus ou moins calcaires. Elle est caracterisee par les Cardinia concinna Sow. , Ammonites BucJclandi Sow. , Pinna HartmanniZiET . , et contient un grand nombre d'autres fossiles , tant6t dissous , tant6t tellement empdtes dans la roche , qu'il est tres- rare d'en rencontrer de bien de- terminables, quoique certains banes paraissent formes presque entierement de debris de coquilles. Les fos- siles ne sont pas repartis uniformement dans toute I'epaisseur de cette subdivision. La plupart des especes sont particulieres a certaines couches ou a un certain ensemble de couches. Ainsi le Cardinia concinna est tres-abondant un peu au-dessous de la partie moyenne, tandis que, un peu plus haut, on trouve de nombreux fragments de gryphees tres-voisines du G. arcuata LAME. , mais dont les individus les mieux conserves m'ont paru se rapporter plut6t au G. obliquata Sow. , espece que plusieurs zoologistes considered t a peine comme une vari^te distincte de la prec^dente, mais que nous avons cru devoir en separer, surtout a case 76 INSTITUT DBS PROVINCES DB FRANCE, de la difference de gisement. II est a remarquer que les banes qui contiennent cette gryphee sont quelque- fois un peu argileux. II en est souvent de m^me des sables qui les accompagnent. La subdivision moyenne des calcaires sableux est composee de sables plus ou moins marneux , passant quelquefois a des marnes sableuses , et alternant avec des banes calcaires , plus ou moins sableux , souvent argileux , de texture et de durete variables. Ces assises sont caracterisees par les Belemnites elongates MILL. , Gryphsea q/mbmmLAMK., spirifer rostratus SOHL. Spi- rifer oxypterus Buv. On y trouve aussi T Ammonites planicosta Sow., quoique cette espece earacterise plut6t la subdivision superieure et se retrouve mme encore un peu plus haut. La subdivision moyenne des cal- caires sableux represente exactement lee calcaires a Belemnites de la Bourgogne et de la Moselle. La subdivision superieure ne se montre pas dans la plus grande partie du departement des Ardennes, soit qu'elle ne s'y soit pas deposee, soit que les affleure- ments en soient masques par les alluvions des vallees de la Chier et de la Meuse. Elle est egalement formee d'alternances de calcaires ou de gres et de sables, mais elle est generalement plus siliceuse. Les sables sont tant6t jaunatres, tant6t gris ou bruns. Les calcaires presentent generalement les me"mes teintes t mais les plus epais sont souvent bleuatres a Tinterieur. Quel- ques assises sont tres-coquillieres , mais elles sont presque toujours tellement agregees qu'il est tres-rare d'en detacher les coquilles avec leur test. On n'en ob- tient le plus souvent que les moules interieurs. C'est, la plupart du temps , a cet etat , que j'ai rencontre les CONGRES DES ACADEMIES. 77 fossiles si varies de Breux et d'Avioth pres Montmedy. Les especes les plus caracteristiques y sont les Am- monites fimbriatus Sow., A. planicosta Sow., A. hybrida Sow., et Gryphxa Broliensis Buv. Cette derniere pour- rait bien n'^tre qu'une variete lobee du G. cymbium LAMK., mais la difference de gisement m'a determine a Ten separer. Pour faire connaitre d'une maniere plus precise la position des calcaires sableux dans la serie liasique , il ii'est pas inutile d'indiquer sommairement la dispo- sition des etages superieurs du lias des Ardennes et de la Meuse. Les calcaires sableux sont recouverts en superposi- tion immediate , par les marnes moyennes du lias ou marnes a ovoide ferrugineux. Cette formation qui a 70 m . d'epaisseur est caracterisee par V Ammonites Davcei Sow., et par le Pecten &quivalvis Sow., qui se retrouve aussi dans la partie superieure du calcaire sableur. Au-dessus viennent les calcaires ferrugineux du lias, epais de 80 m ., et dont les fossiles les plus caracteristi- ques sont les Ammonites spinatus BRUG. , Plicatula pectinoides LAMK., Cardiniafascicularis Buv. Ces cal- caires, de composition et de texture diverses, presen- tent des teintes tres-variees , le gris , le jaune , le brim, le vert et le rouge lie de viii isoles ou reunis dans la nieme roche. Beaucoup de lits contiennent des veines irregulieres et des fragments presque toujours angu- leux de fer hydrate. Sur ces calcaires reposent les marnes superieures du lias, epaisses de 80 a 90 m . plusou moins schisteuses et bitumineuses , surtout vers la partie inferieure , et caracterisees par les Ammonites Hollandrei DORB., A. 78 INSTITUT DKS PROVINCES DE FRANCE. serpentinus SCHLOT., Bclemnites compresses BLAINV., etc. II existe, vers la partie superieure de ces marnes, des lits d'ovoi'des ferrugineux qu'il ne faut pas confondre avec ceux des marnes moyennes. Dans la Moselle , les marnes superieures sont re- couvertes par un dep6t de fer oolitique bien different du calcaire ferrugineux du lias et par sa position et par ses caracteres. Ce dep6t qui n'existe pas dans la Meuse et les Ardennes , ou qui ne s'y trouve qu'a 1'etat rudimenlaire , a ete rapporte long-temps a 1'oolite in- ferieure , mais d'apres les observations de M. Levallois, les fossiles qu'il contient n'appartiennent pas a eette formation et le rapprochent plutot du lias auquel il se rattache egalementpar ses caracteres geognostiques. Plusieurs des subdivisions du lias des Ardennes ne se retrouvent pas dans la Moselle ou on ne rencontre que les assises a gryphees arquees , recouvertes par une puissante formation marneuse qui parait repre- senter a la fois nos marnes superieures , nos calcaires ferrugineux, nos marnes moyennes et une partie de nos calcaires sableux , les calcaires a belemnite de Gueules , d'Hettange , etc., etant identiques avec la partie moyenne de cette derniere formation. Nos subdivisions des Ardennes ne se retronveraient pas iion plus , au dire de plusieurs geologues , dans le Luxembourg. Je les ai cependant reconnues toutes dans la partie Beige du Grand-Duche, ouj'ai observe, dans la direction de Longwy a Arlon , la coupe fig. 1. Divers contre-temps nr out emp^che, a plusieurs re- prises , de rattacher cette coupe aux terrains liasiques de la vallee de la Moselle ; mais la grande analogie qui existe entre les gres d'Hettaoge , de Boust , d'Hespe- CONGRES DES ACADEMIES. 79 range et certaines assises situees au-dessus de la partie rnoyenne de la subdivision inferieure des calcaires sa- bleux, m'a port6 a les considerer comme identiques avec elles , d'autant plus que je trouvais , presque im- inediatement au-dessus de ce gres, les assises a Be- lerrmites elongatus , a Ammonites planicosta , et qui, dans les Ardennes, sont a plus de GO", au-dessus des gryphees arquees ; que MM. d'Homalius et Dumont avaient constate Tidentite du massif du gres du Luxem- bourg avec celui d'Orval, que M. Stecninger lui-me"me n'en separe pas , et qui appartient sans contestation possible a notre calcaire sableux ; que MM. Terquem et Hennocque proclament eux-me'mes Tidentit6 du gres du Luxembourg et d'Hettange, avec celui d'Arlon , qu'on ne peut separer de celui d'Orval ; que , d'apres la pente generale des assises , les calcaires a gryphites reconnus par M. Levallois pres de Kedange , sur la rive droite de la Moselle , devaient venir plonger a une certaine profondeur au-dessous des gres d'Hettange. Les terrains de Boust et d'Hettange observes dans le sens de la pente generale des terrains, m'ont paru presenter les coupes, fig. 2 et fig. 3, qui concordent parfaitement avec cette pente. M. Terquem , au contraire , peuse que les gres d'Hettange, etc., au lieu de reposer, comme dans les coupes 2 et 3 , sur les argiles qui affleurent a 1'Est , leur sont geologiquement inferieurs et ont ete amenes au jour par des failles ou des soulevements. II donne a 1'appui de son opinion des coupes dirigees , non dans le sens de la pente , mais dans celui de la direction generale des couches ou a peu pres , et dans lesquelies le gres a peu pres horizontal sur certains coteaux , s'in- 80 INSTITUT DBS PROVINCES I>E FRANCE. cline fortement sur leurs flancs. Mais 1'inclinaison des gres sur les versants pourrait bien n'tre pas du tout le resultat d'un soulevement. Lorsqu'un coteau est forme par des assises solides supportees par des cou- ches moins consistantes , les dernieres fluant sous la pression des assises superieures , celles-ci manquent d'appui, se brisent et s'inclinent sur les versants. Ce phenomene de dislocation par fluement ( je ne trouve pas d'autre expression pour rendre exactement ma pensee ) , ce phenomene , dis-je , est extr^mement fre- quent, et j r ai eu occasion de le constater souvent sur une grande echelle,dans les departements dont j'ai fait la carte geologique. J'en ai notamment cite plusieurs exemples dans la geologic du d6partement de la Meuse. Si la. coupe de M. Terquem ne me semble pas e"tre tin argument decisif , il y en aurait , d'apres lui , un autre beaucoup plus grave. Ce serait la presence de la gryphee arquee au-dessus du gres d'Hettange ; mais parmi les nombreux echantillons plus ou moins frustes, epars ^ la surface de ce gres, je n'en ai trouve aucun que j'aie pu rapporter avec certitude a cette espece et plusieurs des echantillons les plus entiers m'ont paru appartenir a la gryphee oblique, espece tellement voi- sine de 1' autre , que plusieurs zoologistes, comme je 1'ai dit plus haut , ne croient pas possible de les dis- tinguer. Les Echantillons de la collection de M. Ter- quem, peut-etre en raison meme du soin qu'il avait pris de reunir toutes les varietes de formes naturelles ou pathologiques , ne m'ont pas convaincu davantage. II me semble toujours tres-douteux que ces gryphees , qui se trouvent tout au plus sur une epaisseur de quel- CONGRES DES ACADEMIES. 81 ques metres , representent plut6t le massif des cal- caires a gryphites que les assises du calcaire sableux dans lesquelles j'indique le Gryphcea obliquata ; et le doute ne me semble pouvoir &tre leve que quand on aura suivi les effleurements des couches a gryphees d'Hettange jusque dans les Ardennes. Dans tous les cas , il est incontestable qu'une partie des gres du Luxembourg , celle qui est comprise entre le departement des Ardennes et la route de Longwy a Arlon, jusqu'a une lieue au Nord de cette derniere ville, a Bonnert, est superieure aux calcaires a gryphites. Les observations de M. Levallois qui a reconnu les marnes a gryphees a la base des gres , a une lieue au Nord de Luxembourg , celles de MM. d'Homalius , Du- mont et de M. Terquem lui-m^me, qui rapportent au me'me etage les marnes de Jamoigne , ne permettent guere de supposer qu'une partie du gres soit in- ferieur a ces marnes. Si done les gryphees de Boust et de Stratten appartiennent bien au massif des gryphees arquees , il faudrait supposer que la partie orientale du gres du Luxembourg est comprise entre deux assises de gryphees arquees et que par consequent les gres , au lieu de constituer une formation inferieure a 1'etage des gryphees , n'en sont qu'une modification. Mais dans cette hypothese , comme dans celle qui placerait le gres au-dessous du me"me etage, il resterait toujours une lacune dans la geologie du Luxembourg, Si les calcaires sableux des Ardennes sont transformers dans une partie du Luxembourg et dans la Moselle en une for- mation marneuse, il reste a determiner ou et comment s'opere cette transformation. A la suite de la communication de M. Buvignier, 82 INST1TUT DBS PROVINCES BE FRANCS. M. d'Horaalius-d'Halloy , qui partage les monies idees ,- fait remarquer que les opinions emises au sujet des gres du Luxembourg, desquels on rapproche ceux d'Hettange , peuvent ne pas 6tre aussi eloignees les uues des autres qu'elles le sembleraient au premier abord. II voit meme, dans ce que rient de dire M. Buvignier, le moyen de faire concorder les deux opinions, puisque les gres du Luxembourg, dont beaucoup de fossiles ont ete reconnus pour analogues a ceux d'Hettange, ont a leur partie inferieure et superieure des marnes plus on moms developpees , contenant des gryphees qui different si peu les unes des autres , que plusieurs auteurs n'y ont reconnu que la Gryphaea arcuata, tandis que ce noin devrait etre reserve , selon M. Buvignier, pour celles que Ton trouve a la base des gres ; celle que Ton trouve dans la partie superieure ayant 6te noinmee Griphoea obli- quata par Sowerby ; etfut-ce la meme, les differentes couches d'un m^me terrain ne peuveiit-elles pas presenter des caracteres mineralogiques differents? M. d'Homalius trouve d'ailleurs la confirmation de 1'opinion de M. Buvignier et de la sienne propre dans les travaux de la belle carte de M. Dumont, et dans Taveu que font les partisans des gres infra-liasiques , quand ils reconnaissent coinme identiques les marnes de Jaumanes, inferieures au gres du Luxembourg, et celles qui se trouvent sous les calcaires sableux de Mezieres. M. de la Fresnaye lit une notice ayant pour but de prouver : CONGRKS DBS ACADEMIES, 83 1*. Que le systeme propose par M. de Blainville , et developpe par M. 1'Herminier, son eleve, pour la classification des oiseaux d'apres la forme du sternum et de ses annexes , en isolant cette partie du reste du squelelte et me" me de 1'aile osseuse , etait non seule- ment insuffisant, mais pouvait mme donner lieu a de graves erreurs dans I'eloignement ou le rapproche- ment des differents groupes; 2. Que 1'opinion generalement adoptee , savoir que la grande dimension du sternum, tant en longueur qu'en largeur, etait le principal indice d'une grande puissance dans le vol chez les oiseaux, n'est pas exacte ; mais que c'est bien plut6t la grande dimension en hauteur et en largeur du brechet , ou cr&te sternale, qui annonce le plus ou moins haut degre de perfection dans cette faculte ; 3. Que la longueur et la largeur de la partie de 1'aile appelee la main chez 1'oiseau , partie tres-deve- loppee chez le martinet et chez le colibri, doues tous deux d'un vol rapide et puissant, est un indice nouveau et certain d'une grande perfection dans le vol. II y a vingt-cinq ou trente ans, a dit M. de la Fresnaye, que M. de Blainville trouvant avec raison que la classification des oiseaux d'apres la forme exterieure , c'est-a-dire le bee , les pattes et les pennes des ailes, etait insuffisante, eut 1'heureuse ide d'adopter pour cette classe de vertebres la methode deja suivie pour une classe superieure, celle des mammiferes. L'inspection de leur squelette etait une pensee nouvelle et feconde pour 1'avancement de 1'ornithologie. Mais M. de Blainville eut une secoude idee moins heureuse , selon nous, continue M, de la &4 iisfstiTfT DES PROVINCES DE Fresnaye, celle de vouloir baser sa classification sur une partie seulement , le sternum, iso!6 du reste du squelette , isole m6me de 1'aile osseuse qui en est cependant en quelque sorte une dependance : et M. 1'Herminier , son eleve , adoptant et developpant cette idee, publia, en 1828, une nouvelle classification des oiseaux d'apres le sternum et ses annexes. Aussi qu'arrive-t-il, c'est que plusieurs foisil avoue lui-m^me qu'il ne peut rapprocher des oiseaux dont la similitude du sternum est frappante , parce que 1'ensemble de leurs formes , leurs mceurs , leurs habitudes , les eloignent entierement, et que la le systeme est en defaut. Dans le but d'6tudier la question , adoptant pleine- ment 1'heureuse idee de M. de Blainville, je preparai moi-meTne des squelettes. C'est apres en avoir ainsi fait un certain nombre, que je vis que pour pouvoir tirer parti de 1'inspection du sternum , il fallait bien se garder de le separer du reste du squelette, surtout de Vaile, et qu'alors il devenait d'une grande utilite pour le classement, en tant qu'on y joignait 1'examen d'abord de Faile osseuse , puis aussi du squelette pris dans son ensemble. Comme pieces a 1'appui de cette commuuication , M. de la Fresnaye presente plusieurs squelettes pre- pares par lui, et entr'autres ceux du faucon , de la buse, du heron, de -la becasse, du martinet et du colibri. M. de Quatrefages fait remarquer que I'interessante communication de M, de la Fresnaye vient confirmer une fois de plus cette verite g6nerale et necessaire pour arriver a une bonne classification : que 1'on ne CONGRkS DBS ACADEMIES. 85 doit pas s'attacher exclusivement a tel ou tel caractere pris dans telle partie abitrairement ; qu'on doit prendre au rnoins ses caracteres dominateurs dans un systeme complet d'organes et mieux encore, en ne faisant abstraction d'aucune partie, dans I'ensemble de T^tre que Ton considere t c'est le seul moyen d'arriver a avoir une methode naturelle. II ne fait pas un reproche a nos illustres devanciers, au milieu du cahos ou ils ont trouve 1'histoire naturelle , ne sachant par ou ils devaient aborder un travail dont rimmensile les effrayait , il ne leur fait point un reproche , dit-il , d'avoir pris comine point de repaire dans leurs classi- fications, tel organe, tel appareil, auquel ils ont donn6 une importance predominante. C'est a nous qui venons apres eux a profiter de leurs travaux , en perfectionnant ce qu'ils ont fait , sans nous refuser a admettre des precedes et des donn6es que Fexperience des temps nous a fournis. Ainsi , pour ne citer qu'un exemple : 1'appareil de la respiration , excellent pour classer les animaux superieurs, devient insuffisant, et me'me souvent dangereux , pour grouper les ani- maux inferieurs. La stance est levee a 11 heures un quart. Le Secretaire, DE LORIERE, 86 1NSTITUT DBS PROVINCES DB FRANCE. SECTION DE LITERATURE, BEAUX-ARTS ET ARCHtiOLOGIE. SEANCE DU 22 JANVIEtt. ( Pr&idence de M. le comte DE MELLET. ) Siegent au bureau : MM. Lebrun , Delerue , Sue , comte de Ponthaud , Godard-Faultrier , vicomte de Bonneuil , secretaire. L'ordre du jour appelle la discussion sur Particle 8du programme aiusi congu : Les Soci6tes acade*- miques ne pourraient-elles pas donner a certains arts , notamment aux arts ceramiques dans nos de- partements , une impulsion nouvelle? La parole est a M. Jobard. L'orateur pense qu'un des moyens que Ton pourrait employer pour relever Tart ceramique de 1'etat de decadence ou il est tombe , serait la marque apposee par Touvrier a tous les pro- duits qui sortiraient de ses mains. Les grandes fabri- qties ont , il est vrai , leur marque speciale , mais cela ne suffit pas et il voudrait que chaque ouvrier eut en quelque sorte son cachet qu'il imprimerait a toutes les poteries fabriquees par lui ; son emulation serait ainsi excitee, et il s'ingenierait a donner aux objets les plus simples une forme elegante et artistique. M. de Caumont ne s' oppose pas a 1'emploi de ce moyen , mais il le regarde comme insuffisant et d'ailleurs rien n'empe"che les ouvriers de 1'employer s'ils le veulent quant a present. Les Societ6s savantes.selon lui, peuvent q'fcelque cbose de pi us pour V art ceramique tellement dechu depuistrois CONGRES DBS ACADEMIES. 7 cents aos qu'au lieu des carrelages emaill^s que nous avaient 16gues les XVI. et XVIP. siecles , certain es fabriques ne produisent plus que des poteries gros- sieres sans forme et sans gout. Les Societes savantes ne pourraient-elles pas recueillir les dessins des formes anciennes et les envoyer aux potiers qui les applique- raient aux objets me 1 me d'une utilite menagere. M. Lebrun dit que des efforts ont deja ete tentes dans ce but , entre autres aux environs de Rouen , a Forges -les-Eaux , ou existe une fabrique dont 1'origine remonte jusqu'a 1'epoque romaine ; cette fabrique com- mence a prendre de grandes proportions , des essais heureux y ont ete faits. La Societe d'emulation a offert des primes et ouvert des expositions qui ont excite le zele et 1'intelligence des ouvriers, et main- tenant il sort de leurs ateliers un grand nombre de poteries remarquables , destinees a un usage jour- ualier etqui, repandues aujourd'hui dansle commerce, y remplacent avantageusement les objets de me'me nature qu'on tirait j usque-la de TAngleterre. M. R. Bordeaux cite plusieurs fabriques de Nor- mandie, autrefois celebres et florissantes , et dont les traditions sont aujourd'hui perdues. L*art du potier y 6tait cultive avec succes au XVP. siecle et y etait remarquable sous trois points de vue : la nature de la terre, les formes lineaires et Telegance de la decoration. A Lisieux , on a retrouve des girouett.es , des plats , des vases , qui offrent quelqu' analogic avec ceux de Bernard Palissy, et au musee de Rouen, on les a places en regard de ceux du celebre artiste. La grande geographic tyavienne parle des fabriques de Lisieux et de la vallee d'Auge , notamment de celle de Manerbe, 88 INST1TUT DBS PROVINCES DE FRANCE. dont les produits pouvaient 6tre compares a ceux de Venise. L'orateur a examine les poteries que Manerbe fabrique encore aujourd'hui avec celles de Palissy. Ce sont les me*mes marbrures , la m^me fabrication , le me'me vernis, mais les bons dessins manquent. II vou- drait que les Societes savantes envoyassent aux ma- nufactures des dessins chromolithographies s'il etait possible. II appuie du reste les observations presen- tees par M. Jobard et pense qu'il serait bon que, comme dans les anciennes fabriques , les ouvriers eussent un chiffre ou monogramme. Mais quelqu'utilite que puis- sent avoir sous le rapport de 1'art , les dessins qui se- raient fournis par les Societes savantes , cela ne suffi- rait pas encore pour leur donner I'impulsion , il faut aussi s'attacher a leur procurer des debouches , et pour cela engager les architectes a employer les ouvrages en terre cuite a la decoration des edifices , soit publics, soit particuliers. La fabrique de Lisieux a une terre qui se preterait inerveilleusement a 1'emploi de tous les 6maux si on savait 1'utiliser, et on parviendrait ainsi a refaire des carrelages emailles comme auXVP. siecle. II y a bien en France deux ou trois fabriques ou on l'a essaye , entr'autres a Troyes et a Langeais, mais les produits sont trop chers et 1'email ne tient pas assez et s'use trop vite par le frottement. II faut aussi resoudre une autre difficulte resultant du vernis qui est trop glissant et qui exposerait a des chutes ceux qui marcheraient sur un semblable pave. D'autres manufactures normandes sont encore per- dues et en particulier celles de Rouen qui, au com- mencement du XVIP. siecle, produisaient des plats CONGRES DES ACADEMIES. 89 et des fontaines en faience blanche a dessins bleus aussi remarquables par la beaute des formes que par la richesse du dessin et la solidite du vernis. Les Societes savantes devraient chercber a relever ces fa- briques en recueillant les anciens dessins et en les pu- bliant , car cette disparition funeste a eu lieu dans toute la France. Ainsi, en Alsace, il j avait des fabriques d'assiettes et d'ustensiles de menage que Ton connais- sait sous le nom de Caillou de Strasbourg, et qui n'existent plus. Une autre encore , dont Rabelais a parle , existait pres de Beauvais , a St.- Germain de la Poterie. C'est a peine si Ton y fabrique aujourd'hui de la tuile et de la brique. M. Jobard dit que si d'anciens precedes ont ete perdus , il y a eu aussi de nos jours de nouvelles de- couvertes, entre autres, le moyen d'appliquer Tor et Targent aux poteries les plus ordinaires. Ce proced6 a et6 quelque temps employe en Belgique par un ou- vrier allemand qui n'a jamais voulu vendre son secret et est retourn6 a Berlin ou son fils 1'emploie encore aujourd'hui. La Societe d 1 encouragement a cherche sans succes a se le procurer. M. Duchatellier repond que ce precede est connu a la manufacture de Sevres , mais qu'on ne 1'y emploie pas. Une fabrique du departement de Morbihan avait charge 1'orateur de demander a la manufacture de Sevres communication de ce precede , le directeur y a consenti tres-volontiers et les renseignements sollicites ont ete adresses a la fabrique du Morbihan, mais quelque soin qu'on ait apporte a appliquer convena- blement les procedes indiques , on n'a pu parvenir a rien produire de bon. 90 INSTITUT DES PROVINCES DB FRANCE. M. Maurencq reconnalt 1'utilite du concours des So- cietes savantes , si elles veulent bien s'occuper de re- trouver les traditions anciennes , soit pour le dessin , soit pour les precedes de fabrication. Mais ce n'est 14 que le c6te theorique del'art, et Torateur voudrait que Ton ne negligent pas le c6te pratique, en s'occupant d'abord des moyens de procurer auxfabriques des de- bouches certains pour I'ecoulement des objets d'une utilite journaliere. M. Bordeaux confirme ce que vient de dire le preopinant et ajoute qu'en effet ce n'est pas de la ceramique de luxe qu'il y a a s'occuper particu- lierement. Celle-ci est depuis long-temps en voie de progres , mais les recherches des Societes savantes doi- vent tendre surtout a 1'amelioration des produits com- muns qui sont encore grossiers et sans aucune espece de sentiment de Tart ; il y aurait a cela des avantages deplus d'un genre, et Torateur pense que les resultats ne laisseraient pas peut-tre d'exercer une influence heureuse sur les mceurs et 1'intelligence des popula- tions qui se servent journellement de ces divers usten- siles.Les Societes d'agriculture elles-mtoes pourraient & tre invitees a porter leur attention sur ce point et a donner des instructions sur la matiere et la forme des vases employes a la conservation du laitage, du beurre, etc. M. de Ponthaud. II existe dans la Moselle deux grandes fabriques (Mecloque et Sarreguemines) , dans lesquelles on est deja parvenu a donner aux produits ceramiques communs des formes plus artistiques. C'est 4 ces grandes fabriques qu'il faudrait donner d'abord les instructions qui de la se repandraient promptement dans les fabriques d'un ordre secondaire. CONGRES DES ACADEMIES- 91 M. Rame qui, comme le dit M. de Caumont, a fait de longues et savantes recherches sur les anciens carrelages, et prepare meme en ce moment un grand travail sur ce sujet, pense que la fabrication de ces carrelages , pent offrir un vaste champ au developpe- ment de Tart ceramique; les modeles anciens ne manquent pas, mais il faut les rechercher. L/orateur presente a i'appui de ce qu'il vient de dire plusieurs specimens tires de la cathedral e de Laon. II ajoute qu'une objection serieuse a ete faite a 1'emploi des car- relages emailles. C'est 1'usure qui resulte du frottement, mais il existe des procedes au moyen desquels on peut eviter cet inconvenient, et il cite un exemple qu'il a trouve en Angleterre , d'un carrelage de ce genre , plac6 dans un passage tres-frequente et qui depuis quinze ans n'a pas subi la moindre alteration. M. Duchatellier presente une autre objection contre 1'emploi des carrelages emailles dans les maisons parti- culieres. C'est 1'usage aujourd'hui generalement repandu des parquets qui seront toujours preferes comme plus chauds et plus agreables et qui ont en effet remplace presque partout les anciens carrelages, M. Bordeaux repond que les parquets ont surtout remplace les anciennes aires en platre qu'on trouvait encore il n'y a pas long- temps , dans un grand nombre de maisons de nos villes de province , qu'au surplus il y a me'me dans les edifices particuliers beaucoup de pieces ou on ne saurait employer le parquet, telles que les vestibules , les cages d'escalier , les corridors , ou le carrelage emaille ferait tres-bon effet , et qu'au sur- plus on pourra toujours 1'employer avec succes dans les eglises et dans un grand nombre d'edifices publics, 92 INSTITUT DBS PROVINCES DB PRANCE. La discussion paralt 6puisee. M. le President pro- pose a la commission de formuler une reponse positive a 1'article 8 du progiamme. A.pres une courte discussion a laquelle prennent part MM. Bordeaux , Rame et Du- chateliier, sur la question de savoir s'il y a lieu de formuler cette reponse , 1'assemblee se prononce pour {'affirmative. En consequence, trois formules sont pre- sentees par MM. Delerue , Maurencq et Duchatellier. Ces trois formules sont renvoyees a une commission qui est chargee, seance tenante , deles combiner et d'en former une seule proposition qui est adoptee par Tassemblee. Elle est concue en ces termes : Les Societes academiques sont invitees a favoriser par leur concours le developpement et le perfection- nement des arts ceramiques , dans leur application a la decoration des edifices eta 1'economie domestique. Le Congres pense que les Societes atteindraient le premier de ces resultats , en recherchant et decrivant les anciennes briques emaillees , employees soit comme carrelage , soit comme revetement ou couver- ture , et surtout en faisant relever des caiques et en les communiquant aux fabricants. II pense qu'ils at- teindraient le second resultat , en faisant connaitre par tous les moyens qui sont en leur pouvoir les meilleurs dessins a proposer a 1'imitation des ou- vriers et en provoquant a substituer aux formes ac- tuellementen usage des formes plus parfaites soit au point de vue de Felegance , soit au point de vue de 1'utilite pratique qu'elles peuvent presenter. La seance est levee a 3 heures. Le Secretaire , DE BONNEUIL. CONSRBS DBS ACADEMIES. 93 STANCE GENERALE DU 22 JANVIER. ( Pr6sidence de M. D'HOMALIUS-D'HALLOY. ) La stance est ouverte a 3 heures. Siegent au bureau MM. d'Homalius-d'Halloy, membre de 1'Institut de France , ancien gouverneur de la province de Namur ; Darblay , le baron de Stas- sart, le comte d'Hericourt, de Caumont, de Fontenay, Buvignier, de Verdun ; R. Bordeaux , secretaire. M. de Loriere lit le proces-verbal de la section d'his- toire naturelle. M. Calemart de La Fayette presente le rapport de la section d'agriculture. M. de Bonneuil resume les discussions de la section d'archeologie. M. Delerue lit une piece de vers a 1'occasion de 1'ouverture du Congres. La lecture de ce morceau est suivie d'applaudissements unanimes. Un certain nombre de squelettes d'oiseaux sont ex- poses dans la salle. M. le baron de La Fresnaye entretient le Congres de 1'anatomie des oiseaux. II fait passer sous les yeux de 1'assemblee, pour les comparer, 1'aile d'un martinet et celle d'un moineau : le martinet a 1'os appele main tres-developpe, et les dix pennes d'une longueur et d'une force extreme. II soumet ensuile le squelette d'un faucon et d'une buse. Le faucon, tres-couragetix et tres-entreprenant , a un squelette large , fort , trapu , des ailes disposees 94 INSTITDT DBS PROVINCES DB FRANCE. pour un vol rapide. La buse, oiseau lache et moins actif , a un squelette 6troit, gr&e, peu developpe. L'assemblee a sous les yeux un faucon empaille , coiffe du chaperon. Ce chaperon a ete donn6 a M. de La Fresnaye par un ancien fauconnier des environs de Falaise qui en a dresse pour les chasses de Versailles, sous Louis XV. M. de La Fresnaye se passionna dans sa jeunesse pour la chasse a 1'oiseau, dont il a parfaitement connu tous les procedes. Le squelette d'un heron reVele que cet oiseau doit avoir un vol lourd et peu rapide. Le squelette d'un colibri atteste la rapidite du vol; ses ailes s'agitent si fort qu'elles font le me*me bruit que celles d'un bourdon , et , comme celles d'un pa- pillon Sphynx, elles deviennent en quelque sorte in- visibles lorsqu'elles sont en mouvement. Chez tous ces oiseaux a vol rapide , ce n'est pas le sternum qui est developpe , c'est le brechet ou cr&te sternale , dont la saillie prouve la rapidite du vol. Chez les oiseaux coureurs, 1'autruche, par exemple, pas de crete sternale , pas de brechet : cette lame , au contraire , reparait chez un mammifere qui est doue du vol, la chauve-souris. M. Michel remet 1'analyse suivante des derniers Memoires de V Academic des sciences de Munich. NOTE DE M. MICHEL. L'Academie royale des sciences de Baviere , qui a ete fondee a Munich par le prince Maximilien- Joseph, sous les inspirations genereuses de M. de Kreittmant, CONGRES DES ACADEMIES. 95 son chancelier, publie en langue allemande les me- moires de ses travaux et les bulletins de ses seances. Elle a adresse au Congres deux cahiers des dernieres publications qu'elle a faites ; nous allons en rendre compte d'une maniere succincte. Le premier cahier, intitule : Memoires de la classe mathematique et physique de rAcaddmie royale de Ba- viere, 3 e . partie du VI e . volume, 1852, contient : 1. des recherches de M. Louis Seidel sur les etoiles fixes de premiere grandeur ; sur Textinction de la lu- miere des etoiles dans I'atmosphere , etc. Ce travail comprend 120 pages environ grand in-4 .; 2. une notice de M. Andre Wagner, sur des Sauriens ou ani- maux fossiles trouves recemment dans 1'ardoise litho- graphique et dans le calcaire jurassique inferieur. Ce travail comprend 20 pages environ ; on y a joint quatre planches , et le dessin exact de plusieurs reptiles ante- diluviens se produit a nos yeux par le moyen de ces pierres lithographiques me* me dans lesquelles ils ont ete ensevelis pendant des milliers d'ann6es. Le Bulletin de cette Societe savante forme un second cahier qui fournit le compte-rendu de ses seances depuis le mois de novembre 1851 jusqaau mois de mai 1852. Nous signalerons parmi les objets qui ont ete traites dans ces seances : 1. les decouvertes du docteur Hofmeister , sur la fecondation des crypto- games ; 2. les recherches du docteur Wagner, sur le mode de reproduction des Ichthyosaures ; 3. la critique du deuxieme livre de 1'histoire naturelle de Pline. L' Academic royale des sciences de Munich entretient de nombreuses relations avec les .Societ6s savantes etrangeres. Nous ferons remarquer, acetegard, qu'elle 96 INSTITUT DES PROVINCES DB FRANCB. a tenu note de 1'envoi qui lui a ete fait par M. de Cau- mont 1. de 1'Abecedaire archeologique ; 2. du Compte- rendu des seances generates tenues a Auxerre, etc., par la Soci6te frangaise pour la conservation des mo- numents historiques; 3. de 1'Annuaire de 1'Institut des provinces pour 1852. La science ne peut que profiler de ces echanges cour- tois et bienveillants. La vie intellectuelle et scientifique se fortifie en s'etendant au loin. On entend ensuite 1'improvisation suivante de M. Le Clerc , sur la maladie de la vigne. ALLOCUTION DE M. LE CLERC. C'est en 1845, une annee bien fatale, que la maladie de la vigne s'est manifestee pour la premiere fois. Je 1'appelle annee fatale , parce que cette mme annee la vigne, la betterave et la pomme de terre furent at- teintes de cette maladie , inconnue jusque-la. Pour- quoi precisement ces trois vegetaux si precieux , les plus precieux apres le ble ? Je n'en sais rien , et per- sonne ne peut le dire. II y a quelque chose de myste- rieux la-dedans , et le coin du voile n'a pas encore ete leve. Le sera-t-il? C'est dans une serre chaude d'An- gleterre qu'une vigne fut couverte de cette vegetation parasite qui cause la maladie : c'est de la qu'elle s'est repandue dans le reste de TEurope. Ce vegetal cryp- togame appartient au genre Oidium Tuckeri , du nom de Tucker , proprietaire de la serre. Les botanistes ont donne par politesse le nom de Tucker a cette vegeta- tion funeste. Quel honneur, d 1 avoir donn6 son nom a COtfGRES DBS ACADEMIES, 97 Une peste ! Mais c'est 1'usage parmi les naturalistes de donner ainsi par bonne grace des noms d'hommes a des especes vegetales ou animales . Voici le meca- msme de la maladie. Uoidium est une moisissure , tant6t rampante, tant6t verticale, dont les filets sont lasses comme les polls d'un velours tres-serre, et si menus qu'ils echappent presque au microscope. Chaque filet est termine par un globule ovoid e qui contient la semence. Le nombre des sporules qui servent a la multiplication est done enorme. Le moindre courant d'air les enleve par myriades : c'est un nuage qui emporte partout la maladie. Si oe funeste parasite s'atrtache aux feuilles, elles se crispent , noircissent et tombent ; j'ai vu des vignobles ntiereme-nt prives de feuilles. Sur le fruit, cela peut avoir des consequences enormes : la grappe perd sa seve , sa peau , le pepin est a nu , et le fruit ne peut murir, ou bien il pourrit et se putrefie. Soavent , au contraire, le fruit est couvert de tiges rampantes ou verticales , sans domraage bien appreciable. Le mal est n efFet d'une mobilite extraordinaire. II faut done se tenir en garde contre des observations minutieuses , tres-exactes , mais qui portent sur des faits isoles, qui ne se reproduisent pas a quelques centaines de metres plus loin. On ne peat done etablir encore de systeme, car ce n'est que depuis 1851 qu'on a etudie cette ma- ladie, non plus sur une treille dans un jardin, mais dans les vignobles. II faut observer encore avant de general iser. Tels sont les sympt6mes. Mais cela interesse peu les cultivateurs. Us vous disent de suite : vous con- naissez la maladie; mais ou est le remede? La science 5 98 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRAtfCK. n'a pu encore repondre. L'empirisme a et6 plus hardi ; mais ses precedes sont des remedes de commere. Ce- pendant, pour les treilles , pour la petite culture, pour les raisins de table , objet d'un si grand commerce aux environs de Paris, on a deux precedes, trop couteux malheureusement pour les vigriobles moins productifs des autres contrees. M. Turenne , des environs de Toulon, a propose un remede dont 1'efficacite a et& reconnue , a Versailles , par un jardinier tres-modeste, M. Grison , qui a debarrasse ainsi dix hectares de vignes ; mais le mal revient , parce que les sporules ne sont pas detruits chez les voisins , et que chez soi-meme on peut oublier un cep, une feuille, qui suf- fisent pour con server le mal et propager de nouveau rinfection. Suivant M. Turenne , on depense 6 fr. 50 par hectare, pour traiter les vignes malades parl'hydro- sulfate de chaux. Un second proc&de tres-efficace , celui de M. Bon- tier, jardinier tres-habile , consiste a saupoudrer les vignes avec de la fleur de soufre ; mais ce proced6 est couteux. On 1'a exp6riment& avec succes dans le Medoc, ou d'abord on se moquait de la maladie , qui, suivant les habitants, n'existait que dans Timagination des gens du Nord , des Parisiens. Mais le mal est arrive, et ii a fallu chercher un remede. M. le comte du Chatel , proprietaire d'un vignoble du Medoc , s'est cmpresse de faire venir de Paris des soufflets pour lancer la fleur de soufre. Le vice de ce precede est son prix trop eleve t on pourra 1'employer pour les treilles precieuses, mais pour les vignobles ordinaires il faudra n'employer que Thydro-sulfate de chaux. Quelle est la cause du mal? Est-ce Yoidium lui- CONGRBS DBS ACADEMIES. 99 m&me , ou la presence de ce cryptogame n'est-elle que la consequence (Tune maladie, d'une alteration an- t^rieure de la vigne? Rien n'a reve!6 jusqu'ici la pre- sence de cette maladie preexistante. Reste une troisieme opinion, tres-dangereuse et tres-absurde : les paysans croient que c'est un mauvais air, un m^chant brouil- lard. Us disent que e'est du au gaz de l'6clairage et a la vapeur des locomotives. Ce prejuge absurde, etrange a ete suggere au peuple , et rien ne peut Ten dissuader. On excite ainsi une irritation profonde dans la France orientale, a Geneve, en Piemont, contre les chemins de fer et les usines. La peuple voudrait les detruire. Une brochure odieuse a repandu ce prejuge. Les vi- gnerons racontent a ce sujet contre le gaz et les machines des traditions ridicules. Que peut-on prevoir? La maladie disparaitra-t-elle? Quelques textes semblent indiquer qu'elle a ete connue des anciens : un passage de Dioscoride a ete invoque. Deja on remarque que si le inal a augmente en surface, il a perdu en intensite. Aux environs de Paris, ses resultats sont moms desastreux. Le mal persiste sur- tout dans les vignobles plantes sur des terrains hu- mides , et c'est de la que viendra toujours 1'infection : la vigne n'est pas faite pour les marais ; pour se bien porter, elle veut des c6teaux, des terrains sees. La seance est Iev6e a 5 heures. Le Secretaire , R. BORDEAUX. 100 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANTCB, SECTION D'HISTOIRE NATURELLE. SEANCE DU 23 JANVIER. ( Presidence de M. DE VERNEUIL , president de la Soci6l6 ge"ologique de France. ) La section d'histoire naturelle se reunit a 9 heures et demie. M. G. de Loriere tient la plume en qualite de se- cretaire. Parmi les personnes qui assistent a la reunion , on remarquait M. de Caumont , direcieur de 1'Institut des provinces ; M. d'Homalius-d'Halloy, president du Senat beige ; M. de Quatrefages , membre de Flnstitut de France; MM. Buvignier, Barrande, Collomb, Mos- selmaun , de la Fresnaye, etc. M. de Quatrefages expose le resultat de ses obser- vations comme reponse ou plut6t comme eclaircisse- ment aux questions suivantes du programme : Quelles sont les principales differences que pre- sentent les faunes marines littorales de la France ? Ces differences sont-elles explicables par des con- siderations exchisivement climatologiques? Quelle influence peuvent exercer a cet egard : 1. la constitution geologique des c6tes; 2. les courants marins en general: 3. le voisinage de 1'embouchnre de divers cours d'eau? II recommande.vivementauxnaturalistesqui habitant les c6tes, Tetude des phenomenes, si interessants et CONGRES DES ACADEMIES. 101 jusqu'a present si pea conn us , qui se passent sous leurs yeux aux bords de la mer. II a trouve en Bretagne, sur les granits, sur les schistes anciens, une faune marine remarquablement riche, tandis qu'en Sicile,dans des points qui semblaient merveilleusenaent situes , les invertebres , objet surtout de ses recherches , lui ont fourni beaucoup inoins , plus cependant que sur les rivages du golfe de Biscaye et plus encore que sur les cotes du Boulonnais , qui , elles , sent des plus pauvres qu'il ait rencontrees. D'ou peuvent provenir des differences aussi grandes ? Bien des causes peuvent y contribuer ; mais une des plus importantes est, suivant M. de Quatrefages , la na- ture de la cote. Sur des rivages oii vous ne trouvez aucune plante marine , vous ne pouvez avoir aucun de ces nombreux invertebres herbivores pour lesquels elles peuvent en me'me temps servir et de nourriture et de retraite pour s'y cacher. Vous n'y trouvez non plus aucune de ces especes carnassieres qui vivent aux depens d'autres especes plus faibles ou de moeurs moins guerrieres. En un mot, tout s'enchaine, et Ton peut presque dire d'avance en rencontrant tel mol- lusque , tel animal invertebre, que Ton rencontrera aussi et ses ennemis et ceux dont il fait sa nourriture habituelle. La nature mineralogique des roches doit influer aussi sur la faune c6tiere . Les especes fixes , en effet , telles que les Balanes , etc., preferent des roches en quelque sorte inattaquables par la vague, comme les granits et certains schistes , aux roches calcaires , tendres et friables. A ces considerations, on doitjoindre aussi la salure 102 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRA.NCB. des eaux. Souvent , en effet , sur certaines cdtes , les eaux sont plut6t saumtres que franchement marines. Ce phenomene se produit surtout lorsque le rivage est forme de couches stratifies inclinees vers la mer , car alors les sources d'eau douce y sont generalement assez abondantes et donnent un degre de salure bien raoins considerable aux eaux de la mer. C'est ce qu'il est presque toujours facile de constater par la presence de I'UIva lactuca, qui , comme on sait , prefere les eaux saumatres. II en resulte que la ou vit cette plante on rencontre une faune particuliere generalement assez pauvre. On ne trouve gueres alors les especes franche- ment marines qu'au niveau des plus basses marees et meme au-dessous de ce niveau, tandis qu'au contraire, sur les rivages granitiques , d'ou ne sortent pas des sources d'eau douce , les me'mes animaux se retrouvent bien plus haut et en bieii plus grande abondance. Pour n'eu citer qu'un exemple , les c6tes de la Rochelle presentent cette disposition de calcaires plongeantvers la mer et contenant un grand nombre de sources d'eau douce; aussi VUlva lactuca j est-elle d'une abondance extreme et les invertebres fort rares , m&me n'est-ce que dans les parties les plus basses laissees a decou- vert par la mer , que Ton trouve quelques-uns de ces nombreux animaux marins, vers, rayonnes, mollusques que Ton trouve en si grande abondance et dans une zone plus elevee sur les c6tes de Bretagne. Une circonstance qui doit aussi puissamment influer sur les faunes c6tieres , c'est la nature des dep6ts qui s'y forment. Ainsi, sur certaines c6tes Ton trouve des banes considerables de vase , qui sont pen propres a Vexistence des invertebres : c'est ce qui se voit fort bien CONGRES DBS ACADEMIES* 103 pres de la bale de I'Aiguillon. La, en face des lies de Re et d'Oleron , apparaissent des courants qui, se neu- tralisant en partie, ralentissent leur course et deposent des sediments trop lourds desormais pour pouvoir e*tre transposes par eux. Dans d'autres points, au contraire, la mer agissant dans un sens inverse demolit des fa- laises , et cela aussi non loin de la Rochelle. Ancien- nement , on allait de Fourras a Tile d'Aix a pied sec , et plus recemment encore, un fort construit sous TEmpire a la pointe d'Angoulin est aujourd'hui abao- donne, a moitie detruit, et dans quelques annees aura completement disparu , tant la mer avance avec ra- pidite . M. de Quatrefages appelle aussi Tattention des na~ turalistes qui habitent les c6tes , sur les etudes qu'ils seraient a m^me de faire, mieux que tous autres , sur les animaux perforants. II rappelle que , d'apres les decouvertes les plus recentes , on peut les ranger dans trois categories : animaux perforants au moyen de substances acides , au moyen del'usure produiteparle frottement et enfin au moyen de courants d'eau deter- mines par des cils vibratils. M. de Caumont demande si les varietes que nous voyons dans les huitres tiennent a la nature des roches sur lesquelles elles vivent; pourquoi les huitres par- quees sont meilleures que les autres. M. de Quatrefages repond aux differentes questions que pose M. de Caumont ; et d'abord , il fait remar- quer que le but du parcage des huitres a pour objet deux choses priucipales , de faire en quelque sorte leur education pour venir a Paris , puis de leur donner un gout particulier que n'ont pas les huitres dites de 104 INST1TUT DBS PROVINCES DE FRANCB. roclie, c'est-a-dire telles qu'on les p&che sur les banes, C'est, dit-il, une chose tres-singuliere et tres-remar- quable que cette education des buitres, Pechees a une plus ou moins grande profondeur , elles sont toujours au-dessous du niveau des plus basses marees et n'ont done jamais a craindre de manquer d'eau pour respirer a leur aise. Aussi ouvrent-elles leurs valves indistinc- tement pendant la maree montante ou descendante. Apres qu' elles ont ete draguees , elles en conservent, nous dit fort ingenieusement M. de Quatrefages, la mauvaise habitude et perdant ainsi leur eau, se des- sechentet perissent tres-promptement. C'est pour leur apprendre a ne s'ouvrir qu'en temps opportun qu'on les met dans les pares qui ne sont converts qu'au mo- ment de la haute mer. Les premieres fois, apres qu' elles y sont placees , elles ouvrent leurs valves indistincte- ment comme par le passe et demeurent dans un etat de souffrance tres-grand, jusqu'a ce que la mer vienne de nouveau les baigner. Mais au bout d'un certain temps , 1'habitude leur a appris & ne plus ouvrir im- prudemment leurs valves quand elles ne sont pas en- tourees d'eau : elles les tiennent done exactement closes taut qu'elles sont a sec , ce qui permet , quand leur education est ainsi faite , de les transporter sans diffi- culte jusqu'a Paris ou elles nous arrivent avec leur eau et parfaitement fralches. Le second but que Ton se propose en lesparquaut. est de leur enlever de leur salure, en faisant arriver dans les bassins ou on les depose , des cours d'eau douce qui , melee avec 1'eau de mer , la rend saumatre. M. de Quatrefagjes entre ensuite dans des considera- tions du plus haut interest sur les moeurs de 1'huitre, CONGRES DBS ACADEMIES. '-* ; 105 On la trouve, dit-il , tant6t libre, tant6t attachee aux rochers. A 1'etat de larve , elle n'est jamais fixee ; c'est au contraire un petit mollusque extrmement vif et agile , muni de deux palettes anterieures , en forme d'aile de pavilion et servant a la natation a peu pres comme dans la larve du taret. Lorsqu'elles sortent de Foeuf , ces larves qui forment un veritable essaim sont emportees par les courants et vivent libres au sein des eaux jusqu'au moment de leur metamorphose. A cette epoque, quelque soit le corps qu'elles rencontrent, elles s' y attachent , fut-ce un grain de sable , un fucus ou autre chose plus facile encore a se decomposer. Si done une de ces larves ne s'est fixee qu'a un de ces corps de peu de resistance , quoique continuant de grandir, elle reste isolee, detachee de tout point fixe , car , apres sa metamorphose , elle a perdu la fa- culte de s'attacher. C'est ce qui explique ces huitres libres que Ton trouve quelquefois , quoiqu'elles puis- sent provenir aussi d'huitres detachees par la drague et n'ayant point ete ramenees par la poche quand on la retire. M. de Caumont demande si la zoologie peut donner quelqu'explication du fait observe sur plusieurs points dans lesquels on rencontre peu de homards , mais toujours des langoustes, et d'autres dans lesquels les moules sont lantot tres-abondantes et tant6t manquent tout-a-fait. M. de Quatrefages repond qu'on ne conn ait encore aucune des raisous qui font preferer telle c6te au ho- mard plut6tqu'ala langouste : que quant aux moules, sans en donner precisement 1'explication , on peut dire d'une maniere generale, que la elles se plairont et vi- 106 iNSflftfT DBS PlltiVlNCfiS Dfi vront tres-bien ou les courants leur ameneront une abondante nourriture. II cite comme exemple I'indus- trie des Bouchots etablis dans la bale de 1'Aiguillon , pres la Rochelle. Les bouchots sont des rangees de pieux, souvent de la grosseur d'un homme, plantes a 1'entree de la bale, alignes suivant la forme d'un V et reunis entre eux par des treillis. Chaque c6te du V a quelquefois 100 metres ele longueur. Chaque annee des pcheurs vont sur les c6tes voisines chercher de petites moules et viennent les jeter sur ces treillis. Elles s'y fixent et grace a 1'abondante nourriture que leur apportentles courants, au bout d'un an elles ont gross! et engraisse de telle sorte qu' elles peuvent ^tre livrees au commerce. Ces moules sont excellentes et Tobjet d'une Industrie extrtoement importante. Aussi la baie de 1'Aiguillon est-elle actuellement presque litteralement encombr^e par ces pieux , ce qui preoccupe beaucoup la marine a cause des dangers serieux que courent les batiments obliges par un coup de vent de se mettre a 1'abri dans cette baie , la seule qui se trouve sur la c6te et dont I'entr6e de- vient de plus en plus difficile a cause de ces pieux enormes. M. Mosselmann amene la discussion sur la forma^ lion des tangues. M. de Caumont prend alors la parole et s'exprime ainsi : II ra'a paru que, pour la formation des tangues, il faut que les eaux marines puissent apporter dans les havres formds par les rivieres le sablon provenant en grande partie du detritus des coquilles , afin de 1'y triturer ou pulveriser en parties tres-tenues , et quel- CONGRES DBS ACADEMIES. 107 quefois peut-tre de 1'y melanger, de 1'y brasser, si je peux parler ainsi , avec d'autres Elements a base alu- mineuse charries par les eaux douces de 1'interieur des terres. Quand cette trituration ou ce brassage n'a pas lieu dans les baies ou larges embouchures ; que les matieres n'ont pu &tre soumises au mouvement de va-et-vient , sous I'influence duquel il s'opere , on n'a pas de tangue , mais un sablon tres-fin , qui forme au pied des terres littorales de la Manche une cein- ture presque continue que Ton appelle mielles ou dunes. ES ACADEMIES. 117 frangaises , notamment par les percherons , comme cela a ete deja dit, ont contribu6 d'une notable facon a relever I'industrie chevaline. Une discussion nouvelle s'engage sur les conclusions a prendre. M. de Montreuil est parfaitement d' accord avec le pr6opinant pour desirer une reglementation. Mais il ne peut pas admettre qu'on gne la liberte du proprie- taire chez lui , ou dans les paturages communaux ou il a le droit d'entrer. Le general Remond repete que si 1'on veut arriver a quelque chose de serieux , il faut commencer par in- terdire la circulation des mauvais etalons dans les paturages communs. M. Travot voudrait que le roulage ne put employer de chevaux non castres. Les nouvelles conditions de la viabilite et du roulage , comportent Fusage de chevaux plus legers et plus rapides. Et la production gagne- raitbeauconp a la suppression des etalons non castres. M. Calemard de la Fayelte demande quels seraient les moyens de coercition? M. de Straten propose la redaction suivante : Le Congres emet le vceu que les chambres con- sultatives aient a exprimer leur opinion sur le choix des etalons que 1'administration des haras envoie dans les stations de chaque localite. Qu'aucun etalon ne puisse ^tre consacre par 1'in- dustrie privee, a la monte retribuee et consid^ree comme speculation, s'il n'a ete prealablement approuve, par la commission hippique. M. Gomart craint que les haras ne consentent pas a recevoir la direction dea chambres consultatives , on jles commissions hippiques. 118 INST1TUT DBS PROVINCES DB FRANCE. II cite ce qui s'est passe dans le departement de 1'Aisne. LeConseil general de 1'Aisne a vote une somme de 2,800 fr. pour primer des etalons approuves par une commission departementalequ'il a nommee. Cette raesure a produit d'excellents effets, elle a presque detruit 1'industrie des etalons rouleurs etelle a procure aux eleveurs les etalons les plus propres a 1' ameliora- tion de leur Industrie. M. de Vigneral repond qu'aujourd'hui 1'administra- tioa de I'agriculture dependant comme celle des haras du ministre de 1'interieur, les susceptibilites qu'une administration pouvait avoir dans ses rapports avec 1'autre semblent moins a craindre, il appuye les con- clusions proposees. M. de Vigneral signale tous les graiids interets qui sont en. cause ; nous sommes , dit-il , tributaires pour des sommes enormes de 1'etranger , et la France pour- rait pourtant, avec une bonne direction, se suffire a elle-m^me. Notre honneur, les necessites imperieuses, les devoirs les plus sacres de la defense nationale ap- pellent les mesures qui releveront et assureront pour toujours 1'essai progressif de notre production che- valiue. M. de Vigneral soutient energiquement la necessite et 1'urgence de la reglementation des saillies. M. Gomard craint que les etalons fournis par Tad- ministration , et les etalons appartenant a des particu- liers , approuves par les commissions , ne soient en nombre tres-insuffisant pour les besoins de notre agriculture. M. Ch. Calemard de la Fayette fait observer que les commissions hippiques se montreront plus ou moins CONGRES DBS ACADEMIES. 119 exigeantes , plus ou moins difficiles dans leur examen des etalons soumis a leur approbation, en raison des besoins du pays , besoins qu'elles connaitront mieux que personne. On eliminera toujours parmiles Etalons ce qu'il y a de plus inferieur , et I'amelioration progressive per- mettra d'elever successivement a une rigueur desirable les conditions d' admission. La discussion etant close et resumee par M. le pr6- sident, les conclusions redigees par M. de Straten Ponthaud, sont admises. La seance est Iev6e a 3 heures. Le Secretaire, Ch. CALEMARD DE LA FAYETTE, SECTION DE LITT^RATCRE, BEAUX- ARTS ET ARCH^OLOGIE. SEANCE DU 23 JANVIER. ( Prsidence de M. le comte de MELLET ). La seance est ouverte a une heure. Prennent place au bureau : MM. le comte de Mellet, president, de Caumont, Parcker d'Oxford , de Cussy, du Vautenet. Le prooes-verbal est lu et adopte. L'ordre du jour appelle la discussion de la ll e . ques- tion, ainsi concue : ** 120 ItfSTlTtfT DBS PROVINCES DB Quelle a ete 1'origine des paroisses rurales? tin grand nombre d'entre elles n'ont-elles pas ete creees aux XI e . et XII e . siecles? Y avait-il beaucoup d'eglises en-dehors des bourgs, sous les Carlovin- giens? M. Raymond Bordeaux prend la parole sur cette question; il fait remarquer qu'elle forme avec les 10 e ., 12 e . et I5 e . questions du programme, un ensemble qu'il est difficile de diviser, qu'au surplus elles ne sontpas de nature a recevoir immediatement une reponse com- plete, mais qu'il importe d'appeler sur elles 1'attention des Societes savantes. En reponse a la 10 e . question, aiusi congue : Quelles influences locales les divers fiefs se sont- ils constitues et repartis? Les villae gallo-romaines ont-elles , en general , servi de noyau aux fiefs. L'orateur fait observer que les fiefs sont tres-irregu- lierement repartis sur la surface du pays ; dans cer- taines regions , ils sont tres-multiplies ; dans d'autres ils sont en petit nombre. II y aurait lieu de rechercher la cause de ces diffe- rences. Quant au point de savoir si les anciennes villes ont servi de noyau aux fiefs dans la grande transfor- mation qui s'est operee au X e . siecle, une solution precise n'est guere possible dans Tetat actuel de la science. Jusqu'a present, ces questions ont ete etu- diees au moyen de textes historiques , il serait temps de les aborder, sur le terrain m&rne , comme on 1'a fait pour les camps et les voies romaines. Passant a la question ll e ., 1'honorable uiembre pense qu'en remontant aux plus anciens documents , on re- connaitrait que la plupart des paroisses sont poste- CONGRES DBS ACADEMIES. 121 rieures a Tan 1000, et qu'elles ne dalent souvent , comme les eglises actuelles, que des XI e . et XII e . siecles. Quant aux Edifices religieux eleves dans les campagnes auneepoque anterieure aux VIP etVIII. siecles, par exemple, ils ont ete construits, en general, sur le bord des voies romaines ou a leur embranche- ment. Un indice qui aiderait a conslater une origine aussi reculee , pourrait se tirer du vocable de la pa- roisse , quand le saint appartient au temps de la pri- mitive eglise. La question 12 e . est ensuite abordee par M. Raymond Bordeaux. Elle est congue en ces termes : Quelle a ete Tinfluence de la feodalite et des mo- nasteres pour la multiplication des eglises et sur le deplacement et la formation des agglomerations d' habitants? L'influence de la feodalite sur la fondation des eta- blissements religieux a ete considerable. Quel motif la portait a creer ainsi des eglises ? Jl y en eut deux , de nature differente. Le seigneur ne devait pas negliger I'occasion de coristituer a son fief une individualite propre, de le rendre independant des fiefs voisins. Le comte , par exemple , qui n'avait pas d'eveche sur son territoire, fondait une abbaye pour en faire, en quelque sorte , un eveche au petit-pied , et creer ainsi un chef- lieu religieux independant dans la circonscription dont il etait pour ainsi dire souverain. Le baron , moins puissant que le comte, fondait un prieure conventuel ; le seigneur d'un fief de haubert , fondait simplement uneparoisse et evitait ainsi que ses vassaux n'allassent a 1'eglise sur le territoire d'un autre fief. D'ailleurs le seigneur lui-m^me, souvent en guerre avec ses voisins, jue se serait pas soucie d'aller a leur eglise : il en YOU- 6 122 INSTITUT DBS PROVINCES I>E FRANCE. lait une chez lui, il voulait des ecclesiastiques nommes par lui. Lors du demembrement des fiefs , a la fin du XIII 6 . siecle,les fractions qui se formerent n'avaient plus assez d'importance pour que des etablissements religieux considerables pussent 6tre organises ; de la la creation de simples chapelles rurales ou seigneu- riales. II est a remarquer , en effet , que beaucoup d'eglises de village sont baties au pied tntoe du chateau , sur le territoire ou dans la cour du fief. Le second motif de toutes ces fondations religieuses est indique dans les chartes m6mes. Elles sont faites pour le repos des ames et la remission des peches des bienfaiteurs. Les monasteres fonderent aussi un grand nombre de paroisses , de prieures. C'etait un mojeii d'aug- menter les revenus et d'assurer le recouvrement des dimes. Souvent ils etablissaient a degrandes distances des especes de colonies agricoles avec des granges, et laissaient un moine pres de ces sortes de fermes pour surveiller les cultures et toucher les dimes. L'origine de ces eglises est beaucoup plus certaine que celles des paroisses creees par la feodalite ; elle peut presque tou- jours 4tre historiquement etablie , a ving-cinq ans pres. Arrivant a la 13 e . question dont voici les termes : Quels secours historiques peut-on tirer des an-^ ciennes chartes, des concessions de dimes et de pa- tronages , des etymologies des noms des localites , enfin des vocables des eglises pour cette partie de Thistoire? M. Bordeaux fait remarquer que le patronage appar- tenant au fondateur , le fait de ceder ce patronage est la preuve que le cedant avait concouru a la fondation CONGRKS DBS ACADEMIES. 123 de 1'eglise, que 1'etymologie des noms des paroisses a souvent sa source dans des noms d'hommes qui nous sont conserves par les chartes ; enfin que les vocables des eglises peuvent tre d'un grand secours : qu'ainsi une eglise dediee a saint Louis esl necessairement pos- terieure au XIII 6 . siecle, comme celle qui aurait pour patron un saint d'origine Franke nous reporterait a 1'epoque merovingienoe. M. Le Prevost , pour le de- partement de 1'Eure, en faisant usage d'un triple ele- ment , les vocables , les voies romaines et les conces- sions de dimes , est arrive aux resultats les plus inte- ressants dans la determination de la date de rorgani- sation des paroisses rurales. Les quatre questions que le Congres recommanderait a 1'attention des Societes savantes , peuvent done etre le sujet des etudes les plus importantes. M. Alfred Rame fait observer que 1'hypothese emise par M. Bordeaux , relativement a la date de la creation des paroisses rurales , peut souffrir des exceptions no- tables dans certaines regions. C'est ainsi que pour la Haute-Bretagne, au moven des chartes carlovingiennes du cartulaire de Redon , que doit pubiier prochaine- merit M. de Courson, dans les documents inedits sur Thistoire de France , il est possible de constater que la plupart des paroisses situees au Sud de l'Ille-et- Vilaine, a TEst du Morbihan et au Nord de la Loire- Inferieure, existaient avant le XI e . siecle. M. Rame pense que c'est la rarete des documents remontant a Tepoque carlovingienne qui nous emp6che aujourd'hui de reconnaitre avec certitude Fantiquite des paroisses rurales. M. d'Hericourt dit qu'en Artois et dans le Nord de la France , les paroisses ont et6 fondees , non par les 124 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. seigneurs , mais par les evSques qui , au fur et a me- sure des progr^s de la conversion , etablissaient de nouveaux ministres parmi les populations soumises au christianisme. Avant le X e . siecle , elles etaient deja tres-multipliees , et le testament de saint Remi prouve qu'elles etaient fort nombreuses d&s cette epoque. De leur c6te, les seigneurs purent en fonder depuis le X e . siecle, mais le r61e le plus actif dans ces creations doit &tre attribue aux personnages eccle- siastiques et aux monasteres qui, depuis les XI e . et XIP. siecles surtout , acquirent une grande liberte d' action vis-a-vis de 1'autorite diocesaine. M. de Strateii considere egalement les paroisses rurales comme anterieures au X e . siecle dans TEst de la France; des documents historiques permettent m6me de constater que beaucoup d'entre elles etaient deja anciennes a cette epoque. Le sentiment religieux a pu multiplier ces fondations, surtout pendant la pe- riode malheureuse qui signalala fin de la dynastie car- lovingienne. Les donations des seigneurs et les efforts des abbayes eoncoururent a ce but. L'independance des abbayes a existe des leur origine; c'est a une epoque moderne qu'elle re^ut des limites ; a Metz par exemple , ce n'est qu'au XVII C . siecle que Tev^que en prit 1'administration entre ses mains. Ces questions sont du nombre de celles pour lesquelles nos depots publics d'archives fournissent les documents les plus precieux. M. Duchatellier dit que les documents propres ^ eclairer la question ne sont pas rares. Les cartulaires surtout seront utilement consul tes. Pour la Basse- Eretagne , les cartulaires de Laudevennec et de Quim- CONGRES DBS ACADEMIES. 125 perle prouvent 1'existence des paroisses rurales avant le Xl e . siecle. Les vies des saints peuvenlegalementfour- nirdes indications qu'on chercherait vainement ailleurs. M. Louvancour indique les denominations em- ployees dans le cadastre pour designer les pieces de terre comme une source de renseignements topogra- phiques d'une haute importance. M. Duchatellier confirme cette opinion par des exemples tires des livres terriers de Tev^che de Saint- Pol-de-Leou. La memoire des priacipaux evenements de la legeude religieuse du saint est conservee par les noms des pieces de terre qui en furent le theatre. M. d'Hericourt dit que cette observation peut e*tre generalise ; c'est au moyen d'indications de cette na- turequ'ona pu reconnaitre dernierement Tempi acement ou saint Euchaire a ete martyris6 avec ses compagnons. L'honorable membre fait ressortir de nouveau tout Finter^t qui s'attache & la question ll e . II importe d'appeler sur elle Tattention des Societ^s departemen- tales. II propose, toutefois, de supprimer le paragraphe congu eii ces termes : Un grand n ombre d'entre elles n'ont-elles pas et6 creees aux XP. et XII e . siecles , puisqu'il semble resulter de la discussion que les pa- roisses rurales ont une date plus ancienne que la ques- tion ne le prejugeait. Sur Tobservation de MM. de Caumont et Bordeaux , le paragraphe est maintenu. L'heure de la seauce generale etant arrivee, la suite ie la discussion est renvoyee a demain. La seance est levee a deux heures et demie. 1 s:\ ^ ^ , 'leftik '3( Le Secretaire , Alfred RAME. 126 INSTITUT DES PROVINCES DB FRANCE. SEANCE GfiNERALE DU 23 JANVIER, (PrSsidence de M. PAYEN, membre de Tlnstitut). Siegent au bureau : MM. deCaumont, directeur de 1'Institut des provinces ; de Conteccin , directeur ge- neral des cultes , membre de 1'Institut des proviDces ; Darblay aine , membre du Conseil general de 1'agri- culture ; Binet , membre deTInstitut; Huzard, delegue de la Societe centrale d'agriculture de la Seine ; Mahul, ancien prefet , membre de 1'Institut des provinces ; le general Remond , membre de 1'Institut des provinces ; Duchatellier, Charles Gomart, secretaires-generaux. Lecture est donnee du proces-verbal de la seance generale du 22 Janvier, par M. Bordeaux ; sa redaction est adoptee. M. de Caumont depouille la correspond ance : M. Chevreul, membre de 1'Institut, adressela lettre suivante : MONSIEUR LE PRESIDENT , Je regrette beaucoup que mes occupations me pri- vent de Tavautage d'assister au Congres des delegues des Societes savantes des departements que vous pre- sidez. J'aurais beaucoup gagne a connaltre personnel- lenient les representants de la science dans les depar- tements, car j'apprecie bien 1'honorable mission qu'ils remplissent si dignement , de repandre la lumiere dans les differentes parties de la France qu'ils habitent. Je regrette beaucoup plus que vous ne pouvez le penser, Foccasion que le Congres m'aurait offerte de soumettre ,HO> CONGRES DBS ACADEMIES. 127 a ses luraieres quelques-uns de mes travaux inedits. En vous priant d'etre 1'interprete de mes regrets aupres du Congres, croyez bien, M. le President, que vous exprimerez en mon nora une verit6 et non un compli- ment. M. le comte Alexis de Gourgues ; M. de Buzonniere , d^Orleans , M. le Secretaire de la Societe des arts et des sciences de Carcassonne; M. Haxo, Secretaire de la Societed'Epinal ; M. Le Flaguais, de Caen ;M. Chasles, d'Auxerre, s'excusent de ne pouvoir prendre part aux travaux du Congres et indiquent les noms des delegues de leurs Societes respectives. M. le Redacteur de VUnion litter aire appelle la bien- veillance du Congres sur cette ceuvre. M Gougenot, de Coulommiers, envoiedes details sur un travail considerable dont il est 1'auteur. II est fait hommage au Congres du premier volume des Memoires de la Societe des sciences de Carcassonne, et des Causeries d'un antiquaire , par M. d'Otreppe de Bouvette , de Liege. Une brochure intitulee : Guide des Cornices , est de- posee par M. de la Chauviniere. M. Payen expose qu'il se propose de traiter la ques- tion des engrais, qui peuvent venir en aide a Tagri- culture et qui sont designes communement sous le nom & engrais commerciaux. Cette question est interessante sous le rapport agri- cole , scientifique , economique , commercial et indus- triel. Au point de vue agricole , les engrais augmenteront la fecondite du sol et porteront sa puissance de pro- 128 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. duction a un haut degre , qui sera soutenu facilement ensuite , par un bon assoleraent et par le betail de la ferme. Au point de vue scientifique : tous les chimistes se sont occupes des engrais qui pouvaient &tre ajoutes a la composition des terres pour augmenter sa fecondite. Liebig, a la tete de 1'ecole allemande, avait pense que les seuls engrais utiles , etaient les sels mineraux et que les matieres organiques, fournies par 1'air, etaient suffisantes, pourvu qu'on ajoutat au sol les matieres minerales indispensables. L'Angleterre adopta d'abord cette theorie avec en- gouement , et de nombreuses fabriques d'engrais mi- neraux se monterent sur une grande echelle. On ne tarda pas a acquerir la certitude que les ma- tieres minerales seules ne pouvaient suffire a la fer- tilite de la terre et que les matieres organiques fer- mentescibles etaient neoessaires pour faciliter aux pi antes Tassimilation des matieres minerales inso- lubles. Aujourd r hui il n'y a plus de doute et tons les cni- mistes allemands, anglais etfrancais, sont d'accord sur cette verite. La question interessante surtout est done de fournir aux sols les matieres qui lui manquent et qui doivent augmenter sa fecondite. C'est la que le rdle des engrais commerciaux devient indispensable. Panni les matieres qui ont le plus de valeur pour augmenter la fecondite du sol , il en est qui sont en exces et d'au- tres qui font defaut dans certains sols. L'element cal- caire est souvent en exces. Les matieres minerales salines, telles que le sulfate de chaux , ne sont en exces nulle part et manquent souvent dans certains CONGRES DBS ACADEMIES. 129 sols et principal ement dans ceux dont on enleve depuis long-temps des recoltes. Les sels alcalins de potasse et de soude existent dans la plupart des terres argi- leuses , leur role est moins grand que celui des phos- phates. Les sels de soude ont une moins grande im- portance et ils sont remplaces avec avantage dans beaucoup de cas par les sels de potasse. Parmi les matieres orglniques indispensables a la vegetation , se trouvent celles qui se rencontrent en si grande abondance dans les terrains tourbeux , les debris d'origine vegetale , qui fournissent la plus grande partie deFacide carbonique et la masse de pres- que toutes les especes vegetales. L'assiinilation de ces matieres sera facilitee si on ajoute des bases alcalines , comme la chaux ou la potasse et meme de la soude. Sous 1'infl.uence de ces alcalis , les matieres organiques se brulent lentement , 1'action de 1'air fournissant 1'acide carbonique, et laissant un residu mineral utile. Si nous examinons la question des engrais au point de vue conomique , son importance augmente encore, puisqu'on peut augmenter d'un quart ou de moitie la production des recoltes par 1'addition des engrais, et faire ainsi avancer d'un pas immense la question des subsistences. Parmi les engrais commerciaux pr6nes, il y en a de bons , de mediocres et de detestables. Le guano peut e*tre considere comme Tengrais par excel- lence et ses effels sont merveilleux ; il contient tout ce que renferment les engrais , dans leur partie active. Le guano fournit par 1'analyse toutes les matieres qu'on trouve dans T urine des animaux dessechee, eton le com- prend si on se rappelle son origine. En effet, le guano n'est qu'un melange d' urine et de matieres fecales 130 INSTlTtfT DBS PROVINCES DE FRANCE. animalisees par les debris de poissons , contenant des phosphates qui manquent presque partout et qui ne sont en exces nulle part. En Angleterre, on n'achete le guano qu'apres une ana- lyse chimique et on le paye de 30 fr. a 40 fr. le quintal metrique , en proportion des azotes et des phosphates de chaux qu'il contient. En France, des falsifications de guano ont ete faites et M. Payen a analyst, dans son laboratoire , des guanos qui ne contenaient pas un at6me du veritable guano. Ces falsifications d'engrais sont tres-blamables et tres-graves. II y a tromperie, non-seulement sur la valeur du produit vendu , mais , ce qui est plus grave, la recolte manque et la terre perd de sa fertilite, au lieu d'augmenter en puissance. Les Congres , les Cornices , les Societes d'agriculture , se sont vivement preoccupes de faire cesser cet etat de choses. M. le Prefet de la Loire-Inferieure a , le premier, reprime ces fraudes qui faisaient un tort con- siderable aux cultivateurs , et il vient d'etre suivi dans cette voie , par M. le Preset du departemcnt de Seine- et-Marne. A Nantes , on vendait pour du noir animal (residuderaffinerie, agissant par le phosphate de chaux, a Paide du sang qni s'y trouve encore) de la tourbe , melangee avec des residus de houille pulv6risee et de cendres noires de Picardie. Dans ces departements , on a moralise le commerce des engrais et generalement aujourd'hui le cultivateur n'est plus trompe , lea fraudes ont diminue , les rnecomples disparaissent et la mesure est excellente. M. Payen cite avec plaisir un fabricant d'engrais qui a obtenu une medaille d'or au concours de Ver- sailles, apres verification faite de la verite de l'6tiquette. COttGRES DES ACADEMIES. 131 En Angleterre, on se preoccupe deja vivement des moyens de remplacer le guano qui est exploite aujour- d'hui par les Anglais, paries Americains et un peu par les Francais , avec une activite telle qu'on entrevoit le moment rapproche ou ces dep6ts precieux seront epuises. Qu'est-ce que le guano? du fumier de ferme, excepte la paille. Un engrais commercial, comparable au guano, sera trouve le jour ou on aura trouve le moyen d'emp- cher la fermentation des urines et d'evaporer la partie liquide. Dans les pays ou la culture est tres-avancee , on arrivera a faire consommer aux animaux toute la paille. Les dejections des animaux n'ajouteront plus au sol que ce qui est utile et on aura supprime tout ce qui est chimiquement nuisible. En effet , dans les pays ou la culture est tres-avancee , le carbone se trouve. en exces, Tanimal, en absorbant les pailles , detruit une partie de cette matiere vegetale en exces et ses dejections sont plus riches. En Angleterre, on se sert pour absorber les urines, de terres charbonnees ; cet exemple a ete suivi dans le Midi, par M. deGasparin , et dans le Nord, par M. de ,Crombecque. Un agriculteur anglais , M. Kennedy , est arrive a supprimer, dans son exploitation, et la paille et la terre : il repand les engrais sur ses champs , au moyen de tuyaux souterrains principaux, auxquels il adapte des tuyaux de gutta percha. II transporte aiusi dans les champs me"mes , sous la forme liquide , tout ce qui se trouve d'utile dans les urines des animaux. Ce pro- de gvaisse , 5 pour % , d'au- res fois ils ne donnent pas me*me 1/2 pour /o de graisse. A quoi tient cette difference? II a fait 1'analyse de ces os qui ne donnent pas de graisse , comme de ceux qui en donnent beaucoup : ils ont tous reudu au laboratoire la meme quantite de matiere grasse. Voici comment il explique cette apparente contradiction : lorsque les os sortent de 1'animal , ou du pot-au-feu , 1'eau contenue dans les tissus des os facilite la sortie de la graisse. Mais si on attend quelques jours, surtout CONGRES DES ACADEMIES. 137 si la temperature s'eleve , si les os ont ete exposes au soleil, Teau s'evapore et alors la graisse adhere si completement aux tissus des os que la simple ebulli- tion ne peut la faire sortir. Pour j remedier , il est bon de tenir les os dans 1'eau lorsqu'on n'a pas le temps de les traiter immediatement. Vu Theure avancee , la question du varech est ren- voyee a jeudi, a 2 heures de 1'apres-midi. La seance est levee a 5 heures. L'un des Secretaires-generaux. Ch. GOMART. SECTION D'HISTOIRE NATURELLE. no?! " no"! SEANCE DU 24 JANVIER. ( Pr6sidence de M. D'HOMALIUS-D*HALLOY, membre del'Institut de France. ) La seance est ouverte a 10 heures 1/2. M. G. de Loriere remplit les fonctions de secretaire. Parmi les personnes qui assistent a la seance , on remarque MM. de Caumont , president de Tlnstitut des provinces; de la Fresnaye; Buvignier; Coulain- Graviers, etc. M. de la Fresnaye fait connaitre les resultats inte- ressants auxquels il est parvenu par 1'etiide compa- rative des divers squelettes des oiseaux. 138 INSTITUT DBS PROVINCES DE PRANCE. II a continue de developper par de nouvelles preuves 1'opinion qu'il avail avancee dans une premiere seance, que 1' observation du sternum seul dans le squelette des oiseaux, lorsqu'on 1'isolait de 1'atle osseuse et me"me du reste du squelette , ne pouvait donner d'indication certaine sur le genre de vol particulier aux difterents groupes. Apres avoir fourni dans la premiere seance des preuves de ce qu'il avangait par I'exposition de sque- lettes pris dans 1'ordre des oiseaux carnassiers , puis dans celui des passereaux , et enfin dans celui des echassiers , dans cette seance il en a fait une nouvelle application a celui des gallinaces. Chez les oiseaux , a-t-il-dit , au corps lourd , epais , le sternum offre une modification remarquable ; il est singulierement repousse en arriere et par consequent son brechet n'offre point cette saillie anterieure que Ton remarque chez les autres ordres : de plus , les echancrures du bord posterieur du corps du sternum , ordinairement legeres on moyennes , ont acquis ici un tel deVeloppement qu'elles occupent la totalite , pour ainsi dire, des cotes du sternum, ne laissant d'osseux qu'une etroite bande mediane pour supporter le brechet dans toute sa longueur. En observant ensuite Taile osseuse de la perdrix , il a fait remarquer Textr^me brievete des trois parties qui la composent et aussi de ses dix pennes pri- maires. II s'est demande pourquoi le Createur , en donnant aux gallinaces des formes massives . ne leur a pas accorde un systeme de vol plus developpe ; il suppose que c'etait pour attacher au sol toutes ces especes , CONGRES DES ACADEMIES. 139 auxquelles il a donne la plus grande faculte pour la marche et la course , afin que , vivant uniquement de semences et de vegetaux , ils puissent en diminuer la trop grande multiplication et contribuer par la a 1'equi- Hbre general. lis sont, a la verite , muuis de muscles pectoraux tres-epais et prenant leur point d'attacae sur une grande etendue du squelette inferieur , mais leurs ailes sont si courtes que , pour se soutenir dans les airs et les parcourir rapidement, il fallait que leurs muscles imprimassent un mouvement des plus rapides a ces courtes ailes. C'est ce qu'on rernarque chez ces oiseaux dont les battements d'ailes, surtout au moment du depart , lorsqu'ils s'elevent de dessus le sol , sont si vivement repetes qu'ils impriment a 1'air une vibra- tion des plus bruyantes ; mais ces efforts repetes ne peuvent durer long-temps , et la perdrix , le faisan , le coq sauvage , sont bient6t obliges de s'abattre sur le sol pour s'y reposer. Le Createur leur a accorde ce vol rapide et bruyant au depart pour se soustraire au danger , mais non assez continu pour s'eloigner de la surface du sol ou il voulait les fixer. M. de la Fresnaye s'est demande ensuite pourquoi chez les gallinaces ces enormes ^chancrures occupant presque tous les c6tes du sternum , echancrures qui sont entierement membraneuses au lieu d'etre osseuses et pourquoi le refoulement en arriere si prononce du sternum et de son brechet ? II pense que les gallinaces, se nourrissant entierement de semences et de pointes de vegetaux , ont un jabot tres-volumineux et qui r lorsqu'il est rempli de ces aliments et qu'ils y Ont subi une premiere digestion , acquiert une si grande dimension que sur un sternum ordinaire il eut produit 140 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. anterieuremeut une saillie prodigieuse et , pour ainsi dire , une anomalie. Le refoulement en arriere du sternum et de sacrte a prevenu tout -a- fait cet incon- venient. Quant a 1'etat membraneux des c6ts du sternum , il pense que c'est une suite naturelle du grand deve- loppement du jabot indispensable a une nourriture toute vegetale. Les visceres abdominaux , gonfles par ce genre d'alimentation , n'eussent peut-6tre pas eu sur le sternum osseux sur lequel ils reposent interieu- rement la me"me facilite a operer leur digestion que sur des membranes qui cedent plus on inoins dans ces circonstances. L/inspection du sternum tout anomal de I'hoazin 1'a porte a cette supposition. Chez cet oiseau d'Ame- rique , en effet entierement plantivore , puisqu'il ne se nourrit que des fruits et des feuilles d'une grande espece d'arum du Nouveau- Monde , Tappareil sternal est tellement repouss6 en arriere que le brechet n'est pour ainsi dire apparent , sous forme triangulaire , qu'a 1'extremite posterieure du sternum. II n'est pas douteux , comme M. de Blainville 1'a d'ailleurs reconnu et public il y peu d'ann^es , que ce grand refoulement de la cre*te sternale n'a lieu chez cet oiseau que pour faire place anterieurement et me'me inferietirement a un jabot tellement volumi- neux , lorsqu'il est rempli de ces feuilles et fruits d'arum , qu'il egale en grosseur le corps entier de 1'oiseau. C'est cette particularity qui lui a fait supposer qu'on pouvait 1'appliquer a tout 1'ordre des gallinaces, qu'il croit n* avoir encore ete indiquee par aucun natu- raliste (a ajoute M. de la Fresnaye). CONGRES DBS ACADEMIES. 141 II a ensuite cit6 le squelette dii ganga , que 1'on plagait autrefois dans les gallinaces , mais , qu'avec raison, on met aujourd'hui pres des pigeons. En effet, outre une grande conformite dans 1'education de leurs petits , ils en presentent encore dans leur squelette ; mais le ganga , que Ton sait &tre un excellent voilier , a sa crete sternale singulierement developpee , surtout en hauteur , et rappelant celle du martinet et m&me un peu celle de I'oiseau-mouche , ce qui vient encore al'appui de F opinion de M. de la Fresnaye. II a termine en disant que si , chez les tinamous , gallinaces d' Amerique , on retrouvait dans le retrecis- sement du sternum et du corps entier la plus grande analogic avec ces parties chez la poule d'eau , ce n'etait pas une raison de les rapprocher , que cela in- diquait seulement chez la poule d'eau , qui se cache continuellement dans les hautes herbes et les roseaux , une forme etroite et comprimee qui facilite son intro- duction et sa marche au milieu d'eux , et chez les ti- namous , qui se tiennent constamment caches dans les hautes herbes des terrains eleves d'Amerique , une organisation analogue pour s'y frayer plus faoilement un passage et les parcourir en courant. M. de Caumont presente sur la confection des cartes agronomiques quelques observations tendant a pro- voquer une discussion sur le point de savoir quelle serait la meilleure methode a suivre pour leur nota- tion. II rappelle les instructions qu'il a fait imprimer etle systeme denotation qu'il avait adopte dans Tori- gine ; mais a present , dit-il , que mon idee a ete adoptee, que le ministre des travaux publics Jui-me'me 142 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRA.NCE. a recommande les cartes agronomiques , il convient de perfectionner le systeme de notation , et c'est au Con - gres des delegues que ce soin incorabe surtout. M. de Caumont citeM.Belgrand, ingenieur des mines, corame ayant public tout recemment une carte agronomique des environs d'Avallon, quilui parait assez satisfaisante. M. de Loriere fait observer qu'il sera bien difficile a des geologues de faire ces cartes agronomiques, que la question devrait e*tre surtout resolue par des hommes pratiques, comme les hommes qui composentla section d'agriculture , que la fertilite d'uu terrain depend bien plut6t dela couche meublequi se trouveasa surfaceque de la composition mineralo'gique des couches profondes. M. Buvignier pense qu'une carte agronomique n'est que la reproduction graphique du travail cadastral. M- d'Homalius-d'Halloy demande que Ton precise bien d'abord les bases sur lesquelles on confection- nera les cartes agronomiques. Sera-ce une carte ou Ton indiquera la nature mineralogique du terrain ? De telles cartes ne seraient point des cartes agrono- miques , c'est-a-dire indiquant Vetat de 1'agriculture dans telle contree d^terminee. Comme exemple de Tin- suffisance d'une carte indiquant seulement la nature du sol, il cite les sables de la Campine, arides et n'offrant que de loin en loin des oasis ou vegete mi- serablement le sarrazin, et les me"rnes sables en Flan- dre , converts au contraire d'une belle vegetation. D'ou provient cette difference ? C'est que 1'agriculture est incomparablement plus avancee en Flandre que dans la Campine. Une carte simplement geologique pre- sente les m^mes inconvenients. Ne voit-on pas en effet, en Belgique, des pays d'une fertility extreme et .33fc;CONGRES DBS ACADEMIES. 143 ceux de la plus grande aridite marques des monies teintes. Pour n'en citer qu'un exemple, les terrains devoniens y forment generalement des plissements , ce sont des vallees , puis des sortes de bombement , puis encore des vallees et ainsi de suite ; et quoique ce soit toujours les calcaires deVoniens , dans les vallees , grace a des sables , a des limons , a des de- tritus de toute sorte qui y forment un sol tout-a-fait artificiel , vous y avez d'abondantes recoltes , tandis que les parties bombees des memes terrains devoniens sont d'une aff reuse sterilit6. M. Buvignier ajoute que souvent aussi le sous-sol , quoique recouvert de couches meubles , joue un r61e de la plus haute importance dans la vegetation des plantes , et que telje couche superficielle sera tres- fertile avec tel sous-sol qui avec tel autre le sera bien moins ou meme ne le sera pas du tout, suivant la na- ture mineralogique et la plus ou moins grande per- meabilite. M. de Caumont repond aux deux orateurs et de- montre que ce qu'ils ont dit est la preuve la plus ma- nifeste de Tutilit6 et meme de 1'absolue necessite des cartes agronomiques. II renvoie les preopinants a son memoire imprime en 1846 sur les cartes agronomi- ques , memoire qu'ils ne paraissent pas avoir lu , et aux essais de cartes qui ont ete publics depuis sur plusieurs points de la France. lefigiv La seance est levee all heures I ft. .\ 97^ Le Secretaire , G. DB LOBlfcM, iru. { gy^ 144 1NSTITUT DBS PROVINCES DB FRANCE. SECTION D'AGRICULTURE. STANCE DU 24 JANVIER. ( Prfisidenee de M. DB VIGNERAL. ) La seance est ouverte all heures. Siegeut au bureau: MM. Monnier, de Nancy ; Denis, deMayenne; Bazin , du Mesnil-St.-Firmin ; de Keri- dec , Calemard de la Fayette , secretaire. M. Gomart apporte une brochure sur Philippe de Girard , inventeur de la filature du lin , et il annonce qu'il presentera ulterieurement un rapport sur cette brochure. M de Vigneral entretient le Comite de la fondation d'une ecole de dressage a. Seez, departement de TOrne. II communique le rapport fait par le conseil d'admi nistration de cette institution qui atteste les bons effets qu'on en a deja obtenus. M* de Guerpel lit une notice sur 1'organisation des coucours. II critique le mode actuel de distribution des primes. Selon lui , il serait bien preferable que les Societes d'agriculture nommassent des commissions qui de- vraient visiter les fermes et comparer, non pas un seul sujet d'eleve avec un autre , mais 1'ensemble d'une exploitation, qu'on apprecierait par la generalite de son betail et de la tenue des animaux. De la sorte , les petits cuUiyateurs pourraient aussi participer aux recompenses pour lesquelles ils ne peuvent concourir, CONGRES t>ES ACADEMIES. 145 a distance et dans des conditions trop defavorables pour eux. M. de Guerpel , pour rendre plus puissant encore le nouveau systeme d'encouragement qu'il propose, vou- drait qu'on renoncat a primer les races porcines et cbevalines , qui, selon lui, sont suffisamment encou- ragees par la consommation et par la remonte. H conclut par cette enonciation qu'il vaudrait mieus pousser 1'agriculture a la quantite de production d'abord , et que la perfection viendrait utilement plus tard. Ces idees sont vivement combattues par un grand nombre de membres. M. Ponsard, repondant a 1'opinion deM. de Guerpel, signale les difficultes d'un examen fait par des com-- missaires qui auraient a parcourir les fermes pour primer et recompense^ non pas des sujets isoles, mais 1'ensemble d'une exploitation. M. Ponsard pense encore qu'il n'y a pas a espe>er Tam^lioration des races par la petite culture. L'ini- tiative a cet egard ne peut appartenir qu'aux grandes et riches exploitations. La race porcine , ajoute-t-il , est d'une utilite tellement averee, et les ameliorations que des croisements intelligents peuvent realiser en cette nature ont une telle importance , que , loin de songer a supprimer les primes qui lui sont allouees , il faudrait, au contraire, Vaugmenter autant que possible. II en est de m6me de la race ehevaline. La remonte donne a 1'eleve du cheval un encouragement tellement insuffisant par ses achats, qu'il faut profondement re- gretter , au contraire , qu'on ne puisse pas faire bien plus encore pour cette importante Industrie. 7 146 INSTITUT DES PROVINCES DE PRA.NCB. M. de Vigiieral pensequ'on satisferait aux necessites signalees en augmentant les primes accordees a la meilleure tenue des etables, mais qu'en-dehors de cette mesure il ne peut donner son adhesion aux propositions deM.de Guerpel. M. Monnier voit dans le systeme actuel de primes un double objet, celui de recompenser 1' amelioration accomplie et 1'exhibition , Texemple , le commentaire pour ainsi dire vivant des bonnes tentatives. Selon M. Monnier, le seul avenir de 1' agriculture est dans cette question : que les animaux constituent un profit par eux-memes, non par le fumier, non par le travail, mais par le produit immediatement realisable. II faut done arriver a une perfection de formes qui est indis- solublement liee avec la valeur productive. La prime des chevaux est indispensable aussi pour permettre aux Societes de faire quelquefois aulre chose que ce que demandent les remontes. Pour la question des pores, 1'honorable membre in- siste aussi sur Fimportanoe immense des bons choix a faire entre des varietes differentes. La publicite dans les concours est un besoin et la seule garantie qui puisse mettre a Tabri detoute sus- picion 1' impartialite des juges. M. de Straten combat 1'idee de M. de Guerpel qu'il faut d'abord produire beaucoup et perfectionner ensuite. C'est tout-a-fait le contraire qui parait logique et ra- tionnel a 1'honorable membre. II croit cependant qu'il y a des reproches fondes i faire a 1' organisation actuelle des concours regionaux. M. de Straten voudrait aussi et considere comme de la plus haute importance que les Societes d' agriculture CONG RES DES ACADEMIES. 147 soient libres de determiner a quelle nature et aquelle espece d'animaux les primes doivent &tre accordes. Les Societes scales feront dans cet ordre d'idee des attributions, judicieuses. M. Denis croit qu'en general , loin que les primes soient trop fortes, elles son! de beaucoup trop faibles. Dansl'Ouest, la culture a regu de grandes ameliora-* tions ; ellos' seraient bien plus sensibles encore si les primes avaient plus de valeur. II insiste aussi sur les preferences a accorder a telle ou telle race porcine. M. deKeridecrepondaM. de Straten sur la question des concours regionaux. II croil ces grandes circon- scriptions utiles pour mettre en rapport entre eux tous les grands agriculteurs d'une region. II croit, de plus, que le Gouvernement tient grand compte des neces- sites locales dans la repartition des primes. M. de Caumont constate les bons resultats des as- sociations regionales. Les solennites des grands con- cours donnent a Tagriculture un relief et un eclat dont elle a besoin dans 1'esprit des populations. Quant aux prescriptions du Gouvernement , qu'on a pu quelquefois trouver un peu absolues, pour la r^par- tition des encouragements , M. de Caumont croit qu'il ne faut pas s'exagerer les difficultes ; il est sou vent facile d'accommoder ces exigences avec les besoins locaux. M. de Straten n'a pas voulu combattre les grandes et belles associations regionales ; il a voulu seulement attaquer les concours officiels qui associent penible- ment pour celles-ci , des regions pauvres et arrierees avec des pays de culture superieure. M. de Saisy remarque qu'il faut bien distin^uerje? 148 INST1TUT DBS PROVINCES DB FRANCB. concours d'animaux reproducteurs et ceux d'animaux de boucherie. Les premiers produisent le plus grand bien malgre quelques abus , tels que la confusion des races. Quant aux concours d'animaux de boucherie , on les a generalises dans toute la France : ils sont loin pourtant d' avoir partout la me* me ported, la me 4 me utilite ; puisque, comme cela a ete si bien dit dans les seances precedentes , chaque localite a des besoins differents. On devrait done laisser a 1'initiative des Societ6s 1'attribution des sommes importantes dont les concours disposent. M. Duchatellier ne voudrait pas qu'on entrat dans des details qui generaient les Societes dans leur action . MM. Calemard de la Fayette et Destourbet , sur le paragraphs l er . des instructions demandees par M. Travot , font remarquer que dans beaucoup de pays d'eleve , la pratique n'est pas entierement d' accord avec les preceptes de la theorie ; et que pour les ani- maux destines a 1'engraissement , les produits prove- nant d'etalons tres-jeunes, dans les especes ovines et bovines , sont souvent preferes. M. Bazin demande a la redaction de M* Travot une modification dans ce sens. M. Travot adhere a cette modification. Pour conclusions generales des discussions prece- dentes , et pour solution de 1' article du programme dont le comite s'est occupe jusqu'ici , M. Travot pro- pose les conclusions suivantes : Instructions redigees par les Societes et Cornices .d' agriculture. CONGRES t>ES ACADEMIES. 149 Ces instructions, sous forme de petits livres, seraient repandus dans les ecoles comimmales. Principes generaux sur la reproduction des races d'animaux (combattre cette pratique mauvaise et trop generate d'animaux livres a la reproduction alors qu'ils sont trop jeunes et n'ont pas atteint leur com- plet developpement). Indication des tares hereditaires et qu'il faut eviter dans les reproducteurs, Qualites et defauts des races de la localite. Indication des races etrangeres pouvant satisfaire aux conditions de nourriture, de climat du pays, etc., etc. Leurs qualites , leurs defauts. Par cet expos6 sommaire, appuye de quelques exemples , les cultivateurs seraient conduits a rame- lioration raisonnee de la race elle-me'me (le croisement de dedans en dedans ) , et s'ils voulaient tenter une amelioration plus rapide par I'introduction d'un sang etranger , ils pourraient , pour ainsi dire , se rendre un compte exact, a chaque accouplement d'une fe- melle indigene avec un male de race etrangere , de ce que le produit metis devra gagner ou perdre en qua- lite positive ou negative. Cette derniere partie devrait etre traitee avec une grande prudence. II faudrait faire sentir aux cultiva- teurs le danger de donner trop de sang etranger a leurs produits , quand cela pourrait faire perdre a la race un exces de certaines qualites dont une partie faible peut disparaltre avec succes en compensation de qualites qui manquent si on s'en tient au croisement a un ou deux degres , mais detruirait en totalif6 des 150 INST1TUT DBS PROVINCES DB FRANCE. qualites inherentes a la race locale et qu'il faut avant tout fixer. M. Ponsard parle des influences des males et des femelles dans les croisements, et reproduit la remarque faite dans les seances precedentes, que le sang etranger n'a d'action infaillible et considerable que sur des fe- melles vierges. M. Ponsard a experiment^ sur les races bovines et sur les races ovines , et le fait est au- jourd'hui bien avere pour lui. M. -deVigneral confirme de nouveau cette observa- tion en signalant combien la pratique .generate dans les conclusions parait plus puissante que toutes les theories. M. Monnier combat 1'absolu de cette opinion. M. Destourbet signal e Faction de la premiere portee sur les races de chiens de cnasse. II croit que les fe- melles sont plus accessibles a 1'influence du male , non par le fait de leur virginite , mais par le fait de leur jeunesse. M. de Straten parle de la race chevaline , dans la- quelle on a pu souvent observer que les juments des pays plats , nourries dans des pdturages gras , douees d'une constitution molle et lymphatique, transmetlaieut mieux que tout autres , a leurs produits , les qualites de purele et de sang du male qui les a servies. II cite 1'opinion generalement admise que les belles races an- glaises ont ete obtenues a 1'aide de croisement des races flamandes avec le sang arabe. On pourrait trouver dans ce fait, s'il etait incon- teste , une analogic avec 1'opinion exprimee par MM, Ponsard et de Vigueral. CONGRES DBS ACADEMIES. 151 M. Monnier craindrait que le Congres s'engageat dans 1' affirmative sur une question qui ne lui parait pas du toutprouvee. II cite son experience personnelle qui lui a permis de constate r que les croisements avec de vieilles femelles aussi bien qu'avec des jeunes , avaient , dans ses troupeaux , reproduit constamment le caractere des males de race etrangere. M. Maurenq demande aussi une grande reserve dans 1'expression d'une idee aussi nouvelle. On fait observer a ces honorables membres que cette opinion se produit sous la responsabilite des preopi- nants qui Tont exprimee, et que, dans tous.les cas, la question est assez grave pour qu'on appelle Fexamen des experimentateurs a la confirmer ou a la conlredire ulterieurement. Le comite tiendra toujours grand compte de 1'affirmation des a present bien. positive de MM. Ponsard et de Vigneral. Avec ces differents commentaires , qui completent le resume^ de M. Travot, ses conclusions sont adoptees. M. Calemard de la Fayette remarque que le systeme de primes actuelles et les instructions qu'on engagera les Societes a rediger et a propager feront le plus grand bien dans les pays de culture riche et avancee , mais dans les pays pauvres et completement arrieres , les meilleures instructions, les plus sages conseils t ne determineront jamais le cultivateur sans instruction et sans aisance ( et dans les pays en question il n'y a guere que de ceux-la) a aller au loin chercher des re- producteurs qu'il n'a jamais vus et qu'il ne pourrait apprecier que sur parole. Les primes el les-m ernes sont encore bien insuffi- santes pour que quelque chose de serieux se fasse 152 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. dans de telles regions. Je voudrais done, dit le meme membre , que le Congres emit pour le pays dont je parle, le vceu que les Societes d'agriculture , consa- crassent toutes les allocations qu'elles depensent en primes on autrement, a Tachat d'animaux reproduc- teurs qu'elles choisiraient en conformite des races et des besoms locaux, et qu'elles revendraient ensuite aux encheres , sous la condition qu'ils seraient consa- cres a la reproduction. C'estla le seul mode prompt, energique , efficace , qui puisse permettre d'agir dans les pays de petites exploitations ou toute grande initiative agricole fait defaut, M. Destourbet appuie cette proposition. Le systeme indique est deja, du reste, applique dans le departe- ment qu'il habite. En outre , pour ne pas laisser les animaux d'une localite se multiplier constamment dans une consanguinite trop intime, qu'on aurait raison de redouter, on a le soin de racheter tous les quatre ou cinq ans des reproducteurs d'une localite pour les transporter ailleurs , et vice versa. La me'me pratique devrait etre certainement recommandee. Le comite accueille aussi ces propositions , qui de- vront etre formulees a la suite des conclusions deja adoptees. Profitant des quelques minutes qui restent encore a la commission , M. de Straten parle de la rouille des bles comrnB d'un fait tres-considerable et tres-general dans la Moselle depuis deux ou trois ans. Depuis ce temps , on s'est beaucoup preoccupe de la cause de cette maladie facheuse. Quelques personnes, evoquant des autorites scientifiques recommandables, ont pense CONGRES DBS ACADEMIES. 153 que le voisinage (Tun arbuste, de 1'epine-vinette , pourrait avoir une influence sur le fait si dommageable de Tinvasion generate de la rouille ; M. de Straten serait bien aise d'entendre quelques membres du Con- gres opposer leur opinion ou leurs observations, a une supposition qui lui parait bien gratuite. M. Bazin produit des observations que lui suggere une experience personnelle qui date deja de loin ; dans le voisinage du pays qu'il habite, il y a quinze ou vingt ans la rouille a frappe d'une fac.on tres-persistante sur les recoltes. II existait aux environs des planta- tions d'epine-vinette. On accusa aussi 1'epine-vinette. Mais pendant douze ou quinze ans la rouille a disparu. Elle s'est reproduite cette annee ; mais apres les quinze annees ou les bles n'ont pas ete attaques , bien que 1'epine-vinette n'eut pas ete detruite, personne ne songe a accuser de nouveau cet arbuste de la contagion. L' action de certains brouillards a de certaines pe- riodes de la vegetation des bles est certainement , suivant 1'honorable membre, la cause de la rouille. Les cultivateurs pretendent meme que des brouillards identiques , se produisant a d'autres epoques de 1'annee, et quand la vegetation de la pomme de terre est plus particulierement impressiojinable aux atteintes exte- rieures, causent la maladie dont la precieuse solanee est si deplorablement attaquee, M. Bazin ne serait pas eloigne d'admettre dans uiie certaine mesure la justesse de cette opinion vulgaire. Le Comite s'ajourne a jeudi matin , pour la conti- tinuation de ses travaux. Le Secretaire , Ch. CALBMARD DB LA FATBTTE. 154 INSTITIJT DBS PROVINCES DE FRANCE. SECTION DE LITERATURE, BEAUX-ARTS ET ARCHiOLOGIE. STANCE DU 24 JANVIER. ( Presidence de M. le comte de MELLET). Siegent au bureau : MM. le comte de Montlaur ; de Vigan ; DuchateHier ; Dubois, dela Loire-Inferieure ; Onesime Leroy ; de Bonneuil , secretaire. L'ordre du jour appelle la continuation de la dis- r.ussion sur les questions du programme relatives a la formation des paroisses (1). La parole est aM. Isidore Lebrun. L'orateur pense qu'on doit ajouter a ce qiTa dit hier M. Bordeaux , sur les causes de la formation des paroisses , deux mobiles importants : les besoins et les interets des populations. Apres Tinvasion des Gaules, Tidoldtrie ceda insensiblement la place au ehristianisme dont les progres durent e" tre lents , mais constants , et il est probable qu'a mesure que les po- pulations chretiennes s'agglomeraient, elles batissaient des 6glises et formaient des paroisses. C'est ainsi que les choses se passaient au dernier siecle et se passent encore parmi les peuplades sauvages du Nouveau- Monde. Dumont d'Urville, en arrivant a Noukaiva, y trouva un pr^tre francais qui avait converti un certain n ombre d'infideles dont il avait deja forme une sorte de paroisse ou m6me de diocese. Ainsi en a-t-il ete dans les Gaules apres Pinvasion. (1) Voyez ci-dessus, pages Ii9 b 125. CONGRES DBS ACADEMIES. 155 M. d'Hericourt combat cette derniere opinion. On ne pent, dit-il, comparer ce qui s'est passe a 1'origine de la monarcliie frangaise avec ce qui se passe en Ame- rique. Le missionnaire est un homme seul , qui , en- tralne par son zele et par son devoument, va porter la lumiere de 1'evangile au milieu des peuplades sau- vages du Nouveau- Monde , y consacre ses sueurs et souvent me*me son sang , les convertit un a un et les groupant en effet autour de lui , finit par composer des paroisses. II n'a pu en e"tre aiiisi aux premiers siecles de notre histoire. Le peuple conquerant avait deborde comme un fleuve au milieu du peuple conquis, et le nouveau pouvoir devenu chretien dut faire tous ses efforts pour convertir les populations. Le mouve- mentvint d'en haut et laformation des paroisses dut&re 1'ceuvre du pouvoir oudes grands corps de TEtat. L'ora- teur pense qu'un grand nombre furent creees sous Charlemagne. II demande an surplus la division de la ll e . question (voyez cette question , page 120). M. de Caumont pense qu'il a pu y avoir des eglises construites tres-anciennement , rnais que la plupart des paroisses, organisees comme telles, ne remontent pas au-dela du XI e . siecle. M. Bordeaux demande la parole. Ces questions, dit-il, sont tres-complexes et tres-difficiles a resoudre , et il tie faut pas perdre de vue que le Congres n'est pas appele i en donner la solution, mais a les recom- mander a 1'etude des academies des provinces, en leur donnant seulement 1'indication de quelques-unes des sources ou elles pourront puiser les elements de leurs decisions. M. Bordeaux cite entr'autres un travail pu- blie en 1838, par M. Beugnot , de 1'Academie des in- 156 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. scriptions , dans la Revue fran^aise, sur 1'origine et les developpements des municipalites rurales. Ce nie- moire touchait deja quelques-unes des questions por- tees sur le programme du Congres. M. de la Borderie vient aussi de soutenir a 1'Ecole des Chartes une these sur les plebes ou paroisses rurales en Bretagne au IX e . siecle , et les machtyerns ou princes de paroisses, officiers propres a la Bretagne. Certains faits histo- riques particuliers a telle ou telle province peuvent fournir des inductions. Ainsi , dans le departement de 1'Eure, beaucoup de paroisses remontent sans aucun doute au regne de saint Louis , qui avait fait de grandes concessions de for6ts a defricher. Les popula- tions y accoururent en foule et ne tarderent pas a s'organiser en paroisses. C'etait, en effet, un principe de notre ancien droit que les forets n'etaient d'aucuiie paroisse. Ce n'est qu'en 1789 que Ton a trace les cir- conscriptions communales au travers des fore*ts : jus- ques-la les circonscriptions restaient vagues dans les bois. Des faits d'un autre genre peuvent avoir donne lieu dans d'autres provinces a de semblables forma- tions, qui n'ont pas du avoir lieu avant les XI e . et XII e . siecles, mais cela n'emp^che pas qu'il n'existat des eglises sous les Cariovingiens. Ces deux idees se rattachent Tune a Fautre et voila pourquoi la question ll e . , quoique complexe, ne parait pas a 1'orateur de- voir e"tre divisee , mais recommandee sous son double point de vue a 1'etude des Societes de departement. D'ailleurs il ne faut pas confondre la fondation des pa- roisses comme circonscription reguliere ethierarchique, comme centre d'une agglomeration cominunale , avec I'etablissement des eglises creees de nos jours dans le CONGRES DBS ACADEMIES. 157 Nouveau-Monde. ^organisation paroissiale en France telle qu'elle existait en 1789 , fut contemporaine de la raise en vigueur des dimes , de 1'organisation feodale et des premieres formations de communes. M. Dreolle pense contrairement a ce qu'a dit hier M. Bordeaux , qu'aux IX 6 ., X e . et XI e . siecles, la feo- dalite ne fut pour rien dans la formation des paroisses rurales. Les seigneurs, dit-il, ne sontpas venus avant Feglise, mais apres. M. Bordeaux repond que ce qu'il a dit repose sur ce fait, que la feodalite a une date certaine. Toute la question est de savoir si elle a plus ou moins influe sur la creation des eglises. A son avis , cette influence a ete considerable : il a existe des abbayes sous les Car- lovingiens, mais il s'en est eleve un bien plus grand nombre sous leurs successeurs. II y aurait aussi une autre induction a tirer des droits feodaux et en particulier des dimes. M. de la Bigottiere dit que si la question se perddans la nuit des temps , il croit cependant que la feodalite eut une grande influence sur la formation des pa- roisses : ainsi , ajoule-t-il , il est certain qu'un grand nombre d'aventuriers et de capitaines venus a la suite de Rollon , voulurent tous avoir droit de collation et firent creer a leur profit un grand nombre d'eglises et d'abbayes auxquelles ils nommaient et dont ils per- cevaient les revenus. M. Duchatellier a la parole sur la 13 e . question. Quels secours historiques peut-on tirer des anciennes chartes? etc. L'orateur pense que ces recherches seraient aujour- d'hui presqu'impossibles , en Bretagne du moins : la 158 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. plupart de ces titres ayant etedetruits, on ifen trouve plus cu presque plus d'anterieurs au XV e . siecle. Ainsi , dit-il , un grand nombre de families de la Bre- tagne assignent dans les fondations hospitalieres ou religieuses qu'elles ont constitutes au XV e . siecle , 1'impossibilite ou elles etaient alors d'etablir leurs precedents , par suite de la destruction des chartriers et de la dispersion de leurs titres. Ainsi en a-t il ete pour la fondation de I'eglise de Locronan , par la fa- mille de Nevet. Un membre fait remarquer qu'a la seance de la veille M. Duchatellier disait, au contraire , que les docu- ments propres a eclairer la question ne sont pas rares, car il invoquait , centre r opinion de M. Bordeaux , pour prouver que les paroisses rurales etaient cotnple- tement organisees avant le XI e . siecle, le cartulaire de Quimperle et le terrier de St. -Pol -de-Leon. On passealal4 e . question ainsi congue : A quelle cause fout-il attribuer la reconstruction < de presque toutes les eglises rurales , a la fin du XV e . siecle et au commencement du XVI e . dans certaines regions de la France? Pourquoi , dans des campagnes voisines, les eglises des Xl e . et XII e . siecles ont-elles ete conservees et subsistent-elles encore ? M. Dreolle pense que cela tient a 1'augmentation de la population , par suite de laquelle les eglises se sont trouvees trop petites : il remarque que presque partout le chceur ancien est reste; la nef seule a ete recon- struite et probablement agrandie. M. Duchatellier appuie 1'opimon de M. Dreolle et cite comme exemple Teglise de Pont-1'Abbe, recon- CONGRES DBS ACADEMIES. 159 struite sur une plus grande echelle , en 1481 , ce qui est constate par un acte de fondation. M. Peigne-Delacour dit que, pour le Nord de la France, il y a lieu de croire que les eglises ont ete baties en general dans les siecles de paix et de tran- quillite , et qu'on en trouve peu de construites pen- dant les invasions des Anglais ou les guerres de reli- gion. Quant aux eglises de 1'epoque carlovingienne , celles qui ont 6 te construites en pierre ont subsiste , mais les autres etant construites en bois sont tombees de v6tuste. M. Bordeaux repete, a propos de cette question , ce qu'il a deja dit pour la precedente, que le Congres ne saurait donner une solution immediate ; il ne peut que fournir aux Societes savantes quelques donnees et en quelque sorte des jalons pour leur indiquer la voie. Ce sont la des questions impossibles a resoudre quant a present, faute d'un nombre suffisant de faits acquis , d'observations certaines et positives. Avant d'arriver a la synthese , a la generalisation , de batir un systeme , il faut observer pied a pied sur le ter- rain lui-meme. Le Congres doit done recommander aux Societes qui s'occupent d'histoire locale , de diriger de ce c6te leurs investigations parce que c'est la un terrain neuf. On ne peut faire de decouvertes reelles que par un travail analytique, paroisse par paroisse. Les resultats viendront ensuite et decouleront de cette statistique. Revenant a la 14 e . question, une circonstance , dit- il, frappe 1'attention. Souvent dans un me'me depar- tement , vous trouverez a cote les unes des autres t des eglises de differentes epoques, la des edifices ro- 160 INSTITUT DBS PROVINCES DB tf RANGE. mans, la des eglises des XV e . et XVI . siecles, reparties en quelque sorte par z6nes. Pourquoi cela ? II peut j avoir plusieurs causes. D'abord le pen de solidite des premieres constructions, un grand nombre devaient etre en bois ; d'autres, quoique elevens en pierre, n'taient cependant pas solides , ainsi il arrivait tres- souvent que Jes murs n'etaient pas en mortier de chaux. On en trouve la preuve dans ]es edifices pos- terieurement reconstruils et qui n'out pas ete refaifs en entier ; le mur du Nord est souvent conserve , parce qu'etant moins expose a la pluie il ne s'est pas deteriore ; le mur du Midi a ete seul reconstruit et cela se reconnait a la difference des fenfires qu'on y a percees en plus grand nombre et plus larges pour laisser penetrer plus de jour et de soleil. On remarque aussiquel'ancienchceurestpresque toujours reste. On n'a rebati que la nef, parce que le chceur etait a la charge du seigneur ou du gros decimateur qui ne se souciait pas de le detruire pour le reconstruire a ses frais, tandis que la nef etait rebatie par les comma - nautes d'habitants. Une seconde cause de la reconstruction des eglises a ete peut-e"tre la creation des fabriques ou bureaux de marguilliers , vers le XIV e . siecle. L' administration des eglises avait change de main et les nouveaux ad- ministrateurs ont sans doute voulu y faire des chaage. ments qui ont necessite une demolition presque com- plete des anciens edifices. L'etablisement des fabriques a du considerablemerit contribuer a la decadence de 1'architecture religieuse. C'etait une administration la'ique qui se substituait a radministration clericale et monastique , et cette' secularisation dut profondement CONGRES DES ACADEMIES. 161 reagir sur 1'architecture et la disposition des eglises. II faut aussi tenir comple du grand schisme d'Occident qui fut pour 1'Eglise une crise tres-grave a traverser , et des desastres causes parl'invasion anglaise, pendant laquelle un grand nombre d'eglises furent incendiees ou resterent sans entretien. Derniere cause enfin, Taccroissement de la population. II faut remarquer pourtant que la population n'a gueres augment^ dans les villages ; il en est ou elle est restee stationnaire et ou cependant 1'eglise a et6 reconstruite. II serait done important de comparer la dimension des eglises des XI. et XII. siecles , avec Tiraportance de la po- pulation a cette epoque. Aussi la 15 e . question est-elle ainsi congue ; La dimension des eglises rurales n'etait-elle pas calculee sur la population de chaque paroisse a 1'epoque ou on les batissait ? La verification de ce fait ne permettrait-elle pas d'en tirer des inductions interessantes pour 1'histoire? M. le president de Mellet ouvre la discussion sur la 16 e . question ainsi formulee : La plupart des families existantes dans nos vil- lages ne sont-elles pas encore les me*mes qu'au moyen-age? (Fixite de la population rurale. Ety- mologie des nomsdefamille, persistance des usages, du langage et des costumes locaux.) Le Congres tombe d'accord que les personnes adon- nees aux recherches d'histoire locale peuvent trouver de ce c6te des filons tres-curieux a exploiter , et il re- commande cette question aux Societes de departement comme indiquant des recherches entierement neuves a fa ire. 162 INSTITUT DBS PROVINCES DB FRANCS. M. de Straten propose de joindre a la ll e . question un programme detaille pour 1'envoyer aux Societes sa- vantes et de clore la discussion sur les questions 14 , 15 et 16. Cette proposition est adoptee. On passe a la 17 e . question ainsi concue : Quel est le degre d'antiquite des costumes portes par les paysans en Bretagne et en Normandie , etc. M. Bordeaux croit qu'il y aurait de singuliers rap- prochements a faire entre les costumes et le langage de certaines provinces. Quelques costumes bretons ont de 1' analogic avec ceux qu'on portait sous Charles VII, d'autres portent encore le sayon gaulois , d'autres ont conserve le costume du temps de Louis XI ou celui de 1'epoque de Louis XIII. II serait bon d'etablir des classifications parepoques, et au surplus cette question se rattache pour ainsi dire intimement a la 18 e . et ne peut guere en &tre separee. M. Duchatellier dit qu'on peut consulter a cet 6gard les monuments de sculpture en bois , les portails des eglises et les vitraux. Les costumes qui y sont repre- sentes sont en general ceux de Vepoque ou ils ont ete sculptes ou peints. Un autre sujet d'examen serait le costume de certaines parties de la Bretagne qui offrent, quoiqu'on en ait dit, une certaine analogic avec le costume egyptien. M. d'Hericourt dit qu'on pourrait aussi trouver d'utiles renseignements dans les vieilles poesies, dans les fabliaux, etc. , mais qu'au surplus il faut proposer aux academies des choses praticables et prendre garde de les porter an decouragement en leur demandant un travail impossible. Or, la fixation de 1'antiquite du costume lui paralt etre dans ce cas , il CONGRES DBS ACADEMIES. 163 demande done la suppression de la 17 e . question , la 16 e . lui paraissant suffir. M. Maurenq demande au contraire qu'on y ajoute les mots suivants : .... et de certains objets mobi- liers et instruments de travail. M. Duchatellier appuie la proposition de M. Mau- renq , en disant qu'en effet , s'il y a dans la forme des instruments de travail et dans celle des meubles , quelque chose de particulier qui puisse indiquer des mceurs speciales , il est bon de le canstater. La pro- position de M. Maurenq est adoptee. M. Bordeaux est autorise par le president a lire une note que vient de lui remettre M. Maximilien de Ring , sur la 16 e . question relative aux noms de famille en- core subsistants dans les villages et qui sont les m&nes depuis plusieurs siecles. Voici cette note. II y a A Riegel , I'ancienne Rigola des Remains , une famille de potiers sur le terrain de laquelle a ete retrouve un four 4 poterie romain , avec des empreintes portant exactement le m^me nom que porte le potier moderne, sauf la terminaison latine. La ville de Rigola fut prise par les Allemands au IV e . siecle , la famille romaine y sera restee , et se sera reproduite depuis , toujours avec le meme metier. Sur le Danube , pres de Rietissen , est un moulin a eau. On a trouve dans le Danube meme, une pierre votive a Neptune, avec le mot Molin... Molina-tor ou Molinarium. Le moulin s'est done perpetue depuis le XI e . siecle. Le Secretaire , LE Y te . DE BONNEUIL. 164 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE* SEANCE GENERALE DU 24 JANVIER. ( Pr&idence de M. DA RELAY ). Siegent au bureau :MM. de Caumont, president de rinslitut des provinces ; le docteur Bally ; le general Remond ; M me .la baronne Cecile deMontaran ; de Stas- sart; Chennevieres , d'Elbeuf, membre du Conseil ge- neral des manufactures ; levicomte de Cussy. M. Go- mart, secretaire-general, tient la plume. Le proces-verbal de la seance du 23 Janvier est lu et adopte. M. de Caumont depose la correspondance : Une lettre de M. Quenard accompagne trois bro- chures offertes au Congres et intitulees : 1. Le fumier de ferme e'leve a sa plus haute puissance de fertilisation et rfetant plus insalubre ; 2. De lemploi , du dosage et des effets du sel comme amendement des terres arables ; 3. Epitres politiques et nationales de 1848 d 1853 ; On depose sur le bureau : Le journal mensuel des travaux de I' Academic nationale , agricole , manu- facturiere et commerciale , XXII 6 . annee, 1852; Legons de chimie , par M, Ad. Bobierre ; Les l er . , 2 e ., 3 e ., 4 e . livraisons, troisieme volume du Bulletin archeologique de 1' Association bre tonne. M. Onesime Leroy fait horn mage au Congres d'une comedie de sa composition intitu!6e : Lesfemmes sous Caton le Censeur : M. Du Moncel lit un m6moire sur 1'application de la pile voltai'que. CONGRES DBS ACADEMIES. 165 MfiMOIRE DE M. DU MONCEL. Les decouvertes qui se sont faites dans les sciences , depuis un demi siecle surtout , ont ete si nombreuses et se sont succede avec une telle rapidite que c'est en quelque sorte une etude que de les suivre dans leur marohe progressive. Telle personne qui se trouvait a la hauteur de la science, il y a vingt ou trente ans, est tout 6tonnee lorqu'elle lit par hasard quelque article scientifique, non-seulement de voir un horizon nou- veau se developper devant elle , mais de retrouver une langue presque nouvelle : c'est surtoul dans les sciences chimiques et physiques que la metamorphose est la plus sensible. Mais s'il en est deja ainsi quand on con- sidere les sciences en elles-memes , que devra-t-on dire de leurs applications? Qu'auraient pense nos peres si on leur avait annonce , il y a cent ans , que des con- vois entiers de voyageurs et de marchandises seraient transposes avec une vitesse de dix a quinze lieues a rheure , a travers les entrailles de la terre , au-dessus des vallees , a travers les bras de mer meme ; que les navires pourraient lutter victorieusement centre vent et maree; que Ton pourrait corresponds d'un bout de la terre a 1'autre aussi vite que la parole ; que la nature se peindrait elle-meme sur le papier ; que la douleur pourrait etre momentanement suspendue ; qu'enfin des villes entieres seraient eclairees par la combustion d'une substance invisible ?Certes, ils auraient pu taxer de reveur celai qui leur aurait annonce toutes ces mer- veilles , et pourtant c'est ce que nous voyons aujour- 4'hui. Que ne verrons-nous pas encore? 166 INSTITUT DBS PROVINCES DB FRA.NCB. Des differentes branches des sciences physiques, 1' 61ectricit6 est certainement celle qui a failles progres les plus rapides et dont les applications utiles ont 6te les plus nombreuses, Aujourd'hui c'est la question scientifique al'ordre du jour, et a 1'ardeur avec laquelle on s'en occupe , on dirait qu'il ne s'agit rien moins que de la decouverte de la pierre philosophale. Nous croyons en consequence qu'il n'est pas sans intere"t d'actualite de retracer en quelques mots les differentes applications qu'on en a deja faites et qu'on pourrait faire encore. Lorsque nous entendons les eclats et les roulements du tonnerre, quand nous voyons le ciel sillonne" par ces traits de feu que nous n'osons fixer qu'avec un certain effroi , nous avons peine a comprendre qu'un element aussi terrible dans ses effets , et que nous croyons e"tre en quelque sorte le partage exclusif du ciel , puisse se developper a cote de nous dans telle proportion et avec telle intensite qu'il nous convient ; enfin nous nous figurons difficilement que nous puissions disposer de la foudre pour Vasservir a nos besoms et a nos caprices. Pourtant plusieurs moyens sont en notre pouvoir pour faire naitre cet element extraordinaire auquel on a donn6 le nom d'electricit^, le frottement exerce sur certains corps , les reactions chimiques, la chaleur, la pression , la combustion , le fluide vital m&me et Facte de la vegetation developpent de 1'electricite, et il ne s'agit que d'operer avec un plus ou moins grand nombre de ces elements producteurs pour 1'obtenir avec une plus ou moins. grande force en plus ou moins grande quantite. CONGRESS DBS ACADEMIES. 167 Entre ces differents moyens de produire 1'electricite, la pileesl celuiqui est le plus susceptible d' applications, car aucune force mecanique n'est necessaire pour son developpement.C'esten quelque sorte une source per- manente d'electricite en mouvement que Ton peut ren- dre aussi puissante que Ton veut , puisque comme un foyer caloritique ou lumineux, elle resulte de la com- bustion de certaines substances par voies de reactions chimiques. Les applications que Ton peut faire de 1'electricite ainsi developpee , sont excessivement nombreuses et peuvent se rapporter a la mecanique , a la chimie , a la physique , a la medecine. Mais de toutes ces ap- plications , celles qui ont fourni jusqu'a present les resultats les plus importants , sont la telegraphie elec- trique et la galvanoplastie. L'idee de la telegraphie electrique n'est pas nou- velle. II y a un siecle environ , un certain Georges - Louis Lesage , frangais d'origine , avait etabli a Ge- neve un modele de telegraphe qui fonctionnait sous Tinfluence d'une machine electrique. Mais les nom- breux inconvenients qui se rattachent a ce mode de production de I'electricite durent faire renoncer a Tetablissement en grand de ce sysleme, et , d'ailleurs, les idees du temps n'etaient pas tournees de ce e6te Plusieurs essais infructueux furent encore tentes a la fin du siecle dernier, mais tous les systemes qui furent alors imagines , soit qu'ils manifestassent leurs signes par des electrometres, par des traces d'etincelles electriques , par rinfLammation de substances d6ton- nantes ou des d&charges de bouteilles de Leyde , pe- chaient tous par leur base elle-mdme. Ce n'est que 168 INSTIT0T DBS PROVINCES t>B PRANCE. quand les effets de 1'electricite dynaraique ont ete connus, et en particulier Taimanlation temporaire du fer doux sous 1'influence du courant electrique , qu'on a pu songer serieusement a etablir en grand la tele- graphic electrique et aabandonnerle systemeingenieux de 1'abbe Chappe. Toutefois , ce n'est guere qu'en 1840, que le proble"me fut completement resolu. Plus de 60 physiciens se sont dispute et se disputent encore 1'hon- neur de cette decouverte. Ce qui est certain , c'est que le premier te!6graphe qui a fonctionne d'une maniere satisfaisante sur un parcours un peu etendu , est celui que M. Stenheil avait etabli a Munich , en 1837, et que la premiere grande ligne telegraphique a ete etablie en Amerique, il y a a peu pres 8 ans, par M. Morse. Les telegraphes electriques sontde diversesespeces. Les uns ecrivent eux-m^mes la depeche sur uoe bande de papier a 1'aide de certains signes de convention qui sont des combinaisons de jambages plus ou moius compliques ; c'est le systeme des telegraphes ame- ricains. Les autres a 1'aide d'une aiguille qui se meut sur un cadran , indiquent successivement au propose de 1'administration charge de ce soin, les differentes lettres ou les differents signes qui composent la de- pche ; ce sont les telegraphes des chemins de fer. D'autres ayant deux aiguilles , dessinent par leurs positions diverses, a 1'egard d'une traverse horizon tale, les differents signes du telegraphe Chappe : ce sont les telegraphes du gouvernement Franc, ais. Dans d'autres lemouvement deTaiguille surle cadran est syncronique et perpetuel a toutes les stations et les signes ne sont indiques que parl'arrt momentane de cette aiguille en face de tel ou tel d'entre eux ; ce sont les telegraphes CONGRES DBS ACADEMIES. 169 prussiens.D'aufres imprimentla depe'che sur unebande de papier en caracteres d'imprimerie; d'autres 1'impri- rnent de maniere a reproduire Tecriture meme de celui qui Tenvoie. Enfin d'autres, par 1'effet d'une certaine de- composition chimique qui s'opere instantan6ment au moment du passage du courant, laissen sur unebande de papier reconvert de cyanure de potassium une serie de traces bleues dont les diverses combinafeons represented les differents mots de la depe'che. La promptitude de transmission des signes par ce dernier telegraphe , est telle qu'en moins de 10 minutes on aurait transmis et imprime d'un bout de la terre a Tautre une page entiere d'un de nos journaux poli- tiques. Voila certes un resultat merveilleux et pourtant les derniers mots n'en sont pas dits ! Une autre application in6canique de 1'electricite volta'ique, est 1'horlogerie electrique. Elle peut avoir deux buts tres-distincts a remplir : d'abord de fournir 1'heure independamment de tout systeme d'horloge ordinaire; en second lieu de la distribuer dans tel nombre d'endroits qu'il convient par T intermediate de cadrans compteurs. J'ai eu 1'honneur de presenter 1'annee derniereun modele de chacun de ces systeraes. De ces deux buts que Fhorlogerie electrique est ap- pelee a remplir , le second est evidemment le plus utile , car on peut concevoir de quelle commodit!^ serait pour une ville comme pour les cliemins de fer,' et les grands etablissements industriels dans lesquels les ateliers sont dissemines , la repartition parfaitement exacte et identique de 1'heure , d'apres un chronometre unique. Bien que le proble"me ait ete en partie resolu par plusieurs mecaniciens, et en particulier par M. 8 170 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. Paul Gamier , de Paris , il reste pourtant encore quelque chose a desirer, mais il est evident que, dans un avenir peu eloigne , ce mode de repartition de 1'heure sera 6tabli dans les principales villes d'Eu- rope et sur toutes les lignes des chemins de fer. Comme troisieme application mecanique de I'electri- cit& voltaique, je signalerai 1'usage qu'on pent en faire pour la sonnerie des cloches de signal aux differentes heures ou il en est besom sur les grands travaux ; e'est alors Thorloge qui se charge de faire agir le cou- rant electrique, et celui-ci, en se distribuant sur les dif- ferents points des travaux fait a son tour agir des me- canismes a marteaux qui realisent 1'eifet voulu. J'ai installe a la ferme-6cole de Martinvast une sonnerie de ce genre, qui remplace avantageusement ceux qui etaient charges de ce soin pour les heures de reprise et de cessation des travaux. Du reste , 1'application de Telectricite aux sonnettes est deja en usage a Paris , et c'est M. Mirand, constructeur ( rue du Petit-Pont t n. 10), qui ale plus perfectionne ce genre d'appareils. Pour Tenregistrement des observations meteorolo- giques , Telectricite peut etre d'un secours immense. M. Wheatstone, en effet, est parvenu dans son enre- gistrew metdorologique % etabli ^ Kiew, a faire ecrire par 1'electricite de 5 en 5 minutes toutes les observations relative? au barometre, au thermometre et au psy- crometre. Mais de tous les instruments de la physique, le plus ingrat, celui qui exige le plus de devouement de la part de 1'observateur , I'an^mometre, en un mot, avait ete oublie, et c'est cet instrument auquel j'ai applique Telectricite que j'ai perfectionne a tel point , qu'il foi^rnit, dans le cabinet meme de Vobservateur , CONGRES DES ACADEMIES. Hi toutes les indications relatives a la direction , a la vitesse , a la dur6e t aux variations des differents vents. De plus, ces indications peuvent tre inscrites par Tinstrument pendant huit jours consecutifs sans qu'il soit besoin de s'en occuper. Au bout de ce temps un m^canisme special, une espece de reveil previent 1'observateur que le moment de 1'experience est arriv6 et il Jui suffit alors de retirer la feuille de papier de dessus Tappareil , d'en remettre une autre et de re- monter le mecanisme , pour mettre Pappareil en etat de fournir de nouvelles indications. En jetant alors les yeux sur la fetiill^ qu'on vient d'enlever , on voit non- seulement la recapitulation de toutes les indications precedentes pendant les huit jours , mais on peut les suivre heure par heure , ce qui est un avantage inap- preciable pour l'6tude des variations diverses du vent. L^application de l'41ectricit^ aux moteurs est la ques- tion qui en ce moment esletudi^e avec le plusd'ardeur, et on peut le comprendre aisement , si Ton r&flechit de quelle importance seraitpourl'industrie un moteurqui pourrait 6tre place partout ou Ton voudrait sans ne- cessiter aucuns frais d' installation et sans avoir afaire craindre les dangers d'explosion, qui pourrait avoir sa force augmentee oudiminuee a volont^ etqui n'exigerait pas pour son alimentation la presence continuelle d'un homme, comme cela a lieu avec les machines a vapeur. Malheureusement la question n'est pas encore r6solue et le principal obstacle qui s'oppose a la solution defi- nitive du probl^me, est lanon proportionnalite de 1'effet produit a la grandeur des elements physiques, sur lesquels agit la force electro-motrice. Ainsi , dans un lectro-moteur fonde sur T attraction des aim ants tern- 172 INSTITUT DBS PROVINCES BE FRANCE. poraires, et ce sont les plus puissants , un aimant qui portera 10 kilog. par exemple, agira presque a la meme distance qu'un aimant infiniment plus gros qui por- tera 160 kilog. avec le me" me element de force. Or , comme cette distance est infiniment petite et que 1'ac- tion diminue dans tin rapport beaucoup plus consi- derable que le carre de cette distance , surtout dans le voisinage du point de contact , il en resulte qu'en de- finitive la force qui aurait le plus d'action ne peut etre utilisee que sur une etendue de 2 millimetres au plus. D'un autre c6te , 1'accroissement de force par 1' augmentation dunombre d' elements de pile, est loin d'etre proportionnel a ce nombre. Mais comme je 1'ai dit dans mon Traite des electro-moteurs et comme on 1'a reconnu depuis , cet inconvenient peut etre jusqu'a un certain point pallie en augmentant la surface du fer des electro-aimants jusqu'a une certaioe limite qui depend du nombre de piles qu'on veut employer et de la grosseur du fil qui les entoure. Un troisieme obstacle est celui qui resulte de la creation d'un courant d'mduction de sens contraire a celui de la pile, quand on ferme le courant. Or, quand on emploie un tres-grand nombre d'electro-aimants, ce courant d'induction finit par etre tellement fort qu'il paralyse TeiFet du courant voltai'que et le moteur ne peut plus marcher. Enfin un quatrieme obstacle tient a 1'etincelle qui se manifeste a chaque interruption de courant, et qui detruit au bout de peu d'instants , quand le courant est fort, le commutateur qui sert a cette interruption. Ce dernier obstacle peut tre vaincu , et j'ai construit un commutateur dans lequel Tetincelle est tellemeut affaiblie qu'elle ne peut rien deteriorer. CONGRES DBS ACADEMIES. 173 Dans un grand electro-moteur que je construis en ce moment, j'ai cherche a parer autant que possible aux ineonvenients que je viens de signaler : 1. en con- struisant mes electro-aimants de nianiere a presenter a leurs p61es des rebords de fer doux , sur lesquels se porte le magnetisme quand il est developpe , et j'ob- tiens par cette disposition une attraction laterale qui est directe et de plus une course plus considerable pour les armatures, sielles sontmaintenues a distance. Apres avoir et6 attirees directement par ce rebord, elles se trouvent encore attirees jusqu' a ce que leurligne axiale coincide avec celle des p61es de Telectro-aimant ; 2% en faisant mes electro-aimants d'un grand calibre (16 cent, de diametre , 30 de long et d'un poids de 32 kilog. ) , et n'en employant qu'un petit nombre ; 3. en n'enroulant sur ces Electro-aimants que du gros fil ( de 4 mill. ) ; 4. en me servant d'un commutateur qui, au moment de la fermeture et de 1' interruption du courant, fasse deriver ce courant a travers la pile. De cette maniere 1'etincelle ne resulte que d'un courant derive , et par le m&me effet , le courant d'induction si contraire qui se produit se trouve affaibli. Ainsi done pour des forces considerables le probleme des electro-moteurs n'est pas encore completement resolu. Pour de petites , au contraire , telles que celles dont on a besoin pour beaucoup de petites industries, telles que la passementerie , la bijouterie , etc. , etc. , les electro-moteurs peuvent etre avantageusement employes, ainsi j'ai construit un petit modele d'electro- moteur, qui, malgre les mauvaises conditions de son etabl is semen t, peut en 1 heure, et avec deux elements de piles seulement , recouvrir de soie 90 metres de fil 174 INSTITUT DE3 PROVINCES DE FRA.NCB. de cuivre dont on se sert pour les experiences d'etec- tricite. II paralt me"me que M. Froment a construit des moteurs avec lesquels il peut tourner les metaux sous de petits calibres. Quant a leur systeme , ces moteurs sont extremement varies el pour mon eompte personnel j'en ait fait con- struire quatre dont le principe moteur est comple- tement different. Si Papplication de la force electro-motrice aux loco- motives des chemins de fer est encore douteuse, il n'en est pas de meme de son emploi comme yen-ant en aide aux locomotives exis-tantes, et voici comment : il arrive souvent , et c'est m&me la le grand obstacle pour remonter les pentes, que le frottement des roues de ces locomotives contre les rails n'est pas suffisant pour vaincre la resistance apport^e par le convoi , les roues, motrices de la locomotive, tournent alors sur les rails et ne peuvent faire avancer la machine. M. Nickles et deux autres physiciens qui se sont joints a lui , ont eu Pheureuse idee d'augmenter cette adhe- rence par I'aimantation des roues. Des experiences ont deja ete faites sur le chemin de fer de Lyon, et il est probable qu'avant peu on pourra remonter facile- ment les pentes avec des locomotives munies de ce systeme d' adherence. Enfin pour terminer avec les applications meca- niques de Telectricite , je signalerai une charmante machine a diviser, mue par Felectricite , imaginee par M. Froment; un appareil r^gulateur pour la chaleup que je fais construire en ce moment, un appareil de M. Fay , pour soustraire les pendules astronomiques aux diverses influences perturbalrices, les chronoscopes CONGRES DBS ACADEMIES. 175 et quelques autres appareils pour la determination de la difference de longitude , pour 1'etude des ouragans et pour les observations astronomiques , enfin pour la mesure de la vitesse des projectiles. Applications chimiques. II n'est personne qui ne connaisse les dorures et les argentures d'apres le precede Ruoltz ; mais ce qui est beaucoup moins connu , c'est que de me'me qu'on peut par 1'influence du courant electrique superposer les metaux les uns sur les autres , de meme on peut leur superposer des oxides metalliques qui les rendent inalterables a 1' ac- tion de Tair et de 1'humidite, or, cet avantage est tres- grand , puisqu'il peut avoir une application, directe pour le doublage des vaisseaux. Au point de vue hu- manitaire , la decouverte de la dorure electro-chimique est d'une importance immense. On sait , en efifet , que pour dorer, d'apres les anciens precedes , il fallait dis- soudre Tor daus le mercure, puis faire evaporer ce metal ; or, 1'emploi du mercure est tellement prejudi- ciable a la sante que peu d'ouvriers doreurs pouvaient vivre apres dix annees de ce genre de metier. Aujour- d'hui {\ n'en est plus ainsi et le precede est si simple que cnacun peut dorer, euivrer , argenter, bronzer, etc. Un autre avantage de la galvano-plastie , car c'est ainsi qu'on appelle la methode de superposition des metaux par voie de reactions electro-chimiques , c'est qu'on peut faire deposer le metal qu'on veut super- poser en couche aussi epaisse qu'on le desire. Ce n'est qu'une question de temps et de duree de 1'action elec- trique. II en resulte qu'on a pu obtenir de la veritable plastique, c'est-a-dire des sculptures en cuivre ou en bronze, en or ou en argent, pouvant avoir tout le re- 176 INST1TUT DBS PROVINCES DE FRANCE. lief desirable , surtout depuis 1'invention des ruoules en gutta percha, au moyen desquels on evite les pieces rapportees. On comprend , en effet , que de pareils monies, pouvant se plier et se detirer a volonte comme de la gomme 61astique, on peut sans ancun prejudice ni pour le moule lui-me'me ni pour 1'objet moule , re- tirer celui-ci, quelques reliefs qu'ilpresente. C'est ainsi qu'on fait maintenant a Paris des vases sculptes, des meubles a bas-reliefs bronzes, des statues t des plaques de cuivre parfaitement planes pour les graveurs en taille- douce. II serait bien difficile de prevoir toutes les ap- plications qu'on pourra faire de la galvano-plasiie. C'est , sans contredit , 1'une des decouvertes qui a le plus d'avenir. Noo-seulement on est parvenu a obtenir des contre-epreuves , des planches daguereotypes et des planches gravees au burin , mais on a pu in&ne , par ce simple precede , graver des planches dague- riennes. Si bien qu'au bas d'une gravure ainsi ob- tenue on lisait : Dessine par la lumibre et gravd par Velectricite. On peut aussi dorer, argenter, cuivrer , bronzer des statuettes de platre. II suffit pour cela de les tremper dans de la cire fondue et de les saupou- drer de plombagine pour les rendre conductrices de 1'electricite. Comme agent chimiquede decomposition, le courant voltaique offre des ressources et une puissance d'action qu'on chercherait vainement ailleurs. C'est par ce moyen que le celebre Davy est parvenu a decomposer la potasse , la soude , la baryte , en un mot les bases salifiables qui jusque-la avaient ete considerees comme corps simples. Applications physiques. Tout le monde a pu voir CONGRES DBS ACADEMIES. 177 soil aux cours de physique de la Sorbonne et du college de France , soit aux soirees deM. Archereau et de M. Jules Dubosc , la lumiere electrique , et apprecier la chaleur intense que peut fournir le courant volta'ique. Malheureusement la production de Telectricite est en- core aujourd'hui tellement dispendieuse qu'on ne peut penser a 1'employer comme source de lumiere pour 1'eclairage public, et encore moins pour 1'eclairage habituel des particuliers. Dans le moment actuel , Fapplication la plus importante de la lumiere elec- trique serait done pour Feclairage des phares , dont la lumiere s'apercevrait d'infiniment plus loin , pour la navigation de mer et de riviere , ce qui permettrait de naviguer pendant la nuit dans les endroits dange- reux, et d'aborder a toute heure dans les ports les plus difficiles d'entree ; pour la defense des places assiegees, en inquietant les travaux nocturnes des assiegeantsjpour les travaux sous-marms ; enfin pour remplacer dans les experiences publiques de physiquele soleil qui manque souvent au moment meme ou Ton en a besoin. Depuis la representation de la lampe merveilleuse jusqu'acelle du propfaete, delafilleule des fees, nous avonstousvu Tap plication qu'on peutfairede cette lu- miere pour les decors et les effets theatrals ; mais on pourrait encore Pemployer pour 1'eclairage de la salle elle-meme, etc'est, dit-on, ce que Ton vafaire pour une nouvelle salle qu'on construit actuellement a Paris. Les effets calorifiques du courant volta'ique ont deja ete utilises avec uu grand succes pour 1'explosion des mines. Comme I'humidite n'est pas un obstacle a la transmission du courant, on conceit combienil devient facile et peu dangereux de mettre le feu aux mines 178 INSTITUT DES PROVINCES DB me'tne dans les travaux sous-marins. L'artillerie pour* rait egalement tirer parti de ces effets pour les brulots et me"me pour faire des decharges spontanees de toutes les pieces d'une batterie; mais elle n'a pas encore fait d'essais a cetegard.Esperousquerartillerie franchise ne se laissera pas devancer encela par les autres nations. Applications medicates. L'electricite , quoi qu'ou en ait dit dans un temps, joue un tres-grand role dans le phenomene de la vie. Deja , a la fin. du siecle der- nier , Galvani !' avail pressenti , puisqu'en faisant des experiences eleetriques dansle voisinage degrenouilles mortes et depouillees , il avait remarque eertaines surexcitations musculaires sur les membres de ces- animaux. Un physicien amis dernierement ce faithors de doute en faisant une pile electrique avecdes muscles d'animaux recemment morts. On peut done, en quel- que sorte, prejuger que le mouverr.ent etla sensibilite tiennent en quelque chose a 1'electricite qui est deve- loppee sans cesse en nous par 1'action vitale. Par con- sequent , il est facile de concevoir que releetncite- fournie par nos machines doit agir d'une maniere plus ou moins forte sur notre organisation, et c'est,en effet, ce dont tout le monde a pu se convaincre. La medecine a done tire parti des reactions de ce fluide , et 1'a ap- plique d'une maniere souvent avantageuse dans plu- sieurs maladies , particulierement dans celles ou les muscles et les nerfs ont besom d'etre surexcites , comme dans les paralysies. Pour ce genre duplication de 1'electricite , la pile electrique est venue fournir un secours merveilleux. Au moyen des appareils d'induction , les commotions- de relectricite statique n'ont plus eu rien de dan- CONGRES DBS ACADEMIES. 179 gereux, et en agissant d'une maniere soutenue , elles ont pu produire un effet reel sur Torganisation. Les appareils electro-medicaux sont de plusieurs genres, mais ils resultent pour la plupart des courants d'induction crees sous 1'infl.uence des courants vol- taiques. Les uns, comme la machine de Clarke, celles de MM. Duchene et Breton freres , sont fondes sur les reactions electriques des aimants; les autres, comrne les appareils de Masson , de Rumkorff , de Delarive , necessitent 1'Intervention directe de la pile. Enfin d'autres consistent tout simplement dans une chaine metallique qui constitue a elle seule la pile et le cou- rant. Parmi ces derniers appareils , les chaines du docteur Pulfer-Macher jouissent de la plus grande renommee. Ordinairement tous ces appareils ont des regulateurs pour graduer, suivant le jugement du medecin , 1'intensite des commotions. Comme on peut en juger par ce simple enonc6 des applications de la pile , aucune decouverte n'a ete plus fertile en effets utiles et merveilleux , et pourtant nous ne sommes qu'au commencement. N'est-ce pas le cas de dire , comme je 1'ai d6ja fait en commencant : que ne verrons-nous pas encore ? Apres avoir ainsi rendu compte des applications de 1'eleclricite vollai'que, M. Du Moncel a decrit et explique diflferents appareils qu'il avait fait dresser dans la salle et qui ont parfaitement fonctionne. Pour qu'on puisse plus facilement en comprendre le jeu, M. Du Moncel avait fait apporter un enorme electro-aimant portant avec un seul element de pile 160 kilog. , et a 1'aide de cet electro-aimant , il a pu 180 ItfSflTUT DES PROVINCES DB expliquer 1'aimantation temporaire du fer doux sous 1'infl.ence du courant electrique , et la formation des courants d'induction. Get electro-aimant , nous devons le dire en passant, n'a pas la forme des autres ai- mants ; il ne porte pas de bobine , et 1'extremite de chaque cylindre porte un rebord de fer qui joue un r61e important dans les applications de la force electro- magnetique aux moteurs. 100 metres de fil de 4 milli- metres de diametre, et un fer dont les branches ont 30 centimetres de long sur 10 de diametre (fercreux), suffisent avec cette disposition pour arriver a 1'etojinant resultat que nous avons signale. L'anemographe se compose de deux appareils , 1'un quel'on place sur le haut d'un toit , d'une montagne , ou sur un lieu eleve quelconque et qui ne demands jamais a etre consulte ; Tautre qui se place dans le cabinet de 1'observateur, enregistre les observations pendant huit jours consecutifs. Comme cet instrument a ete decrit dans les memoires de PInstitut et la plupart des journaux, une description detaillee devient inutile. Un autre appareil fort ingenieux, di^ a Timagination inventive de M. Jules Mirand (rue du Petit-Pont, 10), est un systeme de sonnerie electrique telegraphique qui peut suppleer avec beaucoup d'avantages aux sonnettes , aux cordons acoustiques , etc. Avec ce genre d'appareil , on peut non-seulement mettre en mouvement la sonuerie et lui faire exprimer par des combinaisons particulieres de sons les differents signes lont on a besoin, mais encore on peut faire en sorte que Ton sache le lieu d'ou Ton a sonn6 et prevenir que 1'appel a ete entendu et compris. Si done Tele- vation du prix des sonnettes electriques , compara- CONGRES DfiS ACADEMIES. 181 tivement aux sonuettes ordinaires , leur donnent un desavantage sur celle-ci, ce desavantage est bien vite compense par I'esconomie des frais de T installation et des reparations qui sont frequentes et fort dispen- dieuses avec les sonnettes ordinaires. M. Du Moncel a demontre ensuite comment M< Nickles etait parvenu a appliquer ^electricite aux roues des locomotives pour en augmenter radherence avec les rails. Ces roues extant en fer, Torment chacune comme une espce de tabatiere dont les deux cou- vercles sont isoles 1'un de Tautre par une coupure transversale , et c'est dans 1'interieur de cette taba- tiere, qui joue le r61e d'un electro-aimant a une branche dont les deux rebords sont en fer, que se trouve I'h&lice metallique qui leur donne 1'aimantation par la circulation du courant. Enfin le quatrieme appareil presente par M. Da Moncel etait un petit modele d'electro-moteur d'une puissance considerable , qu'il a applique h, la marche d'un appareil propre a recouvrir de coton ou de soie le fil de cuivre dont on se sert pour les experiences d' electricite\ Ce petit moteur peut ainsi recouvrir en une heure 90 metres de fil. Cest sur le principe de ce moteur qu'est execute en grand celui que M. Du Moncel fait construire en ce moment et qui ne pese pas moms de 500 kilog, Le temps ay ant manque pour que M. Du Moncel puisse achever sa communication , la suite est renvoyee a une prochaine seance. Apres avoir donne la description des instruments precedents , M, Th. Du Moncel a fait connaitre un 182 1NST1TUT DBS PROVINCES DB FRANCE. nouvel appareil d'induction que M. Paul de Vigand a fait construire et sur lequel il avait presente un memoire an Congres. Le but de cet appareil est de fournir des courants d'induction de pile qui soient regularises et qui puissent , par consequent , agir comme des cou- rants de tension. A cet effet, un commutateur a ren- versement de poles a ete adapte a 1'axe de 1'mterrup- teur du courant qui , comme dans 1' appareil de M. Le Breton , consiste dans un tourniquet electro-magne- tique portant un disque garni de parties conductrices et non-conductrices. Bien que 1'idee de cette regular! sation des courants ne soit pas neuve,puisque, dans la plupart des machines de Clarke , les couranls enduits sont regularises et que les commutateurs a renverse- ment de p61es sont employes depuis bien long-temps , il y a pourtant dans la disposition de tout 1'appareil des combinaisons fort ingenieuses qui temoignent de toute la valeur scientifique de son auteur. MONSIEUR LB PRESIDENT, Dans le compte-rendu de la seance de I'lnstitut qui a eu lieu le 11 mai 1852, il a ete fait seulement mention du titre du memoire que j'avais eu Thonneur de remettre a M. Becquerel et que celui-ci a eu la bont6 de deposer au secretariat de I'lnstitut. Desirant y donner plus de publicite, et priaut mon frere de vous le faire connaitre, je le reproduis tel que je 1'ai fait. MONSIEUR LB SECRETAIRE, J'ail'honneurde m'adresser a vous pour vous parler d'une petite decouverte que j'ai faite en electricite f DBS ACADEMIES. 183 afin d'avoir la priorite en cas que personne avant moi ne Tail faile. Elle consiste a forcer le courant induit par un courant galvanique a circuler toujours dans le me"me sens , de maniere a pouvoir decomposer Veau comme le fait le courant galvanique Iui-m6me, quand il est assez intense. Le courant induit n'existe , comme on le sait, qu'au moment me"me de Interruption ou du retablissement du courant galvanique , ou , ce qui est la me"me chose , du courant inducteur. Son sens n'est pas le mme dans ces deux existences. Si on veut tirer parti du courant induit dans des applications aux arts, ou Ton est oblige d'employer plusieurs couples galvaniques , et stirtout dans celles en me^- decine , ou Ton a besoin d'un appareil electrique tres-portatif , il est evident qu'il faut que son sens soit toujours le mme. C*est ce a quoi on arrive avec mon commutateur, qui constitue la decouverte que je viens de mentionner. Avant d'en donner la description , j'ai besoin de parler d'un appareil electro-medical de MM. Breton freres , parce que sa forme tres-simple et tres-elegante et surtout son ingenieux systeme pour produire des interruptions reiterees dans le courant galvanique, m'ont suggere Pidee de mon commutateur. Les figures nombreuses qui accompagnent la suite de cette notice n'ont pas permis de la publier , ces figures etant indispensables pour 1'intelligence du memoire. Toutes ces experiences curieuses sont successivement expliquees, avec la plus grande lucidile, par M. Du Moncel. 184 tNSTlTtJT DBS PROVINCES DE FRANCS. M. le president adresse , au nom du Congres , a M. Du Moncel, des remerciments pour les communications si interessantes qu'il vient de lui faire etdont 1'appli- cation demontrera chaque jour 1'importance. M. Van der Straten lit , au nom de M. Le Flaguais , de Caen, une piece de vers adressee a M me . la baronne Cecile de Montaran , qui font le plus grand plaisir et sont vivement applaudis. La seance est levee a 5 heures 1^2. L'un des secretaires-gendraux , Ch. GOMART. SECTION D'AGRICULTURE. SEANCE DU 25 JANVIER. (Presidence de M. DE MORISSURE. ) Sont au bureau ; MM. de Renneville, de Vigneral , Monnier, Charles Calemard de la Fayette, secretaire. Comme complement de Tetude de la question des races ovines, M. de Renneville a redige la note sui- vante dont le secretaire donne communication : NOTE DE M. DE RENNEVILLE. II resulte de Tenque"te qui a ete faite dans le seiri de la section sur Tetat des races ovines en France : 1. Quela substitution de la race merinos aux races indigenes s'est generalisee dans un certain nombre de departements ; CONGRES DBS ACADEMIES. 185 2. Que 1'abaissement du prix des toisons, provoque par Introduction des laines etrangeres, a fait re- courir a 1'elevation de la taille et a 1'amelioration des formes, afin de trouver un autre benefice dans la production de la viande ; 3. Que I'exhaussement de la taille a arnene une plus grande longueur du brin de laine, et moins de finesse : mais ce genre de laine etant recherche par 1'industrie , et etant devenu necessaire pour aliraenter les nombreuses filatures de laine peignee qui se sont elevees dans la region occidentale , et les troupeaux merinos de cette categoric s'etant propages dans les departements de TOise, de TAisne, de la Somme, de la Marne , de Seine-et-Oise, dans la Beauce et la Brie, sous Tinfluence du troupeau central de Rambouillet , le produit de cette espece de laine est une des bran- ches de notre agriculture qui ne souffre pas autant de la concurrence etrangere , et qui est devenue in- dispensable a la fabrication des nombreux articles de gout dans lesquels la laine est employee avec la soie. La section a emis le voeu que cet etat ne soit pas modifie par des croisements imprudents. II n'en est pas de me'me des cantons ou les anciennes races indigenes se sont maintenues , grace a leur sobriete et a raison du peu de soin que les cultivateurs prennent des troupeaux. C'est, de Tavis de tous les cultivateurs experimentes , par un croi- sement judicieux qu'il faut les ameliorer. Ceux qui ont essaye d'arriver de prime-abord aux grandes et names races anglaises, ont mal reussi. C'est un contre-sens evident de vouloir faire vivre des animaux de haute taille sur des paturages dont Therbe 186 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. est rare et courte. II fatit j conserver les brebis da pajis et leur donner des beliers de race ancienne, de taille moyenne et provenus de pays peu fef tiles. - Plusieurs cultivateurs , membres du Congres, ont pratique des croisements avec les beliers Southsdown et le succes a repondu a leurs previsions. Des le premier degre* les animaux ont gagne en poids, en faculte d'engraisser jeunes ^ et les toisons offrent une laine plus egale et plus fournie. Elle est recherchee en Picardie pour la bonneterie. L'impulsion est maintenant donnee a notre agriculture sur ce point important, et les cornices agricoles 1'encouragent par des primes qu'ils distribuent dans leurs concours. La section exprime le voeu que chaque cornice, apres avoir etudie les besoins particuliers de sa circonscription , publie , en les reit6rant fr6quemment , des instructions courtes et pratiques sur la tenue des troupeaux, le genre d'amelioration dont ils sont susceptibles , sur la nature de laine que demandent les manufactures du pays , sur le traitement des maladies dominantes dans la coutree, et qu'il est presque toujours facile de combattre par le regime. Ils devront s'efforcer de creer, au centre de quelques cantons dont le sol et la culture sont analogues , des sous-races dont les types reproducteurs , en se re- pandant dans une contree , v accumulent une pro- duction en laine assez considerable pour y attirer les fabricants. On sait que les lots de quelques toisons, meme ameliorees , se vendent mal, parce que les marchands ne trouvent pas a en acquerir une masse suffisante pour satisfaire une commande. II est un autre point sur lequel le Congres appelle CONGRES DBS ACADEMIES. 187 Inattention des cornices : c'est la difficulte de se pro- curer de bons bergers. II est devenu partout fort difficile de trouver des serviteurs probes et intelligents. Un mauvais labou- reur peut se remplacer en toutes saisons ; il n'en est pas de meme d'un berger. Us tie se louent ordinaire- ment qu'a Fepoque de la Toussaint. Si 1'on n'a qu'un mauvais berger , on est souvent force de le garder un temps suffisant pour que la perte du troupeau soil consommee. Comment remedier a d'aussi graves dangers? C'est en errant , dans chaque circonscription d'un ou deux eoraiees, une ecole de jeunes bergers. Une 6cole de ce genre se compose de trois ou quatre enfants annongant du gout pour cette profession ; places sous la direction d'un bon berger en ce qui tient a la conduite des troupeaux , mais 61ev6s par les soins d'un maltre religieux qui les tient eloignes des enfants de leur age que la corruption des mosurs a pervertis , on parvient aisement a former des eleves capables de soigner des troupeaux suivant les prin- cipes d'une bonne administration , exempts des pre- juges de la routine , servant leurs maitres avec cette fidelite et ce devouement que Von ne trouve plus que la ou la religion preside a 1'education et aux actes ordinaires de la vie. L'auteur de cette nate a cr66 une ecole de ee genre, composee d'orphelins. M. le president appelle la discussion sur la question de Vauielioration de la race bovine. M. Denis pense que 1'espece d'enquete demandee est bien difficile. II regrette 1'absence de M. Jamet 188 INSTITUT DES PROVINCES DB FRANCE. qui a saisi le Congres du sujet en discussion. En ce qui concerne les pays qu'il coimalt particulierement, il a des faits bien divers a cons later. Dans la Mayenne , des croisements pour des tau- reaux de Durham ont 6te tentes, et il en est resulte de bons produits. La race mansaelle, qui etait du reste en progres , s'est bien trouvee de Intervention des races anglaises. Mais il faut cependant tenir grand compte de ce que les bceufs de Durham ont peu ou point d'aptitude au travail. Cette race est mauvaise laitiere; et ces deux inconvenients doivent engager a proceder par elle avec beaucoup de mesure. M. de Vignerai croit qu'avant de discuter les merites des races, il est bon de constater 1'etat des choses dans chaque localite. Pour la Normandie , il faut admettre une distinction tres-caracterisee entre les pays de gras et riches paturages , tels que le Cotentin , et la region calcaire de la Normandie qui est loin d'etre aussi favorisee. Dans le Cotentin , la race est faite , et si la perfection n'existe jamais en pareille matiere , elle repond nean- moins suffisamment a tous les besoins , pour qu'en continuant a progresser vers le mieux , comme elle 1'a fait depuis long-temps , elle puisse rester la rivale , et la rivale heureuse des races anglaises. Dans les regions moins riches , les croiseraents par la race Durham ont ete couronnes du plus beau succes, soit pour la production de la viande, soit pour la production du lait. II est important, en effet, de remarquer qu'il y a deux varietes dans la race Durham. L'une tres-re- commandable par son aptitude a 1'engraisseinent , CONGRES DBS ACADEMIES. 189 1'autre bonne aussi pour la boucherie , mais en mme temps remarquable par ses qualit6s laitieres (1). Beaucoup de cultivateurs out ete degus dans leurs essais et ont decrie les croisements anglais, parce qu'ils n'ont pas su faire cette distinction et s'adresser a la variete qui eut repondu a leurs esp6rances. Quel avantage n'est-cepas, cependant , quand une jeune vache n'a pas realise ce qu'on attendait d'elle pour la production du lait , de pouvoir s'en defaire immediatement pour la boucherie , sans depense d'engraissement et sans perte de temps aucun, Ces avantages sont du reste deja bieii apprecies en beaucoup d'endroits. Aux concours du Havre et de Dieppe, M. de Vigneral a pu admirer un choix magnifique et nombreux de metis anglo-normands qui seuls ont merite et obtenu tous les prix. Les me'mes resultats paraissent devoir se produire dans les environs de Neufchatel, ou les croisements anglais se multiplient. Dans la Somme , la culture est arrieree , les patu- rages sont maigres et infertiles. La race bovine est ap- pauvrie et defectueuse, et ne repond a aucun besoin. Elle n'est ni laitiere, ni de facile engraissement. La, comme dans certaines parties de la Picardie , M. de Vigneral ne conseillerait pas partout le Durham ; le Devon serait peut-e"tre preferable. Qu'on ne croie pas du reste que les races pures (1) 750 experiences, faites en presence de M. Guesnon et par rinltiative du Gouvernement , ont de'montre' la constante superiority, meme comme laitieres, de vaches metis de Durham sur les autres races, les cotentines excepte"es toutefois. 190 1NSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. soient plus difficiles a nourrir que les animaux de race frangaise. C'est tout le contraire qu'il faut dire. Les btes d'une meilleure conformation beneficient bien mieux d'une meme quantity d'alimentation. Ainsi il semble tabli qu'avec une sage reserve nous pouvons gagner beaucoup de temps et eviter beaucoup de frais, en ameliorant nos produits par les belles races que 1'Angleterre est parvenue a creer. M. de Chezy demande a M. de Vigneral si la dis- tinction qu'il a faite d'une race laitiere et d'une race d'engrais dans les Durham , constate un fait acci- dentel , ou un resultat fixe definitivement. M. de Vigneral repond que, par les provenances genealogiques , les deux varietes sont desormais bien fixees et distinctes. Un membre etablit que dans toutes les races ces fails sont deja reconnus ; qu'il y a dans toute race des sujets plus ou moins doues de Tap titude laitiere. M. de Chezy pense que les qualites lactiferes ou d'engraissement prevues, sont plus accidentelles et moins fixees que ne croit M. de Vigneral. M. Travot croit qu'il y a des races indigenes qui generalement conviennent aux localises ou elles vi- vent et s'adaptent aux conditions d'alimentation aux- quelles elles sont soumises. II estime done qu'avant d*aborder le metissage par des races etrangeres , il faudrait essay er d^ameliorer par les races elles-m^mes, ou par des sujets ayant de Tanalogie avec e44es. La Societe d'agriculture d'Avranches a commence par pousser a ramelioration dans ce sens ; et il y a eu de beaux succes. On essaie aujourd'hui les Durham, mais les resultats ne sont point encore suffisamment OONGRES DBS ACADEMIES. 191 verifies , les essais sont trop recents pour qu'on puisse des a present conclure. II paralt d'ailleurs a M. Travot qu'il y aurait souvent de grands inconvenients a faire predominer une des facultes de travail, de lait ou d'engraissement au detriment des autres. Aussi faut-il mettre la plus grande reserve dans la substitution complete ou partielle d'une race a une autre , surtout quand les animaux indigenes presentent un ensemble de qualites susceptibles d'etre heureusement deve- loppees par des ameliorations en-dedans. M. Maurenq pense que , dans les pays de grande et riche culture , on a ete naturellement amene a re- chercher surtout la faculte prevue d'engraissement. Mais dans les pays ou le travail est la premiere condition , des tendances trop prononc6es vers un seul but, auraient de grands inconvenients et pre- pareraient au cultivateur des deceptions cruelles. M. Duchatellier appuie ces observations. En Bretagne, on a depuis long-temps essaye les ameliorations par des races etrangeres. Les races locales , bien traitees , ont ton jours eu des avantages marques. Les produits des croisements dans les concours ont 6te tres-severement juges. M. Calemard de la Fayette conclut de toutes les observations qui viennent d'etre produites et qui toutes semblent parfaitement fondees, eu egard aux localites qu'elles concernent, qu'une enqu^te detaillee, telle que celle qui se fait en ce moment , etait indis- pensable , et qu'il ne faut pas songer a formuler des conseils generaux etabsolus en une pareille question. Chaque pays a ses besoins t et doit par consequent chercher par des moyens divers 4 y satis faire. 192 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. Dans la Haute-Loire , dit-il , il y a trois races tres-distinctes : la race de Salers, qui vient du Cantal, celle du Mezem, qui provient des montagnes de ce nom, entre TArdeche et la Haute-Loire, et la race d'Aubrac. On trouverait surtout dans la race du Mezem des sujets tres-propres a 1'engraissement precoce , si les exigences de la culture , dont tons les travaux se font par les boeufs , ne forcaient a garder les animaux jusqu'a 1'age de sept, huit et dix ans, epoque ou ils sont d'un engraissement beaucoup plus difficile et plus lent. Mais les n6cessites du travail dominent avant tout. II y a done a manager plusieurs grands intere'ts a la fois ; a se montrer tres-reserve , comme le veulent MM. Travot , Maurenq et Duchatellier , dans Tim- pulsion qu'on voudrait donnervers les races etrangeres. Quant a 1'idee indiquee par quelques membres , de conseiller au cullivateur d'elever simultanement deux races, Tune d'engrais, 1'autre de travail, cela est impraticable dans les pays de petite et pauvre culture , et ne peut se faire qu'exceptionnellement dans les grandes exploitations. M. de Renneville demande si Ton a essaye de croiser la race bretonne avec celle d'Ayr, dont il espere beaucoup . M. Duchatellier ne peut donner de renseignements sur ce fait. II affirme que c'est la race bretonne qui ameliore les autres, au lieu d'avoir a se faire ameliorer. M. Maurenq pense que les vaches bretonnes sont precieuses eu egard aux frais minimes d'entretien. Que si on voulait les voir prendre plus de taille , il faudrait les nourrir davantage , et cela couterait plus CONGRES DBS ACADEMIES. 193 ^ber. Elles conviennent done parfaitement aux pays peu riches et rendent les plus precieux services de toute nature. M. le president conclut qu'il semble resulter de la discussion que dans les pays d'engrais, les races anglaises ont obtenu de beaux succes , et qu'il les faut conseiller pour ces pays. Mais qu'ailleurs , la ou ilfaut du travail et du lait, plus encore que de la viande, il y aurait lieu d'en- courager les essais d'amelioration en-dedans , 1'ame- lioration des races par elles-memes. M. Travot ne veut pas qu'on soit aussi absolu. II repousse le Durham, mais pour certains pays riches. Et s'il accepte des tentatives de croisernents etrangers, o'est avec une extreme reserve. M. de Vigneral croit que dans les races anglaises en general on peut trouver d'excellents sujets , bien doues de facultes lactiferes ; que d'autres peuvent aussi repondre aux besoins du travail, et que leur superio~ rite pour la production precoce et rapide de la viande et de la graisse est inestimable. M. de Vigneral , sur une observation de M. Travot, soutient que la viande des Durham est de tres-bonne qualite, et tellement recherchee que les producteurs n'en sont jamais embarrasses. M. de Straten-Ponthaud renseigne la Commission sur ce qui se pratique dans le departement de la Moselle. II annonce que dans ce departement on repousse aujourd'hui les Durham qui ont ete tres-insuffisamment experimentes et seulement par deux ou trois eleveurs dont Techec a suffi pour discrediter les croisements anglais. L'honorable inembre pense cepeijdaat que la 9 194 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCS. Moselle con viendraitparfaitement a ces races d'engrais, Mais on n'apporte a ces tentatives ni la patience , ni la suite qui seraient indispensables. M. Monnier, president de la Societe d'agriculture de la Meurthe , pense qu'il est difficile de preciser dans une question si complexe. Ce qu'il peut dire au Congres, c'est que , dans le departement qu'il habite , aux derniers concours , on n'a eu de sujets dignes d'etre primes que des melis Durham. Sur une question de M. Travot, M. Monnier dit que les travaux agricoles se font a I'exclusion des bceufs dans les regions dont il parle. M. Travot prend acte de cette enonciation. M. de Chezy parle des procedes defectueux employes pour la propagation des animaux reproducteurs. II voudrait que les ventes aux encheres se fissent sans Tinlervention du Gouvernement qui finit par creer une valeur factice aux animaux vendus. Une subven- tion de 500 fr, une fois Caite 1 contribue a porter tres-haut le prix d'achat des etalons provenant des bergeries de TEtat . et cette subvention ne se renou- velant qu'a de longs intervalles . ne permet pas de remplacer les animaux hors de service et de continuer fructueusement les experiences. M. Travot parle de certains cultivateurs tres-dis- tingues des environs de Neufchatel qui repoussent les Durham , et oppose leur opinion a ce qu r a dit M,, de Vigneral , de la convenance des races de Durham dans ces regions. M. de Vigneral parle d'une experience qui se fait entre lui et Tun des cultivateurs, Pun de ceux preci- sement auxquelsM. Travot fait allusion. Get agronome, CONGRES DBS ACADEMIES. 195 M. Mabire, et M. de Vigneral , chacun de leur cote, doi vent presenter auconcoursd'Avranches, en 1854, Tun un animal croise anglais, et 1'autre un boeuf cotentin pur. Ces messieurs doivent maintenir les deuxsujets aux rations ordinaires de leurs ferraes , et le resultat , que M. de Vigneral croit devoir &tre assurement favorable a ses metissages , sera d'une valeur reelle pour les conclusions a tirer en faveur de 1'un ou de 1'autre systeme. Une discussion s'engage sur les moyens pratiques de realiser le vceu exprime par 1'article du programme qui a servi de base a la discussion. On pense gdneralement qu'il conviendra de laisser beaucoup de latitude a 1'initiative des Societes locales qui, eclairees par les elements resultant des travaux du Congres , auront a adopter les instructions qu'on les engage a donner aux cultivateurs , en tenant grandement compte des besoins sp6ciaux de cbaque pays. M. Maurenq propose la redaction suivante : Amelioration des races bovines. Chaque region , selon qu'elle emploie ou non la race bovine au travail , doit avoir en vue un genre d'aine- lioration different. Ainsi , dans les pays de culture avancee , ou le travail du boeuf n'est que 1'exception , 1'amelioration doit etre recherchee au point de vue de la production de la viande. Mais ce principe trop largernent admis ferait trop negliger celui du travail. Dans les pays si nombreux ou le travail est fait en general par la race bovine , c'est le principe du travail qu'on doit rechercher. 196 INSTITUT DBS PROVINCES DE TRANCE. II serait done prudent de recommander que pour les ameliorations de races, chaque region ne perdit pas de vue la specialite de ses besoms. On y parviendrait en conservant la race reconnue propre au pays , en I'ameliorant par de meilleurs types reproducteurs les plus en harmonie avec son principal besoin , par des croisements successifs , empruntes aux meilleurs produits du pays , ameliores et entretenus successivement par du sang nouveau, mais avec la reserve necessaire pour ne pas perdre la race primitive. Le Secretaire, Ch. CALBMARD DB LA FAYETTB. SECTION DE LITERATURE, BEAUX-ARTS ET ARCHfiOLOGIE. STANCE DU 25 JANVIER. (Presidence de M. le marquis de SAINT-SEINE.) La seance est ouverte a 2 heures. Prennent place au bureau : MM. le baron de Stas- sart ; Parcker d'Oxford ; Denys ; de Godefroi ; de Cau- mont; Victor Petit; Alfred Rame , secretaire. M. de Caumont demande a M. Parcker^ qui a ex- plore toute VAngleterre et parcouru une grande parlie de la France , de faire connaitre a la section les ob- servations auxquelles ont pu donner lieu pour lui ses etudes sur 1'architecture compared des deux pays. Ce CONGRES DES ACADEMIES. 197 parallele serait surtout interessant s'il portait sur 1' architecture monastique. Ainsi, quelle fut en Angle- terre la forme des granges , celle des refectpires , celle des infirmeries , des salles capitulaires, des cuisines ? Ces differents bsUiments offrent-ils quelque caractere qui les distingue des edifices ayantla me'rne destination en France? Les cloitres a double etage se rencontrent- ils de 1'autre cote de la Mancbe comme dans la region mediterranean ne : telles sont les questions principales auxquelles M. Parcker est invite par M. de Caumont a donner une reponse. M. Parker se leve et, au milieu d'un profond silence, s'exprime a peu pres en ces termes : ALLOCUTION DE M. PARCKER. Je pense qu'en m'adressant ces questions sur 1' architecture monastique , mon excellent ami , M. de Caumont , desire une reponse precise et concluante. II me semble bien dangereux , en ce cas , d'aborder sans preparation un si vaste sujet , sur lequel mon ami , le professeur Willis , prepare un ouvrage depuis plus de dix ans. J'essaieraicependant de 1'aborder, car ce n'est pas 1'interet qui lui manque. La position des moines d'Angleterre etait emi- nernment favorable au developpement de 1'arckitec- ture. En rapports frequents avec Rome , ils avaient des relations non moins suivies avec la France ; ils en parcouraient tantot le centre , tant6t TOuest, tant6t les parties orientales , suivant le but et les necessites de leur voyage , examinant tout , etudiant tout , et emportant la memoire de tout ce qui avait frappe leur 198 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. intelligence eclairee. Gr&ce a ces peregrinations inces- santes et lointaines , rien de ce qui etait beau et nou- veau ne leur fut etranger. S'ils avaient rencontre en Normandie , en Poitou , en Anjou , dans TAquitaine , en Bourgogne , dans 1'Auxerrois , quelqu'oeuvre re- marquable , ils en faisaient executer dans leur patrie des imitations ou des copies. Ainsi s'expliquent la reunion dans un seul edifice d'ornetnents et de formes qu'on ne retrouve en France qu'a de grandes distances et dans des provinces separees. C'est ce qui fait aussi que le gothique anglais est plus complet et plus pur que celui de la France. Prenons uu exemple. Le re- seau des fen6tres , auquel nous donnons le nom de Tracery , a pris naissance en France ; mais les ar- chitectes frangais se sont renfermes, pour la decoration des tymparis, dans un certain nombre de formes tres- simples, parmi lesquelles les trefles et les quatre-feuilles jouent le principal r61e. En Angleterre , au contraire , des le XIV e . siecle , la complication de ce reseau devint extraordinaire; les figures obtenues par le croisement et 1'epanouissement des meueaux se multiplierent avec une fecondite et une grace vraiment merveilleuses. Aussi cette epoque est la plus belle de notre architec- ture , et cette richesse dans la decoration des ouver- tures en est un des caracteres les plus remarquables. A u XV e . siecle tout est change ; tout rapport entre T architecture des deux pays a disparu ; le style per- pendiculaire regne seul ; style un peu raide et d'un aspect severe , mais qui convient peut-etre mieux a la nature des materiaux et aux usages auxquels il est consacre, quele style flamboyant avec ses mille caprices . J'ai dit que le gothique anglais etait plus pur que CONGRBS DBS ACADEMIES. 199 celui de France ; la cause de cette superiorite est facile a comprendre : les ouvriers anglais n'avaient pas sous les yeux , comme ceux de votre pays , de nombreux monuments romains ; ils agissaient dans toute la li- berte de leurs inspirations , et ils ont donne aux principes de Tarchitecture ogivale tous les developpe- ments dont ils sont susceptibles. Quant a Tornementation , elle est commune aux deux pays pendant toute la duree du XII e . siecle , surtout pendant la seconde moitie de cette periode , a 1'epoque ou vos style roman , secondaire et de tran- sition se rencontrent dans notre pays. Sans doute ces styles, me"me a cette epoque, se distinguent en quelque chose de ce qu'ils etaientsur le sol francais ; mais tous les ornements , ou peu s'en faut, semblent empruntes aux edifices de la France , et sinon copies , du moins imites de ceux que Ton executait a la meme epoque de 1'autre c6te du detroit. Nous avons une immense quantite de ces portes richement decorees auxquelles nous donnons le nom de normandes. On les rencontre quelquefois en Normandie , a St. -Georges de Bocher- ville, par exemple ; on les trouve plus frequemment dans TAnjou et dans le Poitou : Notre- Dame de Poitiers en offre un beau modele , mais nulle part elles ne sont aussi repandues qu'elles le sont en Angle- terre. < Le XIII 6 . siecle est caracterise , dans notre pays, par un ornement distinctif, le tooth ornament, qui, suivant 1'aspect , se presente comme une dent de scie ou un fleuron a quatre petales. On le rencontre sous le nom de violette dans quelques provinces de la France, un peu avant son apparition en Angleterre ; dans 200 INSTITUT DBS PROVINCES Dfi FRANCE. d'autres , il est com pi element incomm : en tous cas, il ne se presente jamais sur les edifices francais avec Ja meme profusion qu r en Angleterre. Le XI V e . siecle a aussi son ornement particulier, Ja bell-flower, ainsi nommee a cause de son aspect cam- paniforme , qui lui donne une certaine ressemblance avec une rose non encore epanouie. Je 1'ai rencontree dans quelques parties de la France vers la fin du XII e . siecle ; mars je ne 1'ai vu sur aucun monument frangais contemporain des edifices anglais , ou on 1'a employe en si grande abondance qu'elle degenere souvent en exces, surtout a certaines places. J'arrive aux questions speeialesqui m'ont eteposees sur les constructions monastiques. I. Granges. Les granges propreraent dites, ou les greniers a ble f etaient souvent cruciformes , de telle sorte que deux portes late>ales ouvraient sur la partie transversale formant les bras de la croisee. Elles sont rarement aussi vastes que celles de la France , et ne presentent pas, en general, la disposition ordinaire de ces dernieres, qui offrent des bas-c6tes avec arcades. Mais PAngleterre a conserve une serie complete de tres-belles granges du XII e . au XVl e . siecle. Elles sont nombreuses pour le XIV e . , et dans le comte de Sommerset, celle de Glastonburg , merite une mention speciale. Le mot grange a encore une autre signification : il designe une sorte de feraie , un petit manoir apparte- nant a une abbaye, ou demeuraient deux ou trois moines charges de la surveillance des cultures. Elle servait parfois de maison de campagne a Tabbe. II en reste plusieurs des XIV e . et XV e . siecles en Angleterre CONGRES DBS ACADEMIES. 201 parmi les maisons de campagne de celte e'poque. Le manoir de Creully? Bully? pres de Bayeux , semble avoir de grands rapports avec ces granges monastiques, quoiqu'il soit plus considerable qu'elles ne 1'etaient en general. C'est le meilleur type de maison de cam- pagne non fortifiee du XIV e . siecle que j'aie ren- contre en France. La rnaison de campagne de cette epoque manque tout-a-fait dans votre pays ; chez nous, elle est tres-multipliee. En revanche , vous possedez dans vos petites villes de tres-belles maisons urbaines qui n ? ont pas leurs pareilles en Angleterre. J'en ai fait graver un certain nombre, d'apres les dessins de M. Bouet qui m'accompagnait dans mes voyages. II. Refectoircs. II n'existe, a ma connaissance , aucune difference entre les refectoires de France et ceux d'Angleterre. Les premiers sont, en general, plus vastes que les seconds, ce qui tient a Timportance plus grande des monasteres dont ils dependaient. Nous n'avons, par exemple, rien de comparable en ce genre aux deux grandes salles du Mont-Saint-Michel ; mais les notres sont plus complets dans toutes leurs parties ; ils ont, en general, conserve leurs chaires, quoiqu'ils soient presque tous ruines et abandonnes depuis trois cents ans. III. Infirmaries. Les infirmeries constituaient, en quelque sorte, de petits monasteres complets dans Tenceinte d'etablissements plus considerables ; ils of- fraient un asile aux moines ages ou malades. L'infir- inerie avait son refectoire , son dortoir et sa chapelle ; peut-etre avait-elle aussi sa cuisine speciale, mais je n'en ai pas rencontre d'exemple. Elle se reconnait a ]a position qu'elle occupe , le plus loin possible de Ten- 202 INSTITUT DBS PROVINCES DB FRANCE. tree publicjue du monastere, derriere Teglise eta 1'ex- tremite des clollres. Ea France , ou presque tous ont ete reconstruits au XVIII 6 . siecle , le plan general offre peu d'intere't , et je ne 1'ai pas examine avec attention. II m'est done impossible de dire si les con- structions de ce genre offraient, dans chacun des deux pays, des caracteres particuliers. IV. Salles capitulaires. L'Angleterre presente dans la disposition du plan des salles capitulaires une variete de formes inconnues en France. Elle en a conserve un grand nombre d'epoque et d'aspect dif- ferents. Le plan le plus frequemment reproduit est Toctogone ou le polygone , avec une colonne centrale supportant les nervures de la voute d'une maniere tres-elegante : telles sont les salles de Salisbury , York et meme Westminster, quoique la derniere soit dans un etat de delabrement deplorable ; celle de Wells, qui est fort belle, est remarquable par la presence d'un etage souterrain. Ces exemples sont du XIIP. siecle. Au XII e . , les salles capitulaires affectaient la forme d'un carre long ; elles la reprirent au XI V e . siecle , comme on peut le voir dans la magnifique salle d'Ely. Elle est due au constructeur de la magnifique lanterne centrale de Teglise , qui peut rivaliser avec celle de St.-Ouen , a Rouen, et qui lui est ant6rieure en date. V. Cuisines. Les cuisines des anciennes abbayes ont ete si rarement conservees, soit en France, soit en Angleterre , qu'il est impossible d'en faire une etude comparative dans les deux pays. Fontevrault en a conserve un magnifique specimen du XII e . ou XIIP. siecle. Nous en avons nne a Durham qui est plus remarquable encore. La voute de cette derniere offre CONGRES DBS ACADEMIES. 203 une disposition tres-singuliere , mais qui ne pourrait etre bien comprise qu'a 1'aide d'un dessin. Au surplus, la cuisiiie d'un monastere ne differait en rien de la meme partie d'une maison ou d'un chateau de quelque importance. II en existe une au chdteau de Raby tres- grande , tres-bien voutee et ayant une apparence mi- litaire, car elle occupe 1'une des tours du chateau, qui est lui-me'me tres-fort. Elle date de la fin du XIV e . siecle. VI. Cloitres. Les cloitres a double etage du midi de la France sont inconnus en Angleterre. II existe bien une construction de ce genre chez nous , mais elle est en bois, du XV e . siecle, et avait une destination toute differente, celle de mettre en com- munication avec la demeure de 1'abbe. Les portes des abbayes meritent souvent Patten- tion : il en existe de reraarquables en France , mais de plus riches encore en Angleterre. Celle de Cantor- bery , qui est du XIV e . siecle , est une des plus belles que Ton puisse citer. On en rencontre plusieurs dans le comte d'York. J'ajouterai quelques mots sur les carrelages einail- les , pour repondre a une question que m'a adressee M. Peigne , quoique je n'aie rien de nouveau a vous apprendre sur ce sujet. M me . Parcker a reuni des caiques de presque tous les types que nous possedons et nous les comptons par centaines. II y en a de toutes les epoques , depuis la fin du XII e . siecle jusqu'au XVIII 6 . Quelques-uns offrent des figures en relief, d'autres en creux ; mais la plupart presentent une surface plane. La fabrication de ces carreaux est la m&me que celle de la poterie commune. Les restes 204 1NST1TUT DBS PROVINCES DE FRANCE. d'une ancienne fabrique du XIV e . ou du XV e . siecle ont ete trouves pres de Malvern. Les environs en renferment en aboudance. II n'est pas douteux que leur emploi ne soit le meilleur systeme de pavage pour les eglises et tous les edifices de style gothique. II s'en fabrique en Augleterre des quantites tres-con- siderables et d'une qualite excellente. Les produits de Minton sont surtout renommes ; leur durete est egale a celle de la pierre , et ils ne le cedent en rien au marbre pour la duree ; en me"me temps, ils ont 1'avan- tage d'etre moins froids aux pieds. Les dessins des carrelages actuellement executes en Angleterre sont presque exclusivement copies sur d'anciens modeles , et ils les reproduisent avec une scrupuleuse exacti- tude. Cette importante communication est accueillie par les applaudissements de toute 1'assemblee. M- de Caumont , apres avoir remercie M. Parcker de la reponse qu'il a donnee aux questions proposees, faft remarquer qu'il lui semble bien difficile de donner a Fexpression architecture monastique toute Textension que lui a pre*tee M. Albert Lenoir et que M. Parcker a acceptee au debut de son importante communication. C'est faire violence au sens de ces mots, que de les appliquer a toute construction elevee par la main des moines ; ils doivent evidemment ^tre restreints a Ten- semble des b&timents d'une abbaye , destines a un autre usage que la celebration du culte. M. le Directeur fait ensuite observer que les cloitres doubles, inconnus en Angleterre , qui se rencontrent parfois dans le midi de la France , sont communs dans CONGRES DES ACADEMIES. 205 la Haute-Italie. II resulterait done de la communication de M. Parcker, que cette forme serai t originaire des regions nieridionales , et qu'elle deviendrait de plus en plus rare a mesure qu'on s'eleve vers le Nord. D'une discussion engagee entre MM. de Caumont et Parcker, il resulte que les fanaux de cimetiere, si communs dans les regions centrales de la France , n'existent pas en Angleterre. M. Godard-Faul trier demande quelle destination on doit decidement assignor a la construction situee a Saumur, rue Courcourade : est-ce une cuisine , est-ce une lanterne des morts? M. de Caumont repond que la distinction est facile a faire, et que les planches publiees du Monasticon Gallicanum ne permettent plus de renouveler une confusion qui n'a jamais ete faite, au reste , que pour un ou deux monuments. II est vrai qu'a une certaine epoque on attribua a tort a Foctogone de Fontevrault une destination funeraire , et que c'est M. Parcker qui , le premier, a determine 1'usage veritable auquel il etait employe. II n'y a plus aujourd'hui de doute possible a cet egard. L'examen des debris de la cuisine existant a Pont-Levoy, 1'etude de celle des duos de Bourgogne, a Dijon , confirment de tout point Tattri- bution de M. Parcker. M. Bouet a pareillement constate que, d'apres la topographic de Tabbaye de St.-Etienne de Caen , le batiment octogone publie par Ducarel dut servir au meme usage. Le plan de Saint-Gall nous montre , des la plus haute antiquite , des cuisines detachees du refectoire. II est vrai qu'elles sont carrees, mais elles occupent deja la place qu'elles ont conservee dans les abbayes du ZII e . et du XIIP. siecle. Or, un 206 INSTITUT DBS PROVINCES DB FRANCE. tel renseignemeut est precieux , car on salt combien etait imraaable la distribution des constructions mo- nastiques. La fixite des regies observees a cet egard est telle qu'il est toujours facile de dire a priori quelle dut tre la destination primitive d'un bailment donne. M. Godard-Faultrier dit qu'il a existe a Angers , sur le tertre St. -Laurent, un monument semblable a celui de Fontevrault ; il est detruit , mais des dessins en ont ete conserves. Or, il etait certainement etranger a toute destination culinaire , car, jusqu'a la fin du XVIII e . siecle , c'etait le but de la procession du St.- Sacrement. II y a egalement a Houlliernes un grand ossuaire de forme conique a 1'exterieur , comme 1'edi- cule de Fontevrault. Uue tradition constante apprend qu'on y deposait les morts. M. de Caumont repond que des monuments de meme forme ont pu avoir des destinations diverses ; mais, m&ne dans ce cas , la position respective qu'ils oc- cupent permet de les determiner. On remarque a 1'ab- baye de Fontenay, pres Montbard, une vaste salle dont la voute laisse echapper la fumee par une ouverture centrale. II serait possible que ce fut une ancienne cuisine : M. Seguin, proprietaire de cet etablissement, y voit une ancienne usine metallurgique. C'est , en effet, un type quipeut convenir aux deux destinations, quoique la premiere soit plus en harmonic avec les habitudes du XIII e . siecle. Mais si on peut se poser la question a propos du batiment de Fontenay, il n'est pas possible de le faire pour celui de Fontevrault. M. Godard-Faultrier n'entend nullement contester 1'exactitude des opinions emises par MM. de Caumont et Parcker sur la disposition des cuisines monastiques; CONGRES DBS ACADEMIES. 207 il semble seulement resulter de la constatation de cer- tains fails , que la situation est , pour les reconnaitre , un meilleur caractere que la forme. Ainsi , a Fonte- vrault me"me , a peu de distance de la construction qui est reconnue aujourd'hui comme ayant ete 1'ancienne cuisine , s'eleve dans 1'enceinte de 1'abbaye des femmes une construction carree , isolee , egalement surmontee d'une longue colonne. II est historiquement demon tre que ce fut la, des le XIII 6 . siecle , une chapelle fu- neraire qui est ainsi surmontee d'une lanterne des morts. M. Parcker repond qu'en effet la destination de ce second monument ne saurait etre revoquee en doute , mais que le premier , quelque analogic d' aspect qu'il offre avec le second , occupe dans Tensemble des ba- timents la position relative qui est propre a la cuisine. II y en a une analogue a Glastonbury. M. Peigne apprend a la section qu'il existe dans les ruines de 1'abbaye d'Ourscamp , dont il est un des proprietaires , une vaste salle de soixante-dix metres de long sur vingt-quatre de large , qui est connue sous le nom de salle des morts depuis un temps tres-recule. Les dimensions ne permettent pas de croire qu'elle u'ait eu d'autre objet que celui de re- cevoir les corps. II semblerait plus exact d'y voir ce que des actes des XII e . et XIII 6 . siecles designent sous le nom d'infirmitorium pauperum. L'ouvrage de Laborde sur les monuments frangais Ta figuree en en faisant le theatre d'une ceremonie mortuaire. Par suite de la me"me preoccupation , la cheminee en co- lonne qui surmonte le pignon a ete surmontee d'une urne funeraire. Ce sont autant de fantaisies d'artiste , 208 INSTITUT DBS PROVINCES DB FRA.NCB. ex6cutees a une epoque ou la destination des monu- ments etait incompleteinent 6tudi6e et connue. Une petite piece accolee a la pr6cedente pourrait seule , peut-e'tre , avoir eu la destination que la tradition lui assigne* M. Victor Petit fait remarquer que les faits signales par M. Peigne prouvent les progres de 1'archeologie , et qu'ils nous montrent aussi avec quelle defiance on doit accueillir les indications donnees au bas de gravures anciennes representant les monuments. II n'est pas douteux que la salle d'Ourscamp n'ait servi d'infirmerie , et les deces nombreux dont elle dut 6tre temoin a ce titre , expliqueraient peut-e*tre le nom populaire que la tradition lui a conserve. M. de Saint-Seine , president , ajoute qu'il existe a Citeaux une tres-grande salle designee sous le me'me nom de salle des morts , et qui certainement n'6tait autre chose qu ? une veritable infirmerie. II apprend a la section que , malgre le voeu ^mis par le Congres des academies en 1852 , pour obtenir le maintien des plans adoptes par le Conseil des batiments civils , les travaux executes a Dijon pour rachevement de 1'hotel- de-ville, 1'ont ete d'apres les projets contraires du Conseil municipal. II en est resulte qu'au lieu d'etre conserves entiers, les ancieus batiments connus sous le nom de cuisines des dues de Bourgogne ont ete rnutiles : les annexes, qui en formaient la partie la plus importante , out ete demolies. II est vrai que la cuisine proprement dite et la tour de Bar ont t ete jusqu'a present epargnees; mais leur existence est tres-compromise pour Tavenir , et leur destruction semble bien probable pour le jour ou les constructions CONGRES DBS ACADEMIES. 209 nouvelles seront achevees. On a ainsi cree volon- tairement la necessite de les demolir en sauvant les apparences. Plusieurs membres du Congres fletrissent energi- quement de tels actes de vandalisme. M. de Caumont invite M. le marquis de Saint-Seine a user de toute son influence pour assurer la conser- vation de ces precieux debris. La seance est levee a 3 heures. Le Secretaire, A. RAME. .lournee da 6 Janvier. A L'ETABLISSEMENT AGRICOLE ET INDUSTRIE!. DU MESNJL SAINT-FIRMIN (OISE). Le Congres a consacre la journee du mercredi 26 Janvier a une visite a 1'etablissement agricole et in- dustriel du Mesnil-St.-Firmin (Oise). Un grand nombre de membres s'etaient fait inscrire, mais le temps incertain et le depart matinal ont sans doute arrte plusieurs membres , car le nombre des visiteurs s ; est trouve reduit a douze, qui etaient : MM. de Caumont, directeur de 1'Institut des provinces ; Calemard de la Fayette, de la Societe du Puy ; Mahul, de la Societe d'agriculture de Carcassonne ; Thomas , de la Nievre ; Durecu, inspecteur divisionnaire de 1' Association nor- 210 INSTITUT DBS PROVINCES DB FRANCE. mande; Denis aine, de la Mayerme ; Monnier , presi- dent de la Societ6 d'agriculture de Nancy; de Vigan, de la Societe d' agriculture de Verneuil; de Morissure, du Cornice de Nogent-le-Rotrou ; de Travot , de la So- ciete d'Avrauches ; Destourbet, de la Societe d'agricul- ture de Dijon ; Ch. Gomart, du Cornice de St.-Quentin, secretaire-general du Congres. La ferine du Mesnil-St.-Firmin est situee a 2 kilo- metres de distance de la station de Breteuil (chemin de fer du Nord ). Get etablissement remarquable a plus d'un titre, est deja honorablement connu dans le monde agricole par les interessants articles publics par M. de la Chauviniere, dans le Cultwateur , par M. Grave, dans ses Recherches statistiques de TOise , et r^cemment par un Compte-rendu des travaux de la ferme-ecole du Mesnil-St.-Firmin, 1849, par M. Bazin, proprietaire et directeur. Charge de vous presenter le rapport de la Commis- sion de visite , je vais vous signaler les points sur lesquels Inattention de Messieurs les membres du Congres s'est principalement portee , tout en renvoyant aux notices citees plus haut , les personnes qui desi- reraient acquerir de plus amples renseignements. Sexploitation agricole du Mesnil-St.-Firmin se com- pose de : terres labourables. . . 290 hectares. enclos 10 bois 50 Total. . . . 350. Le sol est generalement argilo-siliceux ; il presente sur quelques points des parties argileuses , des parties CONGRES DBS ACADEMIES. 211 siliceuses et des parties calcaires. Le sous- sol est partout profondement permeable et argilo-siliceux , ce qui permet de cultiver toutes les plantes appropriees a la temperature du climat. Une ferme-ecole a ete creee le l er . Janvier 1848 au Mesnil-St.-Firmin , sous la direction de M. Bazin. Les eleves ne sont ad mis qu'apres avoir subi une anuee de stage , et la duree des etudes est de trois ans, independamment de 1'annee de stage. Les jeunes gens sont instruits pratiquement aux travaux manuels des champs t et theoriquement ; on leur enseigne la botanique , la zootechnie , la geometrie , la chimie agricole , la comptabilite et 1'agriculture speciale. Nous avons trouv6 vingt-huit eleves , dont douze de premiere annee. Nous avons remarqu6 la disposition des lits des Sieves qui sont suspendus au moyen de tiges de fer attachees au plafond, cequi leur donne les avan- tages du hamac. A c6te" de la ferme-ecole, on trouve une colonie d'orphelins places sous la surveillance des soeurs de St.-Joseph et des freres agronomes de St.-Vincent de Paul. Get etablissement qui remonte a trente ans , a une succursale a Merles; ies jeunes orphelins des departements de VOise et de la Somme y sont soignes et instruits jusqu'a ce qu'ils aient fait leur premiere communion. Le nombre des enfants etait de 92. Plus loin , on trouve une salle d'asile pour les tres- jeunes enfants du village , une salle d'ecole pour les orphelins et une salle d'ecole communale. Dans la cour etaient ranges les nombreux instru- ments aratoires , parmi lesquels nous avons surtout remarque Textirpateur , la houe, la charrue fouilleuse 212 INSTITUT DBS PROVINCES DE PRANCE. a trois fers , la charrue a defricher les bois , et le? brise-motte Croskill. Le charriot ferme est prefere a la charrette. Pour les travaux des champs et les divers charrois de la fabrique , M. Bazin emploie 30 bceufs de travail et 40 chevaux. Les boeufs sent atteles par un joug au garrot, mode simple et peu dispendieux ; les che- vaux ne travaillent qu'avec la bricole. Les ecuries sont creusees, afin de n'enlever le fumier que tous les quinze jours; des pentes sont menagees dans le fond de 1'ecurie pour 1'ecoulement des urines dans les citernes. Au-devant des auges, regne un corridor assez large pour pouvoir circuler librement et apporter la nourriture aux animaux. II n'y a pas de rateliers, puisqu'on ne sert aux animaux que des fourrages tout haches. L'etable etait fournie de 80 btes a 1'engrais , nour- ries avec pulpes , tourteaux , paille hachee et un peu de sel ; 1'animal recoit sa nourriture par devant et sans derangement. L'etable est disposee de maniere qu'un charriot peut la traverser et enlever les fumiers tous les quinze jours. Le troupeau , compose de 800 moutons , etait aux champs. A la ferme sont joints une forge, un atelier de charronage , une bourrelerie , une meunerie , une huilerie , etc. , etc. On n'eleve dans la ferme du Mesnil ni chevaux , ni moutons , ni vaches , mais chaque annee 200 a 250 pores qui sont une branche importante de commerce. La race porcine du Mesnil est croisee normande avec les anglo-chinois norfolks et hampshires. Les pores, jusqu'a 1'epoque de leur engraissement , CONGR^S DBS ACADEMIES. 213 sont conduits aux champs , mais ils ne sortent plus des qu'on les eugraisse. Ils sont alors soumis au regime des pommes de terre , du son et du grain. On se sert encore avec beaucoup de succes pour leur en- graissement de la viande de 400 a 500 clievaux ou vaches qui sont abattus chaque annee au Mesnil. Les equarrisseurs qui viennent les tuer emportent lapeau, les crins et les cornes, ils laissent les os et la chair moyennant 3 fr. 50 par cheval. Nous avons visite la fabrique de sucre de betterave, et nous avons remarque que M. Bazin se sert de preference pour la fabrication du sucre , de la bette- rave jaune, dont il a obtenu un meilleur rendement. Ce qui a excite principalement 1'interet des membres du Congres, c'est le ble du Mesnil qui remonte a 1838. M. Bazin nous a raconte comment il avait forme cette rare espece de ble. A cette epoque, il avait surtout remarque deux epis qui se distinguaient des autres par leur forme et par leur grosseur; 1'un d'eux contenait 91 grains. Ces grains furent recueillis a part et devinrent 1'objet de ses soins speciaux pendant plusieurs annees. Ce ble justifia pleinement les espe- rances de M. Bazin , a mesure qu'il etait cultive sur une plus grande echelle; les avantages qu'il avait d'abord offerts presentaient de nouvelles garanties de stabilite et inspiraient un nouveau degre de confiance. Son rendement continuait a ^tre superieur a celui de tous les autres bles cultives dans les environs. On trouvait en effet beaucoup d'epis contenant plus de 70 grains, quelques-uns 80 grains , tres-peu 60 grains. M. Bazin nous a cite des experiences faites en 1842 sur dix-huit varietes de bles anglais , qui ont constate 214 INSTITUT DBS PROVINCES DB PRA.NCE. qu'aucun des bles cultives comparativement n'avait donne un produit egal a celui du ble du Mesnil. D'autres essais, fails par MM. Vilmorin et de Raine- Tille , ont confirme sa superiorite. Enfin une expe- rience faite en 1847 a donne en faveur du ble du Mesnil un rendement de 18 / de plus que des bles cultives generalement en France. M. Bazin tirait la conclusion suivante de cette experience : 1. substituez aux varietes ordinaires de ble des varietes meilleures , et vous augmenterez votre recolte de 20 %; 2. semez en lignes , au lieu de semer a la volee, et vous economiserez 25 i de sentences. Le ble du Mesnil est une variete du Triticum hiber- num de Linne. Les membres du Congres ont examine avec le plus vif interest une tres-belle collection geologique , formee par M. Armand Bazin. Quoique locale, elle ren- ferme un assez grand nombre d'echantillons de ro- ches et de fossiles. COMMUNICATION DE M. ARMAND BAZIN. La geologic du departement de 1'Oise embrasse toutes les couches des terrains compris entre les premieres assises de la periode jurassique et le der- nier etage des formations les plus recentes. Des echan- tillons de ces roches diverses et les fossiles qu ? on y rencontre ( leur nombre s'eleve maintenant a plus de 1,500 especes) sont representes dans la collection de M. Bazin. C'est la craie blanche superieure qui occupe la plus CONGRES DBS ACADEMIES. 215 grande partie de la superficie du departement de 1'Oise. Le terrain jurassique ne se montre que dans le pays de Bray, qui, primitivement aussi, a du e*tre recouvert par le terrain crayeux, et il n'est devenu apparent que par une denudation de la craie. Le calcaire grassier et les terrains superieurs occu- pent 1'Est et le Sud du departement. On a trouve a Laversines , pres de Beauvais , un calcaire jaune petri de fossiles fort remarquables ; sa position geognostique a long-temps occupe les savants. Plusieurs avaient d'abord pense qu'il devait tre place a la base des terrains tertiaires ; mais depuis qu'on a reconnu 1' analogic de ses fossiles avec ceux de la craie de Maestricht, on est generalement d'avis qu'il appar- tient a la partie superieure de la formation cretacee. Parmi les substances minerales de la craie blanche , il en est une fort interessante qui a ete decouverte par M. Bazin, pres de Beauvais, et qui n'a pas encore, que je sache, ete observee ailleurs dans cette roche. C'est une substance jaunatre, a cassure cireuse , que M. Graves a eu Fobligeance de faire analyser, et qui a ete reconnue pour une Allophane (hydrosilicate d'alu- mine ). Plusieurs des fossiles de cette collection sont encore inedits. D'autres sont fort rares; quelques-uns sont uniques. On peut citer entre autres : Parmi Iss Sllammiferes : un atlas d 'elephant, trouve pres du Mesnil-St.-Firmin dans les terrassements faits pour le chemin de fer du Nord. Parsa; les Reptiles : une dent de crocodile, du calcaire de Laversines. S16 INSTITUT DBS PROVINCES DB PRANCE. Parmi las Poissons : Raia echinata ( Pomel ) , calcaire grossier Ully-St.-Georges. Parmi les Kollwques csphalerode: : Belemnitesultimus (d'Orb.), craie chloritee Berneuil. Nautilus Archiacianus (id.) id. id. Nautilus elegans (Sow.) id. id. Ammonites inflatus (id.) id. Epaubourg. Ammonites falcatus ( Man tell .) id . id . Baculites obliquatus (Sow.) id. id. Parmi les Gasterepcdes : Butta striatella (Lam.), cal- caire grossier, St.-Felix; Melanopsis Dufresnii (Desh.), sables glauconieux, Cuise; Scalaria decussata (Lam.), sables moyens, Acy; S. turritellata (Desh.), calcaire grossier, Mouchy; Tornatella inflate, (Ferussac), glau- conie inferieure , Abbecourt ; Ringinella Mailleana (d'Orb.), craie chloritee , Epaubourg; Natica elegans ( Fitton ) , calcaire portlandien , Bourricourt ; Pileolua nerito'ides (Desh.), calcaire grossier, Hermes; Trochus Basteroti (Brong.), calcaire de Laversines; T. ornatus (Lam.), sables moyens, Acy; T. elatus (Desh.), calcaire grossier, Hermes; T. minutus (Desh.), sables moyens , Acy; Solarium Guerangeri (d'Orb.), craie chloritee , Epaubourg ; Delphinula Warnii (Def.J, sables moyens, Acy; Turbo Rothomagensis (d'Orb.), calcaire de Laver- sines ; Pleurotomaria turbino'ides (d'Orb.) , craie chlo- ritee, Berneuil ; Cyprasa exserta (Desh.), glauconie in- ferieure, Gannes; Pterocera marginata (d'Orb.) , craie chloritee, Epaubourg ; Pterodonta Guerangeri (d'Orb.), calcaire de Laversines ; Rostellaria Mailleanea (d'Orb.), craie chloritee , Epaubourg ; Cerithium tenuistriatum /Mell.j, sables glauconieux, Retheuil ; Siliquaria dubia (Def.), sables moyens, Ver; Pileopsis opercularis (Desh.), CONGRES DBS ACADEMIES. 217 calcaire grossier , St. -Felix ; Infundibulum cretaceurti (d'Orb.) , calcaire de Laversines ; Emarginula radiola (Lam.) , calcaire grossier, Ully-St. -Georges ; Patella costaria (Desh.), sables moyer.s, environs de Senlis, Partai les Goncliiferes : Clavagella tibialis (Desh. } , glauconie inf6rieure , Cannes ; C. coronata ( Desh. ) t sables moyens, Monneville ; Cercomya expansa (Agas- siz), calcaire portlandien, Goullencourt; Erycina ra- diolata (Lam.) , calcaire grossier, Hermes; Corbula argentea ( Lain, ) , calcaire grossier, Chateau-Rouge ; Psammotasa dubia (Desh.), calcaire grossier, Hermes ; Tellina rostralis (Lam.), glauconie inferieure , Abbe- court; Donax incvmpleta (Lam.), sables moyens, Ver; Cytherea rugosa (Fitton) , calcaire portlandien , Goul- lencourt ; Venus Rothomagensis (d'Orb.), craie chloritee, Berneuil; Thetis Icevigata (d'Orb.), neocomien , St.- Paul ; Cardium vindinense (d'Orb.) , calcaire de Laver- sines; Lucina elgaudice (Thurmann), calcaire portlan- dien, Senantes: L. striatula (Nyst.), lignite, Courtiers; Myoconcha cretacea ( d'Orb.) , calcaire de Laversines ; Lima Mantelli (Goldf.) , craie blanche, Broges ; Pecten Galliennei (d'Orb.), craie chloritee, Berneuil. Parmi les Grustacls : Carpilius , spec, indet. (Milne Edwards), Laversines. Paraai les Echinoderaaes : Globator petrocoriensis (Desor.) , craie blanche, Mesnil-St.-Firmin ; Arbacia monilis ( Agass.) , craie blanche , Broges ; Marsupites Milleri (Mantell.) , craie blanche , Mesnil-St.-Firmin. Parmi les Polypes : Cellepora elliptica (Hagen.), craie blanche, Mesnil-St.-Firmin ; C. disciformis , id., ibid., Lunulites conica (Def.), calcaire grossier, Chaumont. Parmi les V^getaus : Cryptomceria ( Ad. Brong.), 10 218 INSTITUT DBS PROVINCES DE PRANCE. glauconie inferieure , Gannes ; Pinus macrolepis ( id.) , id., ibid. Le fruit de cette magnifique espece est dans un 6tat de conservation vraiment remarquable. C'est , je crois, le seul echantillon quel'onait signale jusqu'a ce jour. Une autre collection non moins interessante , celle des Coleopteres , formee par le second fils de M. Bazin a la suite de courses entomologiques faites dans le departement de 1'Oise, tres-riche en coleopteres , nous a paru digne de vous &tre signalee a cause du grand nombre d'especes qu'elle renferme (plus de 1,300) et des sujets rares qu'elle coutient. Parmi les plus rares on peut citer : Dans les for^ts de Compiegne et de la Neuville-en- Hez : Tychrus Rostratus (Fabr.). Tychrus attenuatus (id.) Carabus nitens (id.) Carabus Cyaneus (id.) Dans la foret de la Herelle : E later cruciatus (Fabr.) Stenostola nigripes (id. ) Grammoptera suturalis (Oliv.) Suivant les auteurs , ces trois dernieres especes ne se rencontrent que dans le midi de la France. Voici comment ils sont repartis dans les diverses families : CONGRBS DBS ACADEMIES. 219 Carabiques. . . 250 especes. Melasomes. . . 15 especes. Hydrocanthares 70 id. Taxicornes. . . 9 id. Brachelytres. . 280 id. Tenebrionites. . 7 id. Sternoxes. ... 60 id. Helopiens. ... 8 id. Malacodermes . 40 id. Trachelides. . . 10 id. Terediles. ... 35 id. Vesicants. ... 4 id. Clavicornes. . . 155 id. Stenelytres. . . 5 id. Palpicornes. . . 45 id. Curculionites. . 160 id. Lamellicornes. . 80 id. Xylophages. . . 40 id. Longicornes. . . 60 id. Chrysomelines . 100 id. .Coccinelles. . . 16 id. Coleopteros nulsibles a I'agriculture. Nos cereales sont souvent attaquees par la larve de YElater segetis (Gyllenhal). Cependant , comme elle n'est pas tres-abondante , elle occasionne rarement de grands degdts. Les betteraves ont un ennemi redoutable dans un tres-petit insecte du genre Cryptophagus ( Herbst. ) ; a peine sont-elles levees qu r il ronge les feuilles et perfore les racines dans toute leur longueur. II n'est pas rare de voir des champs de belteraves entierement ravages dans 1'espace de quelques jours , souvent me'me d'une nuit, et les dommages sont tels qu'il faut recommencer plusieurs fois l'ensemencement. Au mois de juillet, on trouve encore sur cette plante les larves du Silpha opaca (Fabr.) et de la Cassida affinis (Fabr.), qui se nourrissent a ses depens ; mais a cette epoque, les betteraves, etant d^ja assez avan- cees , peuvent, sans grand inconvenient, supporter leurs ravages. 220 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. Les colzas ne sont pas non plus epargnes ; a peine sont-ils sortis de terre que les jeunes feuilles sont de- voiles par des milliers tfAltises. Plus tard, au moment de la floraison , les Nitidules envahissent la corolle , rongent les etamines et rendent la fecondation impos- sible. Quand le fruit est forme , il n'echappe pas tou- jours au Rhynchxnus Brassicae (Fabricius).Ce charancon de petite taille , apres avoir perce de son bee la silique encore tendre, fait un trou dans la graine. soit pour y deposer ses oeufs, soit pour y prendre sa nourriture. Sur 100 siliques il y en a sou vent 10 attaquees. On observe generalement que les pommiers rappor- tent peu de fruits les annees ou le temps est humide et les brouillards frequents a Tepoque de la floraison. On est naturellement porte a croire, et cette opinion est assez accreditee , que la trop grande humidite est un obstacle a la fecondation. On entend dire aussi souvent dans les campagnes , que la lune rousse et les brouillards engendrent des vers. La verite est que 1'at- mosphere humide est favorable au developpement des larves de VAnthonomus pomorum ( Fabricius ) , qui se nourrissent de la fleur du pommier et qui s'opposent a la formation des fruits. Au contraire , la secheresse et la chaleur sont pour ces insectes de tres-mauvaises conditions d' existence et en font perir un grand nom- bre. Ce ne sont done pas les brouillards, mais les insectes que font naitre les brouillards , qui comprornettent la recolte des arbres a fruits. A ces etablissements deja fort importaats , M. Bazin a joint une fabrique do paves a dessins et compar- CONGRES t>fiS ACADEMICS. $21 timents , et depuis six ans , une fabrique de vitraux peints. Deja cette oeuvre a porte ses fruits, et des verrieres importantes ont ete fournies pour les eglises de Seiilis, Alencon , Mont-Didier, Guise. Les membres du Congres ont examine avec le plus vif interet les peintures en cours d'execution , et ont adresse leurs eloges aux eleves. M. Bazin espere, non seulement bien faire , mais encore faire econo- miquement, et il compte pouvoir fabriquer les vitraux peints au prix de 25 a 30 fr. le metre carre. A la suite de cette interessante visite , M. de Cau- mont a remis a M. Bazin une medaille pour lui temoi- gner les sympathies du Congres , pour les services qu'il rend a 1' agriculture , a Fhumanite et aux popu- (lations rurales qui 1'environnent. M. Bazin a ete profondement emu et reconnaissant envers I'lnstitut des provinces de cette recompense ; il a repondu que son but etait de moraliser les popu- lations agricoles qui 1'environnent , et d'arr^ter 1'emi- gration des campagnes , en offrant aux ouvriers in- ielligents des travaux reels et lucratifs. 'Un des Secretaires-generaux du Congr&s, Ch. GOMART. 222 JNSTITUT DES PROVINCES DE FRANCR. SECTION D'HISTOIRE NATURELLE. SAN<:E DU 27 JANVIER. (Presidence de M. D'HOMALIUS D'HALLOY, membre de rinstitut de France. ) La section d'histoire naturelle se reunit a 9 heures et demie. M. G. de Loriere tient la plume en qualite de secre- taire. Parmi les personnes qui assistaient a la stance , on remarquait M. de Caumont, directeur de 1'Institut des provinces; MM. Gu&rin-Menneville , de la Fresnaye, Lam are-Pi quo t, Denys, etc. MM. Palazzi, proprietaire a Tile Roum , et Aucapi- taine , recommandes par S. E. le prince de Canino , presentent au Congres divers specimens de marbres nouveaux trouves en Corse. Ces marbres proviennent de la localite de Multifao , arrondissement de Corte , situ6 a 2 kilometres de la route imperiale sur le bord d'un chemindeja fraye, et a 7 kil. de la mer. Lestemoi- gnages de MM. Backx, sculpteur, Visconti, architecte, et de plusieurs autres personnes tres-competentes ont ete unanimes a reconnaitre la beaute de leur grain et la richesse de leurs veines. M. d'Homalius presente quelques observations sur le mode d'exploitalion et les difficultes qu'il pourrait presenter. MM. Palazzi et Aucapitaine font observer que la CONGRES DBS ACADEMIES- 223 carrie re est situee a ciel ouvert , peu eloignee de la grande route, et appellent surtout 1'attention du Con- gres sur le besoin de creer une Industrie dans cette partie de la Corse, dont les habitants sont plonges dans la plus profonde misere. Cette Industrie nouvelle don- nerait du travail a un grand nombre d'ouvriers et serait une source de richesses pour la Corse comme pour la France tout entiere. M. Lamare-Piquot presente ensuite au Congres un memoire sur la necessite d'introduire des races nou- velles de vers a soie , le Sturnia Cynithia , le Bombyx ES PROVINCES DE FRANCE. Cette brochure a pour but de porter a la connaissance des agriculteurs une methode mise en usage par M. Quenard et indiquee par lui il y a pres de 18 ans , la- quelle consiste a solidifier et desinfecter les matieres fecales, en les melangeant soit avec des residus de fourneaux a charbon , soit avec de la poudre de petite braise 6crasee sous un meulage quelconque , soit avec des substances terreuses carbonis6es. M. Quenard ajoute qu'il a etendu ce precede aux dejections liquides et solides des aniinaux , et qu'il 1'a egalement appliqud a la salubrite des habitations de ces animaux. Sur 1' observation faite par un membre , que les matieres carbonisees dont parle M. Quenard ne sont pas d'une application generale, attendu leur raret6 surtout dans certaines localites, M. Quenard dit qu'il est en mesure de repondre a cette objection , qui lui a ete faite plusieurs fois, et , a Tappui, il prie de vouloir bien remarquer qu'il est peu de circon- scriptions territoriales ou il n'existe pas soit une certaine etendue de bois , soit des fours a chaux , des fours a tuiles, des magasins de eharbon, et surtout des terres ou des tourbes qu'on peut carboniser. II insiste, en terminant, pour qu'on ait recours a la methode qu'il vient d'indiquer , comme presentant le succes le plus efficace pour desinfecter les engrais , c'est-a-dire pour retenir les gaz volatils , principes re- gardes aujourd'hui comme constituant la principale richesse des fumiers. M. Ponsard remarque 1'excellence du precede , 14 ou il est possible de se procurer ces residus charbonneux, indiques par M. Quenard, mais sur les donnees que CONGRES DBS ACADEMIES. 251 lui a fournies sa pratique personnelle \ M. Ponsard conseille comme beaucoup plus economique I'emploi du sulfate de fer dont il s'est toujours parfaitement trouve. M. de Saisy demande le prix de revient de ces di- ve rses pratiques. M. POD sard repond que le sulfate de fer coute 7 fr, les 100 kilos. M. Quenard dit que les charbons pulverulents dont il a parle ne coutent rien que le transport , la ou il j a des fabriques de charbon. M. Destourbet fait remarquer le grave inconvenient qui existerait dans Texploitation des bois ou se fabrique le charbon, a enlever comme le voudrait M. Quenard, le fazy ou terre brulee des trous ou a deja etc fabrique le charbon. Le me'me membre signale aussi le remarquable ouvrage de M. Girardin , sur les engrais , et croit que le Congres ferait bien de le recommander aux Societes savantes. Le Comite, accueillant avec reconnaissance les indi- cations partielles qui viennent de lui etre donnees , admet la proposition qui a ete faite , et exprime le vceu qu'il soit redige un resume tres-clair et tres-pratique des divers moyens indiques jusqu'a ce jour pour per- fectionner les fumiers , et traiter d'une facon simple et economique les matieres qui constitueraient des engrais precieux, mais qu'on laisse trop generalement perdre aujourd'hui, tels que chair, sang, os et toute espece de debris d'animaux, etc. M. Denis, avant de lever la seance, donneala com- mission les details les plus interessants sur la pre- 252 INSflTUT BBS PROVINCES DB FRANCE. miere exposition faite r6cemment a Laval et sur les fe"tes qui ont eu lieu a ce sujet. II fait en me'ine temps hommage de l'Annuaire,pour 1851 , de la Society des anciens eleves des ecoles na- tionales d'arts et metiers. Le Comit6 s'ajourne a demain vendredi, a 11 heures. Le Secretaire f Ch. CALEMARD DB LA FAYETTE. SECTION DE LITERATURE, BEAUX-ARTS ET ARCH^OLOGIE. SEANCE DU 27 JANVIER. (Pr&idence de M. le comte DE MELLET.) Siegent an bureau : MM. Mahul , I'abb6 Cochet , de Chennevieres , du Vautenet, deBonneuil, secretaire. Les proces-verbaux des deux dernieres seances sont lus et adoptes. La discussion est ouverte ensuite sur la 9 e . question du programme, ainsi congue : Les Socidtes academiques ne doivent-elles pas recherchei* les noms et les dates chronologiques des peintres nationaux les plus anciens , en descendant jusqu'aux temps bienconnus ; indiquerleursceuvres, les lieux ou elles se trouvent , et determiner la part c d'originalit6 qu'il faut faire a la peinture francaise et ce qu'elle a pu prendre sous 1'influence de 1'art - en Italie , en Flandre , etc. i> CONGRES DES ACADEMIES. 253 M. le President demande a dire quelques mots pour developper cette question qui a ete proposee par lui. En Italie , dit-il , les traditions de la peinture ont ete religieusement conservees et la chronologic de ses artistes remonte jusqu'au XIII 6 . siecle, Leurs ceuvres me"me subsistent encore, en partie du moms, et 1'authenticite n'en est pas contestable. En France, il n'en est pas de meme ; la date la plus ancienne de peintres connus ne remonte pas au-dela du XV e . siecle. On retrouve cependant encore des peintures qui datent deplus loinet remontent certainement jusqu'aux XII e . et XIII 6 . , mais leurs auteurs ne sont pas connus. N'y aurait-il pas quelques moyens d'arriver decouvrir 1'origine de ces peintures, soit dans les archives municipals , soit meme chez les particuliers. II y aurait lieu d'examiner aussi , a propos de Tin- fluence qu'auraient exercee sur nos arts les ecoles etrangeres, si on recouvrait plus particulierement Pinfluence italienne dans le midi de la France et au contraire 1'influence flamande dans les provinces du Nord. Ces difierentes recherches seraient bonnes a recommander a nos Academies provinciales , non- seulement au point de vue historique, mais encore au point de vue pratique pour les ecoles modernes. L'art de la peinture est aujourd'hui tres-developpe en France; nous sommes inondes de tableaux; mais le nombre n'est pas tout. Sans nier les progres que cet art a faits parmi nous depuis trois sieeles sous le rapport du dessin , du coloris ou de la science ana- tomique, ne serait-il pas bon de reporter un peu Tattention des artistes sur les compositions du moyen- age qu'on a peut-etre trop dedaignees et ou 1'on peut 254 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. encore trouver des enseignements utiles , particuliere- merit au point de vue de la peinture religieuse. II faut reconnaitre dans les compositions de cette epoque une grande justesse dans 1'inspiration des te"tes et une admirable perfection dans 1'expression du sen- timent religieux. Ces qualites mariquent la plupart du temps , il faut le dire , dans les productions de 1'ecole moderne. Elle pourrait se retremper dans 1'etude consciencieuse des tableaux anciens, et joignant ainsi a la perfection des formes et a la science du dessin celle plus precieuse encore du sentiment, arriver a produire des ceuvres remarquables et dignes de la grandeur de leur sujet. Au reste , ajoute Torateur , la voie est ouverte et plusieurs bons artistes y sont deja entres. II y a vingt ans, lorsque M. de Caumont commenga a appeler 1'attention des homines serieux sur 1'archeologie du moyen-age, le public n'accueillit d'abord ses idees qu'avec une sorte de dedaim , elles triomphent aujourd'hui : 1'architecture ogivale est re- mise en honneur, de nombreuses eglises s'elevent aujourd'hui dans le style du XIII 6 . siecle. La peinture commence aussi a s'inspirer des sentiments de cette epoque trop meconnue : MM. Flandrin, Orsel, Perrin et d'autres encore ont donne 1'exemple , esperons qu'il sera suivi. M. de Chennevieres pense que les recherches seront bien difficiles , car Phistoire de 1'ecole frangaise est bien obscure au-dela du XV e . siecle. Neanmoins , en compulsant les comptes des fabriques , peut-etre pour- rait-on retrouver quelques noms d' artistes et arriver par des rapprochements de dates a les appliquer aux ceuvres connues , mais dont on ne conn ait pas les CONGRES DBS ACADEMIES. 255 auleurs. II appuie du reste le conseil donne aux peintres d'etudier les modeles du moyen-age, mais surtoul dans 1'ecole italienne qui lui parait avoir eu une grande influence sur Part francais , a en juger du moins par le peu de monuments qui nous en reste. M. Dreolle dit que des recherches nombreuses ont deja ete faites, mais qu'on ne retrouve guere de traces de ce que 1'art a produit en France , a T6poque dont on parle, que dans les manuscrits tires pour la plupart des convents. II croit seulement que les miniatures qu'on y trouve pourraient bien n'&re que la copie de tableaux qui auraient disparu avec les abbayes pour lesquelles ils avaient ete faits. Quant aux tableaux religieux de 1'ecole moderne, s'ils sont me- diocres, c'est qu'on ne les paye pas assez. Cependant, meme de nos jours , des oeuvres importantes se sont produites et attestent de la part de leurs auteurs de veritables progres. II suffira de citer les peintures murales executees ou en cours d'execution dans les eglises de Notre-Dame de Lorette, St.-Vincent de Paul, St.-Severin, St.-Germain-des-Pres, St.-Merry et St.-Eustache. M. Rame pense qu'il n'existe guere de peintures dont la date remonte au-dela du XV e . siecle , mais que pour celles-la du moins, il y aurait encore d'immenses recherches a faire. Plusieurs savants s'en sont deja occupes. L'orateur cite 1'exemple de M. Clerian, directeur du musee d'Aix, en Provence, qui , a force de patientes recherches , est parvenu a composer une collection des maitres byzantins , ita- liens, allemands et une foule d'autres qui appar- tiennent sans nul doute a Tecole francaise , et dont 256 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCB. les noms sont inconnus. II faudrait, dit Torateur, faire connattre par tous les moyens de publicite possibles de semblables collections lorsqtrelles exis- tent, afin que les vovageurs puissent les visiter, comparer les objets qui s'y trouvent avec d'autres de me'me nature , et arriver ainsi par des analogies a retrouver les noms de leurs auteurs. M. de Chennevieres appuie 1'avis du preopinant , d'autant plus, ajoute-t-il, que si Ton trouve beau- coup d'oeuvres sans nom, on trouve aussi quelques noms sans ceuvres, et qu'on arriverait peut-eHre ainsi a computer les uns par les autres. M. Bordeaux signale dans Teglise de Gisors (Eure) de tres-interessantes peintures sur bois du commen- cement du XVI e . siecle, representant en vingt-cinq ou trente panneaux I'histoire de la Vierge. Cette peinture fort remarquable n'est pas connue et appreciee comme elle devrait 1'etre , et les bas-officiers de 1'eglise , en ouvrant et fermant les portes qui sont composees de ces panneaux , les deteriorent involontairement, M. Rame demande que , sans se livrer a des con* jectures plus ou moins fondles sur les noms des peintres, les Societes savantes soient invitees a dresser un catalogue de toutes les peintures ante- rieures au XV e . siecle , soit dans les murs des eglises, soit dans les collections particulieres. M. de Bonneuil fait remarquer qu'il serait dangereux de faire ce catalogue sans discernement. On pourrait faire fausse route et attribuer a 1'ecole frangaise des tableaux qui n'en sont pas. II y a eu a toutes les epoques des peintres voyageurs qui ont laiss& leurs ceuvres dans tous les coins de la France , mais qui CONGRES DBS ACADEMIES. 257 n'etaient pas francais. Ainsi il y a dans 1'eglise de Semur (C6te-d'0r), dans une chapelle laterale, un grand tableau sur bois, peu remarque\ quoiqu'il merite de Fetre. L'orateur ignore a quelle epoque il a ete place dans cette eglise , mais il est evidemment de 1' epoque d' Albert Durer et probablement de Tecole allemande. II importerait done , en dressant ce cata- logue, d'eviter avec soin tout ce qui serait une attribution hasardee. Apres quelques observations nouvelles deM. Rame, la proposition est adoptee. La seance est Iev6e ^, 2 heures et demie. Le Secretaire , Le V te . DE BONNEUIL. SEANCE GMRALE DD 27 JANVIER. ( Pr&idence de M. PATEN. ) La seance est ouverte a 2 heures et demie. Sont presents au bureau : MM. de Caumont, directeur ; le baron de Stassart , vicomte de Cussy , de Quatrefages , de la Bigottiere , Maurenq , secre- taire. M. Gomart, Tun des secrelaires-generaux , donne lecture du proces-verbal de la seance generate du 23 ; il est adopte. M. Gomard demande et obtient la parole. II rend compte succinctement de la visite faite la 258 INSTITUT DflS PROVINCES DE FRANCA veille par un certain nombre de membres du Congretf , des etablissements agricoles de Mesnil-St.-Firmiu,des cultures variees et instruments agricoles perfectionnes qui ont ete remarques , et fait connaltre qu'a la suite de cette visile, M. de Caumont a cm devoir remettre a M. Bazin , qui dirige avec tant de zele ces etablis- sements, une medaille d'argent. M. Payen desirant prendre communication du proces- verbal de la seance de dimanche , M. Maurenq croit devoir lui faire connaitre que lors de la lecture, M. Leclerc, membre du Congres , a 61eve une reclamation sur ses assertions relatives au precede de disinfection de M. de Sussex. M. Gomart demande a M. Payen quelques rensei- gnements sur 1'action du sel de potasse et son insolu- bilite dans certains terrains. M. Payen entre a ce sujet dans des explications tres- interessantes sur le r61e qu'on a attribue a cet agent chimique dans la culture et la production de la bette- rave et sur les observations et experiences auxquelles il a ete appe!6 a se livrer a cet egard, Lorsqu'on s'est apergu , dit-il , de Talteration des betteraves , on a cru devoir Tattribuer a repuisement de certains principes du sol ( notamment des sels de potasse qu'elle absorbe en grande quantite ) par une culture trop prolongee de la betterave. On avait done et6 conduit a en conclure qu'il fallait rendre au sol cet agent chimique : mais on a bient6t reconnu que cela n'ecartait pas la maladie ; d'un autre c6te , on remar- quait que les betteraves, repiquees sur des terres labou- rees profondement , et par exemple sur la place de silos remblayes , n'etaient jamais atteintes d'alteration. CONGRES DES ACADEMIES. 259 M. Payen pense done que c'estdans un defoncement plus considerable du sol qui puisse le rendre pene- trable a Fair qu'il faut chercher le remede le plus sur pour con server une culture a laquelle se rattachent de si grands interdts. M. Maurenq lui demande si la science a pu s'assurer suffisamment que la culture trop prolongee ne denatu- rait pas le sol, et s'il croyait qu r on pouvait sans in- convenient la maintenir en aerant le sous-sol par des fagons profondes. M. Payen repond qu'en principe general il vaut tou* jours mieux suivre une rotation variee. M. Calemard de la Fayette donne lecture du proces- verbal de la seance de la section d' agriculture de ce matin 27. M- de Caumont, directeur, donne lecture de la cor- respondance : D'abord , d'une lettre de M. Vattemare, fondateur de TAgence pour les echanges internationaux , qui , par son zele, a enrichi plusieurs de nos dep6ts de docu- ments tres-importants. Le Congres decide qu'une commission composee de MM. le baron de Stassart , de Caumont et de Quatrefages, se mettra en rapport avecM. Vattemare. M. Duchatellier depose sur le bureau le recueil de M. Tabbe Moigno. M. Gomart donne lecture d'une note au sujet du prix d'un million fonde par 1'Empereur Napoleon I er ., en faveur de celui qui decouvrirait le moyen mecanique de fondre le lin. Tout le monde connait le nom de 1'illustre auteur de cette decouverte si importante : Girard. 260 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. NOTE DE M. GOMART. Un decret imperial proposait en ces termes , le 7 mai 1810 , la recompense suivante : II sera accorde un prix d'un million de francs a 1'inventeur, de quelque nation qu'il puisse e"tre , de la meilleure machine a filer le lin. Ce decret montre quelle immense importance TEm- pereur attachait a la filature mecanique du lin ; elle avait pour lui un but politique , car il voulait trans- porter les colonies en France et rendre Tindustrie des tissus independante de Tetranger. Un ingenieur frangais, Philippe deGirard, conQiit, crea et mit en ceuvre la filature mecanique du lin , par Papplication des deux principes fondamentaux sur les*- quels repose encore aujourd'hui cette industrie. Les preuves de ce fait resultent des brevets d'invention et de perfectionnement des 18 juillet 1810, 14 Janvier 1812, 5 mai 1812, 24 aout 1815 et 11 septembre 1818. Cette precieuse invention , ceuvre du genie franc, ais, fut portee en Angleterre, a 1'insu de son auteur, et vendue a M. Horace Hall , qui se fit enregistrer a Londres, a I 1 Inrolkment office, le 16 mai 1815. Get enregistrement est une preuve providentielle deposee dans les archives me'me de TAngleterre, qui temoigne en faveur de la France, puisque le brevet anglais n'est que la traduction des divers brevets frangais pris par M de Girard , et que les dessins qui s'y trouvent an- nexes sont caiques sur les dessins de M. de Girard. CONGRES DBS ACADEMIES. 261 Cette v6rite , aujourd'hui universellement reconnue, a ele confirmee depuis par les temoignages des hommes les plus eminents dans la science et 1'industrie, et elle est consignee dans un grand nombre de rapports de jurys et de corps savants. Je viens done proposer au Congres ( sans se faire juge des conditions et des pro- inesses du decret imperial de 1810) de revendiquer hautement , pour M. Philippe de Girard et pour la France , la gloire d' avoir cree et applique les principes fondamentaux de la filature du lin. La discussion s'ouvre sur la suite du programme , article 5 , ainsi concu : Que doivent faire les Societes agricoles des depar- tements littoraux en presence des reglements qui interdisent la coupe des varechs ? M. Duchatellier a la parole. II s' attache a faire res- sortir Timportance de 1'emploi des varechs ou goemons comme engrais pour les terres voisines de la raer. En Bretagne , 20 charrois , dont la valeur est d'environ 1 fr. 50 cent. Je metre cube , sont 1'equivalent de 30 charrois de bon fumier d'6tables. Son emploi donne une si grande valeur aux terres , que chez lui le loyer en varie depuis 150 fr. 1'hectare a 80 fr. et 25 a 30 , selon qu'elles sont voisines ou plus ou moins eloignees de la mer. M. le President apercevant M. Lefvre du Rufle , ancien ministre de 1'agriculture , qui vient d'entrer dans la salle , Tinvite a venir prendre place au bu- reau. M. Duchatellier continuant , expose que les popula- tions agricoles du bord de la mer ne doivent , d'apres 262 INSTITUT DBS PROVINCES DB FRINGE. ce qu'il vient de dire , la, possibilite de bien cul liver leurs lerres qu'a la faculte dont elles ont toujours joui de pouvoir recueillir le varech soit en Tarrachant a la mer, soit en le recueillant alors qu'elle le rejette sur les bords a 1'etat d'epave. Ce droit n'en a pas moins etc sournis a quelques reglements , notamment par une ordonnance de 1772 ; mais le principe de la jouissance a ete soigneusement maintenu , rne*me a une epoque ou Pon avait cherche a accrediter r opinion que les amas de fucus , sur cer- tains points des c6tes, et leur incineration repandaient des vapeurs insalubres. MM. Tellet et Fougereux, charges, en 1771 et 1772, par 1' Academic des sciences , d'examiner ces faits , declarerent qu'ils n'avaient aucun des caracteres dan- gereux qu'on leur attribuait a tort. Dernierement , devant les plaintes reiterees sur la diminution de la reproduction du poisson et Topinion emise que Tenlevement des varechs pouvait y contri- buer, 1' administration a annonce I'iiitention d'en sou- mettre les conditions a une nouvelle reglementation. Les populations des bords de la mer , en Bretagne surtout, se sont justement emues de la crainte qu j on put songer a entraver leurs droits a la jouissance des engrais marins , ^ans lesquels leurs terres redevien- draient bient6t steriles. M. Duchatellier rappelle qu'il a ete constate par de aombreuses recherches sur les vareehs recueillis sur le rivage, qu'ils ne contenaient pas de frai. M. de Quatrefages confirme cette opinion , dont il a verifie Inexactitude par des observations faites par lui dans un voyage sur les cotes, de plusieurs mois, .d'aout CONGRES DBS ACADEMIES. 263 a novembre. II faut remarquer d'ailieurs qu'il ne lui paraitrait pas possible que les oeufs de poisson pussent rester adherents aux varechs alors qu'ils sont sans cesse roules par la vague, parfois tres-violemment, lorsqu'elle est agitee. M. Duchatellier conclut en demandant que le Con-<- gres, justeraent emu de 1'inter^t agricole qui s' attache a cette question, emette et transmette a qui de droit le voeu formel que le privilege acquis de temps immemorial aux populations riveraines de la mer , d'y recueillir le varech propre a 1'engrais de leurs terres, soit maintenu tel qu'il existe aujourd'hui. M. de Keridec croit devoir faire remarquer qu'il convient mieux d'employer le mot droit au lieu de privilege. Les populations dont il s'agit ont droit aux varechs, Gomme celles de Tinterieur aux communs. M. Duchatellier explique qu'il y aurait peut-e'tre une distinction a faire eatre le varech qu'ou cueille et celui d'epave. Le droit existe pour tous deux ; mais le privilege de cueillir est exclusivemement reserve aux riverains , tandis que celui d'epaves appartient a tous ceux qui peuvent le ramasser. M. de Quatrefages ajoute de nouvelles considerations a celles qu'il a dejja presentees sur la non existence de frai dans les varechs. II en a visite de grandes quan-r tites dans les environs de Chaussey , ou ii s'en forme des depots immenses qui restent souvent sansemploi. II croit pouvoir dire que M. Valenciennes, dont tout le monde aurait desire la presence a cette discussion , charge d'une mission speciale , a confirme les faits. 264 INST1TUT DBS PROVINCES DE FRANCE. II ajoute que partout 1'arrachage du varech permet- tant mieux sa reproduction , est preferable au fau- chage. M. Pay en le d&nontre &galement par quelques expli- cations scientifiques sur la maniere dont cette plante cherche et trouve dans la mer ses principes vivifiants, composes de plus de sels de potasse que de sels de soude , ce qui explique ses qualit6s fertilisantes. M. le President , resumant le debat et trouvant que la question a ete suffisamment traitee et que Ton paralt d'accord d'accueillir la proposition de M. Duchatellier, Tinvite a la formuler , afin d'en soumettre 1'adoption au Congres en termes precis. M. Pay en , revenant sur un point qu'il a traite dans la seance de dimanche , fait remarquer Tutilite des mesures qu'a cru pouvoir prendre Tautorite dans deux departements , celui de la Loire-Inferieure et celui de Seine-et-Marne , pour garantir 1'agriculture contre la falsification des engrais. II pense que le Congres pourrait reclarner 1'applica- tion generale de ces mesures. L'Angleterre, dit-il, doit 1 extension de Temploi des engrais artificiels aux moyens qu'on a employes pour en assurer la purete. M. Leclerc demande la parole. II desirerait savoir si , en Angleterre , ces mesures sont prises par le Gouvernement ou s'exercent par Faction privee. M. Payen repond qu'il ne faut pas perdre de vue les differences de moeurs et d'habitudes qui existent entre la France et TAngleterre. Dans la mission qu'il a eue a remplir dans ce dernier pays & Tepoque de 1'exposition , il a cherche a faire une sorte d'enqu^te sur les falsifications introduces CONGRBS DBS ACADEMIES, 265 dans beaucoup de deurees alimentaires surtout, qu'il a soumises a 1'analyse chimique ; il n'a pas trouve une seule qualite de farine qui ne contint des legumineur et de 1'alun en plus ou moins grande quantite. Un jeune chimiste , M. Calvaert, apres avoir etudi6 en France et y avoir ete frappe du soin et du succes avec lesquels I'administration surveille la purete des denrees alimentaires, etant venu s'etablir en Angleterre dans une ville adonnee au commerce des grains et des farines , crut devoir publier les analyses qui consta- taient la presence frequente de corps etrangers et sou- vent nuisibles. II s'attendait a des remerciments ; mais , de toutes parts , il se vit bient6t accable de plaintes et recrimina- tions : que faites-vous , lui disait-on , vous allez eveiller la mefiance et nuire a beaucoup d'operations commerciales ! Le grand principe du commerce anglais , c'est que chacun soit libre de fabriquer et vendre comme il Ten- tend , sauf au public a donner sa confiance ou non. L' agriculture m^me anglaise ne pouvait cependant pas s'accommoder de cette liberte illimitee, qui tendait a lui livrer, sous le nom d'engrais, souvent toutautre chose ; elle s'est justement emue , et les associations particulieres agricoles out fait analyser les engrais , qui n'ont plus , des-lors , trouve a se placer que sur leurs certificats de bonne qualite. C'est done 1' action privee qui s'y exerce pour garantir contre la falsification des engrais. En France, a Nantes, il etait d'usage de deposer les engrais dans des chantiers appartenant a 1'autorite, il lui a done ete facile de les surveiller et analyser, et 12 266 INSTITUT DBS PROVINCES DB FRANCE. a 1'aide de tableaux constatant les resultats ainsi ofr- tenus , le public a pu acheter en confiance, et la falsi- fication n'a pu subsister. II pense que les mmes moyens peuvent &tre em- ployes dans les autres departements. M. Maurenq , tout en reeonnaissant I'iraportance pour 1' agriculture d'avoir des engrais artificiels purs , ne voudrait pas que Inaction de I'administration put degenerer en surveillance tellement etroite et minu- tieusequ'elleput entraver la creation des etablissements d'engrais , dont il importe tant a Fagriculture de voir augmenter les bons produits. La liberte commerciale de 1'Angleterre, a c6te d'inconvenients , a d'incontestables avantages qu'il ne faut pas meconnaltre. M. Pay en repond que les savants anglais, apres avoir taxe d'exageration ses observations , ont fini par en admettre la realite et reconnaitreles bons effets de notre surveillance hygienique. M. Lefebvre-Durufle, ancien ministre de I'agriculture,. reproduit avec force les motifs qui doivent engager a faire assurer la sincerite des engrais. II donne des ex- plications sur ce que 1' administration a cru devoir faire a la suite des recommandations qui avaient ete faites au nom duCongres central d'agriculture et pense, en concluant, que Ton pourrait recommander d'appliquer partout les mesures prises dans la Loire-Inferieure et Seine-et-Marne. M. Galemard de la Fayette demande a M. Payen s'il pourrait indiquer un moyen de desagreger et preparer les chiffons de laine ann de les appliquer comme en- grais. M, Payen repond qu'il croit pouvoir, sans indiscre- CONGRES BBS ACADEMIES. 267 tion, indiquer le precede employe pour atteindfe ce but par un Industrie! , et entrer dans des explications techniques fort interessantes a ce sujet. Ce precede consiste a tremper les chiffons dans une dose de potasse tres-etendue et les soum qu'on pourrait recommaader de les completer s'il y a lieu. M . de Caumont croit devoir declarer qu'en Normandie, dans quelques rivieres rapides, il a reconnu Fexistence d^ceufs sur des herbes battues du courant. M. de Quatrefages pense que cela peut s'expliquer pac la Constance du courant auquel ces herbes sont soumises ; il ne saurait , selon lui , en e"tre de mme dans la mer, dont les vagues roulent fortenaent les varechs en sens divers. M. Lefebvre-Durufle prend de nouveau la parole et d it que le decret de 1852, qui a annonce unenouvelle reglementation , n'a ete rendu qu j a la suite de plaiutes 268 INSTITUT DBS PROVINCES DB PRANCE. energiques des pe"cheurs sur la diminution du poisson\ Qu'en presence de ces reclamations , le Pouvoir , sans vouloir trancher la question, s'est born6 a ordonner de nouvelles enqu&tes , a la suite desquelles il aviserait s'il etait ou non necessaire de faire la nouvelle regie - mentation ordonnee. II pense done qu'il conviendrait peut-e*tre mieux, mme dans I'inteTet que poursuit M. Duchatellier , de ne plus se prononcer trop exclusivement et de se boruer a recommander 1'etude la plus approfondie, tout en recommandant d'une maniere energique le c6te agri- cole engage dans la question. Plusieurs membres prennent encore successivement la parole pour arriver a la conciliation des divers in- terets. M. Duchatellier insiste sur la necessite imperieuse de rassurer les populations agricoles bretonnes , qui souffriraient beaucoup a rester sous le coup de mesures qui pourraient detruire leurs cultures , et propose une redaction, qui, apres une nouvelle observation de M. de Quatrefages , est adoptee dans les termes suivants : Le Congres demande que la cueillette , la coupe et Tarrachage des goemons et autres plantes marines propres aux engrais, continuent a &tre proteges par le Gouvernement dans rinteret le plus large de 1' agricul- ture , et qu'autant que possible rien ne soit chang6 aux reglements en usage dans les departements mari times, parce que la science , aujourd'hui comme en 1773 ou la matiere fut reglementee , donne a penser que le frai du poissou n'est pas interesse a la conservation des varechs. Enfin , que Tadministration fasse etudier par des naturalistes competents tout ce qui se rattache a CONGRES DBS ACADEMIES. 269 >3a question du frai et du developpement des poissons >de mer. La seance est 1-evoe a 5 heures et deinie. Le Secretaire, J. MAURENQ. SECTION D'HISTOIRE NATURELLE, SEANCE DU 28 JANVIER. ( Pr6sidence de M. GCERIN-MENNEVILLE. ) La seance est ouverte a 10 heures 1/2. M. G. de Loriere remplit les fonctions de secre- taire. Parmi 1-es personnes qui assistai-enl a la seance , on remarquait M. de Caumont, president de 1'Institut des provinces; MM. de la Fresnaye, Denis, etc. , etc. M. Guerin-Mecneville presente le menaoire suivant : MfiMOIRE DE M. GUfiRIN-MENNEVILLE. Avant d'exposer les resultats de mes etudes serici- coles de cette annee , qu'il me soit permis de donner rapidement au Congres un apergu de mes recherches anterieures , pour montrer la marche , les progres et Tetat actuel de ces travaux. En 1846 , le Congres scientifique de France emettait 270 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. le vceu que je fusse charge d'entreprendre des etudes serieuses pour chercher s'il ne serait pas possible de trouver quelque moyen d'empecher une maladie desas- treuse , la Muscardine , de ravager nos educations de vers a soie. En 1847 , M. le Ministre de 1'agriculture ayant re- pondu a ce vceu , je fus charge d'entreprendre une serie d'experiences cbez M. Eugene Robert, de Sainte- Tulle ( Basses- Alpes) , qui avail geaeretisement offert sa magnanerie et le concours de sa pratique eclairee. Cette premiere ann6e mes etudes ont porte sur la nature du- Botrytis Bassiana, vegetal qui semble se developper spontanement ckez les vers a soie , a la suite de certaines alterations de leur fluide nourricier et qui a la faculte de se reproduire sur des sujets sains en leur donnant alors la maladie sous forme d'epi- demie. J'ai etudie diverses circonstances de son exis- tence, soit a 1'exterieur, soit dans les liquides des vers a soie , et j'en ai observe plusieurs qui etaient encore incounues, et dont la constatation e-tait un progres reel pour les etudes dont j'etais charge. En 1848, j'ai continue- ces etudes si minutieuses et si difficiles , et j'ai commence a me livrer a des expe- riences de laboratoire pour chercher a connaitre Fac- tion de diverses substances sur les sporules ou corps reproducteurs du Botrytis, afin d'apprecier leur valeur comme agents disinfectants dans les ateliers atteints de la muscardine a 1'elat d'epidemie. En 1849 , beaucoup d'experiences de I' an nee pre- cedente ont ete repetees , et quelques-unes essayees assez en grand. C'est dans le courant de cette cam- pagne sericicole que j'ai pu observer, pour la premiere CONGRES DBS ACADEMIES. 271 fois , les alterations si curieuses du fluide nourricier des vers a soie atteints de la muscardine et des autres maladies. En 1850, j'ai encore poursuivi ces experiences dans le cabinet et a la magnanerie experimentale de Sainte- Tulle- Les experiences de cabinet , faites pour ainsi dire sous le microscope , m'ont fait entrevoir que le oryptogame muscardinique , place dans des conditions diverses , prenait des formes particulieres , et j'ai pu remarquer que ces sporules ne donnaient pas constam- ment lieu a la formation du Botrytis Bassiana, tel que 1'ont si bien decrit MM. Balsamo-Crivelli et Montagne. Les formes diverses que j'ai obtenues pourraient se rapporter a plusieurs especes , et me" me a divers genres botaniques, et il serait tres^interessant de pour- suivre et de varier ces experiences ; elles seraient peut-etre de nature a faire penser que I'element cryp- togamique , mis en action sous certaines conditions physiques et chimiques , chez des tres vivants , en sante , malades ou m4me morts , est susceptible de prendre des formes tres-diverses , des formes qui au- raient porte les botanistes a les classer dans plusieurs groupes distincts , comme cela a eu lieu pour des animaux tout aussi inferieurs, pour les infusoires. J'ai continue d'etudier le fleau dans les educations de diverses localites , et ayant remarque que des pro- cedes deja essayes Tannee precedente dans le labo- ratoire , avaient constamment reussi a detruire la faculte germinative des sporules du Botrytis , j'ai tente leur application dans une education d'une cer- taine importance , ce qui m'a doiine un excellent r6- sultat. 272 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. En 1851 , desirant soumettre a ^experimentation sur une grande &ehelle les precedes qai avaient paru si efficaces en 1849 et 1850 dans des essais en petit et sur une echelle moyenne ( 5 a 6 onces de graine ) , j'ai entrepris , en association avec M. Eugene Robert, et a nos risqnes et perils , une education de 20 onces de graine ( 500 grammes ) dans une magnanerie no- toirement infectee depuis plusieurs annees , et la reussite a ete manifesto et constatee par une commis- sion , nominee par arrete du prefet des Basses- Alpes. Comme , dans une question de cette importance , il ne faut rien faire avec precipitation, et que , du reste, Ja commission officielle, par une sage reserve , avait emis le vceu qu'une nouvelle experience ait lieu en 1852, j'ai du ajourner la publication de mes precedes de disinfection des ateliers , precedes qui ne peuvent etre tout-a-fait efficaces qu'a la condition d'etre com- bines avec de bonnes pratiques d'education, et j'ai employe tout mon hiver en demarches pour tocher d'obtenir les moyens de faire , en 1852 , la grande ex- perience demandee. C'est a 1'Institut de France que j'ai du , cette fois , de ne pas perdre tout le fruit de ces penibles travaux. A la suite d'un rapport fait a I'Academie des sciences par le doyen des zoologistes , par le savant M. Du- meril , TAcademie comprenant qu'il etait urgent de ne pas interrompre des recherches preparees d'annee en an nee, a bien voulu venir en aide a mes travaux, et m'a charge , en me* me temps , d 'observations sur un autre fleau de notre agriculture meridionale , sur la mouche qui fait si souvent manquer nos recoltes d'huile d' olive. CONGRESS DES ACADEMIES. 273 Cependant, les moyens d'action mis a ma disposition n'etaient pas suffisants pour nous permettre d'entre- prendre la grande experience de Rousset , demandee par la commission du prefet des Basses- Alpes , nous avons du nous borner a la continuation de nos etudes dans la magnanerie experimentale de Sainte-Tulle , et nous regrettons d'autant plus de n'avoir pu operer dans la magnanerie de Rousset , que , plus que jamais , la muscardine y a fortement sevi. Dans nos ateliers , au contraire , 1' application des precedes qui avaient si bien reussi 1'annee derniere a Rousset , nous a permis d'obtenir une excellente recolte , nous n'avons^ pas ete touches par la muscardine , quand tous les ateliers voisins en etaient ravages. Pendant tout ce temps , de 1846 a 1852 , je n'ai cesse de me livrer a des etudes et experiences sur diverses races de vers a soie , et surtout pour continuer 1'ame- lioration d'une race excellente , introduite par M. E. Robert, amelioration qu'il poursuit depuis 9 ans. Ces travaux perseverants nous ont conduits a la possession d'une race amelioree par elle-meme et sans croise- ments , dont la purele va toujours croissant , parfai- tement acclimatee , et dont 1'eleve est plus facile et plus productive pour 1'educateur et le fileur. L'annee derniere surtout , si desastreuse a cause de la mau- vaise qualite de la feuille dont la premiere pousse a ete detruite par des gelees tardives , notre race a montre toutes ses qualites, car elle a donne d'excellents resultats dans les endroits me"mesoud'autres echouaient completement. Mes journaux d'observations sontpleins de faits curieux a ce sujet. Dans beaucoup de circon- stances , chez des educateurs soigneux qui eleyaient 2% IttS-flttfT D'fiS ^ROtflNCfiS Dfi FRANCS. en m4me temps des vers de la race de Sainte-Tulle et de diverses autres races , on a vu souvent tous les vers des autres races perir, tandis que ceux de Sainte-Tulle prosperaient et donnaient de beaux resultats , quoi- qu'elev^s dans la meme piece et avec la me'me feuille. Pour apprecier d'une maniere positive, certaine, scientifique , les qualites de cette race et de quelques autres elevees dans la contr&e ( Basses-Alpes , Var , Vaucluse , Bouches-du-Rh6ne) , j'ai entrepris , depuis plusieurs ann6es, des experiences scientifiques et pra- tiques dont les resultats se contrdlent mutuellement et concordent tout-a-fait. II serait trop long d'exposer ici 1'ensemble de ce travail, qiii forme un memoire destine a ^tre lu a la Societe d'encouragement et a 1'Academie des sciences. Je me bornerai done a eti presenter som- mairement les principaux resultats. On peut connaltre la richesse en vraie soie des cocons de diverses races , eti dissequant et pesant les couches ou vestes composant ces cocons et qui sont au nombre de 6 a 8. La couche ou veste externe , plus ou moins blanche et plus ou moihs e* paisse , donne ce qu'on appelle en filature les frisons ( d'une valeur d' environ 2 fr. le kilogr. ) , et les autres couches , d'un jaune plus ou moins vif , donnent la vraie soie ( de 50 a 70 fr. le kildgr.). La quantite de mati&re soy&use ( comprenant les fri- sons et la vraie soie ) varie suivant les races, et la pro- position entre la couche externe ( frison ) et les autres (vraie soie) varie encore plus. On comprend, des-lors, qu'une race donnant des cocons qui contiennent beaur coup de matiere a frisons , est moins bonne qu'une autre dont les cocons donnent moins de cette matiere. C6NGRES DEg ACADEMIES. 275 De nombreuses dissections et de nombreuses pesees de ces couches , faites sur plusieurs races elevees ex- perimentalement et industriellement a Sainte-Tulle , comparees a des experiences en grand faites a la fila- ture , ont donne des resultats tres-importants et tres- concordants. Ainsi, par exemple , comparant la richesse en soie des cocons de la grosse race , elevee encore presque partout en Provence , et de la race acclimatee et amelioree a Sainte-Tulle, j'ai observe : Que la veste externe des premiers entrait pour pres de la moitie dans le poids total des cocons vides de leurs chrysalides , ce qui ne laissait qu'un peu plus de la moitie de la matiere soyeuse pour donner la vraie soie. Tandis que la veste externe des seconds n' entrait que pour un peu plus d'un quart dans le poids total , ce qui laissait presque les trois quarts de la matiere soyeuse pour donner la vraie soie. Les experiences en grand, dans la filature, ont donne des resultats analogues, car il a fallu 14 kilogrammes 470 grammes de cocons de la grosse race de Provence pour faire un kilogramme de soie de qualite inf6- rieure. Tandis qu'il n'a fallu que 10 kilogrammes 950 grammes de cocons de la race amelioree pour donner un kilogramme de soie de premiere qualite. Ainsi , on voit que la richesse en vraie soie de ces deux races , appreciee pour ainsi dire theoriquement , est tres-bien accusee par cette dissection , par celte anatomic de la matiere soyeuse , puisque Texperience en grand coincide parfaitement dans les resultats pro- portionnels. 276 INSTITDT DBS PROVINCES DE FKAtfCfi. Comme il faut depenser autaut de soins , de main- d'osuvre et de feuilles de muricr pour obtenir un kilo- gramme de cocons , qu'ils soient pauvres ou riches en soie , on comprend facilement combien il serait avan- tageux pour le rendement des educations que nos ele- veurs employassent la race qui donne 1 kilogramme de soie excellente en consommant seulement 10 ou 11 kilogrammes de coeons, de preference a celle qui ne donne 1 kilogramme de soie tres-inferieure qu'au prix d'une consommation de 14 a 15 kilogrammes de cocons. II est heureux pour nos filateurs de la Provence , et specialement pour ceux des departements des Basses- Alpes et de Yaucluse, que Ton ait deja introduit chez les paysans des races plus riches en soie , car si Ton n'elevait que la grosse race du pays, les filateurs ne pourraient payer les cocons , en moyenne , que de 4 a 5 francs le kilogramme. En effet , a 4 fr, le kilogramme, par exemple , s'il faut 14 kilogr. de cocons pour faire 1 kilogramme de soie, celui-ci revient a 56 francs, aux- quels il faut ajouter 8 francs pour frais de filage , soit 64 francs le kilogramme d'une soie que 1'on ne peut vendre, tout au plus, que 60 francs. C'est le melange d'une certaine proportion de cocons de races plus riches en soie , qui fait qu'en general les filateurs ne consomment que 13 kilogrammes de cocons me*les pour faire 1 kilogramme de soie. Us ob- tiennent ainsi une soie qui leur revient a 60 francs, et ils n'ont pour benefice que la valeur des frisonsetdes grossieres soies de cocons doubles ou doupions. Quels beaux resultats ils obtiendraient , si tous les cocons qu'ils achetent appartenaientala race deSainte- Tulle, par exemple, puisque 11 kilogrammes au plus DBS ACADEMICS. 277 donnent 1 kilogramme de sole ; le prix brut serait de 44 francs, avec 8 francs de filature, total 52 francs, plus les frisons et doupions. Depuis deux ans , nous elevens, a Sainte-Tulle , une nouvelle race a cocons jaunes , obtenue de graines de Chine qui ont ete distributes par M. le Minlstre. Ces graines , eleveeS par 1'industrie privee et dans les con- ditions ordinaires , n'ont donne aucun resultat , et ce n'est que grace a des soins tout particuliers , a une education speciale et toute entomologique , faite de mes propres mains , pour ainsi dire en seve, que j'ai pu la conserver pour essayer de 1'acclimater. Ces cocons sont tres-remarquables en ce que 1'analyse montre qu'ils ne perdent que un cinquieme de frisons , ce qui accuse une richesse en vraie sole encore superieure a celle des co- cons de la race acclimatee et amelioree de Sainte-Tulle. Je n'ai pu en re'colter encore en assez grande quantite pour faire des experiences de filature, mais il est permis de conclure, par analogic, que cette race pourra donner 1 kilogramme de soie avec 8 a 10 kilogrammes au plus de cocons, ce qui (a 10 kilogrammes) mettrait le prix de revient de la soie a 48 francs au plus. On voit , par ce qui precede , combien il serait avan- tagetix pour notre production en soie d'ameliorer les races qu'on eleve dans nos departements sericicoles, et combien ces Durham et ces Dishley entomologiques meritent aussi 1'attention et la sollicitude du Gouver- nement et des agriculteurs. Malheureusement, dans Tetat actuel de nos moeurs, ces ameliorations, ces progres, ne peuvent etre amenes par I'mdustrie privee, qui n'a ni le temps ni les moyens pecuniaires et scientifiques de les entreprendre. Nous 278 INSTITUT DES PROVINCES DE 1'avons cependant courageusement essaye, M. E. Ro- bert et moi; mais nous avons bienl6t reconnu que cela nous etait impossible , puisque nos peines et nos de- penses, dont les resultats profitent a tous, ne peuvent etre remuner^es par personne. Qu'il me soit permis de dire au Congres, en termi- nant , que ces etudes sur le rendement des cocons de diverses races, faites dans des circonstances tres-defa- vorables , par suite du manque presque absolu de moyens positifs d' experimentation (argent, instruments, place et temps ) , devraient tre continuees et perfec- tionnees chaque annee. Si Ton pouvait les poursuivre dans de meilleures conditions et dans les divei*s lieux de production, il est probable qu'elles conduiraient , dans peu d'annees , a des resultats pratiques tres-im- portants. Elles demontreraient qu'il est dans 1'interet du Gouvernement , des agriculteurs et des filateurs ; qu'il est urgent pour la production de la soie en France, que Ton fasse quelque chose de vraiment efficace pour dimintier les pertes occasionnees chaque annee dans nos educations de vers a soie par le ueau de la mus- cardine et par les autres maladies qui deciment ces utiles insectes domestiques ; pour ameliorer leurs races et pour propager, le plus rapidement possible , celles qui donnent des rendements superieurs en quautite et en qualite. La seance est levee a 10 heures et demie. Le Secretaire , G. DE LORJERB, CONGRES DBS ACADEMIES. 279 SECTION D'AGRICULTURE. STANCE DU 28 JANVIER. ( Pre'sidence de M. MONNIER , de Nancy , menibre du Conseil ge*ne>al de 1'Agriculture. ) Siegent au bureau : MM* de Morissure, deCaumont, de Keridec , Ch. Caletnard dela Fayette, secretaire. Le secretaire depose stir le bureau deux memoires de M. de Melon dont il est fait , au nom de 1'auteur, hommage au Comit6. Ces memoires ont pour objet la falsification des engrais , et formulent un ensemble de mesures pour arriver t la repression de ces fraudes si prejudiciables au cultivateur et qui eveillent depuis si long-temps la sollicitude des Congres. Le Comite exprime ses remerciments pour cet envoi. M. Levrien presenta a 1'examen du Comite" une nou- velle machine a couper les recoltes , dite faucheuse- levrien , dont le systeme paralt tr&s-ingenieux. Cette machine n'ayant pas encore pu tre suffisamment expe- rimentee, le Comite ne peut queremercier M. Levrien de sa demarche aupres de lui, et 1'encourager a donner a son ceuvre tous les perfectionnements dont elle parait encore susceptible. Le Comite t6moigne aussi tout Tin* tere"t qu'il attacherait a la solution definitive du pro- bltoe que s'estpose Tinventeur. Son systeme paraitrait du reste presenter a priori des avantages reels sur les machines de m&me nature qui fonctionnent deja aux Etats Unis ou en Angleterre. 280 INSTITtlfr t>ES PROVINCES DE FRANCE. M. Maurenq entretient la reunion de la mission qui lui avait ete confiee , ainsi qu'a quelques-uns de ses collegues , par le dernier Congres central d'agricul- ture , pour aller etudier 1'exposition de Londres , no- tammenl les machines qui peuvent e*tre adaptees a Tagriculture. La commission s'est partagee Texamen des divers instruments et machines qui pouvaient 1'interesser. Ces instruments etaient en tres-grand nombre ; les Anglais eux-me"mes, les Etats-Unis , la Belgique , avaient fait des envois considerables qui faisaient res- sentir 1'insuffisance des envois faits par nos nationaux. Les charrues etaient surtout tres-nombreuses et tres- variees de formes ou de systemes. Un des caracteres de ces divers modeles c'etait des mancherons beaucoup plus longs qu'ils ne sont ordi- nairement en France. Quant aux diverses modifications dans la construction de Tinstrument , elles sont consi- gnees ailleurs et il importe peu de les decrire comple- tement ici. La commission a remarque entre autres beau- coup moins d'avant-trains qu'on n'eut pu le supposer. Beaucoup de herses , tres-variees de formes , ont merite son attention par leur legerete et leurs apti- tudes multiples. Comme onle sait generalement, lefer est plus employe dans la fabrication des instruments agricoles que chez nous. Plusieurs rouleaux repondant a divers besoins ont encore ete examines avec interest ; il en a ete de mme de beaucoup de semoirs, souvent tres-compliques sans doute , mais se pretant a repandre en meme temps la semence et les engrais pulverulents. Divers modeles et dessins en ont ete releves. CONGRES DES ACADEMIES. 281 Dans un autue ordre de productions , il importe de signaler un certain nombre de machines a vapeur portatives ; qui s'appliquent au battage , a la coupe des fourrages ou des racines, etc. L'usage s'en gene- ralise dans de tres-grandes proportions. La commission devait aussi porter son attention sur les machines destinees au drainage ; elle a surtout remarque une charrue a creuser les fosses de drainage ; elle a pu voir fonctionner cet instrument qui meritera certainement d'etre mentionne et decrit d'une fagon detaillee dans les rapports de la commission. Apres cet examen d'ensemble , les membres de la commission . individuellement , ont visite des fermes ou ils ont pu constater les pratiques de la culture an- glaise. M. Maurenq signale une foule de faits et d'ob- servations interessantes , recueillis dans cette pere- grination agricole. Sur cet expose necessairement trop sommaire , le Comite regrette vivement que le rapport de la com- mission, dont M. Maurenq etait le president , n'ait pu, par le fait des circonstances, tre encore public. Le Comite emet un voeu pressant pour que ce docu- ment soit communique a la session prochaine du Congres des Societes savantes. M. Maurenq , en ce qui le concerne personnellement , se declare tout pr4t a faire a cet egard tout ce que le Congres jugera con-i venable. Apres cet expose, M. Maureuq saisit le Comite de 1'examen de cette question : A quoi peut tenir 1'etat d'inferiorite de Tagriculture de la France vis-a-vis des autres nations agricoles , et aussi I'mferiorite de cer- taines parties de la France vis-a-vis des autres. 282 INSTITUT DBS PROVINCES DB FRANCE. On a cm, dit M. Maurenq, que 1'abaissement du loyer de 1'argent prete a 1'agriculture et I'organisation da credit fancier suffirait a ameliorer beaucoup la situation des cultivateurs ; c'est la une grande erreur. Le paysan auquel vous donnerezde 1'argent, dans 1'etat actuel des choses, ira acheter un lambeau de terre et n'ameliorera rien. M. Maurenq pense que c'est 1'irapulsion donnee a I'agriculture vers les tentatives industrielles , qui lui ouvrira un champ nouveau d'ameliorations et de pros- perite. Les systemes de culture doivent s'adapter a chaque localite , et de la resulte la difficulte de gene- raliser les bonnes methodes qui sont, pour ainsi dire, speciales. Tandis, au contraire , que les precedes etles moyens d' action industrielle , sont applicables partout et reussisseut aussi bien ici que la. II est done toujours facile de substituer partout un bon instrument indus- triel a un mauvais. Que les Comices, que les Societes, que le Congres recommandent done Tetude de cette question : Quels sont les moyens et precedes , quelles sont les productions industrielles vers lesquels il importerait de pousser le cultivateur? M. de Caumont remarque que ces idees rentreraient dans la pensee de M. Darblay , qui demandait 1'etude des etablissements industriels qu'on pourrait annexer aux exploitations rural es. M. Maurenq ne voudrait pas qu'on donnat a son idee une extension aussi considerable. C'est surtout la mise en oeuvre industrielle de leurs produits agricoles qu'il voudrait voir executer par les cultivateurs. II remarque que c'est le contact des interets et des habitudes com- CONGRES DBS ACADEMIES. 283 merciales qui ont donne la premiere impulsion aux ameliorations considerables qui se sont faites dans certains pays. M. Maurenq enumere en outre une foule de consi- derations economiques interessantes , empruntees a 1'Angleterre , a la Belgique et aux Etats-Unis , qui corroborent sa these. M. Duchatellier pense que 1'agriculture , ceuvre de patience et de prudence, ne doit pas trop compter sur les subventions de 1'industrie. On a cite 1'agriculture du Nord ; mais si Ton se reporte a des souvenirs encore recents, on se rappellera qu'il y a bien peu d'annees, les intereis industriels du Nord ont ete gravement mis en question , et qu'une simple modification de tarifs eut pu aneantir une prosperite agricole trop dependante de 1'industrie. En Bretagne , la fabrique des toiles a long- temps prospere. Les cotons sont venus, et la journee de tra- vail de la femrae employee a la filature du lin est tombee a 10 centimes. Dans certaines localites tres-commerciales , Tindus- trie peut donner une mise de fonds et une impulsion de defrichements , etc. , a Tagriculture , mais ce n'est pas la 1'amelioration reelle agricole. Ce qui manque a ^agriculture , ce sont les capitaux. Avec des avances , et sans tentatives trop chanceuses , la culture realiserait de grands progres. II faut done se garder de toute tendance trop absolue quand on parle d'industrieetde chances commerciales auxcultivateurs. M. Destourbet neveut pas que Tagriculture se fasse absolument industrielle ; mais il lui voudrait quelques tendances vers le commerce ; il voudrait qu'elle realisat 284 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. dans une sage mesure la division du travail qui 1'en- gage necessairement et heureusement dans la voie sage d'habitudes commerciales. M. Calemard de la Fayette remarque que M Du- chatellier a plutot repondu a la pensee indiquee dans une seance precedence par M. Darblay , qu'a celle de M. Maurenq. M. Maurenq ne conseille pas d'annexer aux exploitations rurales des industries etrangeres a 1'agriculture , mais bien de pousser 1'agriculteur a transformer industriellement quelques-uns de ses pro- duits et de se mettre ainsi dans une condition quelque peu commerciale ; en ces termes, M. Duchatellier par- tagerait sans doute Fopinion de son collegue. Sur la denegation de M. Duchatellier , M. Calemard de la Fayette dit qu'il y a du reste a repondre a M. Maurenq lui-me"me , que la condition premiere de la transformation qu'il demande , ce sont les capitaux. Mais , dit-il , au point ou en sont arrives nos travaux, Timmense question indiquee par M. Maurenq ne saurait tre suffisamment creusee ; ce serait tout un vaste pro- gramme d'etudes tres-diverses ; il paraitra sans doute de la plus haute importance au Congres d'indiquer 1'etude de cette question pour la session prochaine, et, en attendant, d'appeler sur elle toute la sollicitude des Societes savantes. M. le President resume la discussion et demande a M. Maurenq de preciser les conclusions qu'il desire soumettre au comite. Ces conclusions sont adoptees dans les termes que voici : Le Congres recommande de rechercher les causes de 1'inferiorite de Tagriculture , comparativement aux autres industries. CONGRES DES ACADEMIES. 285 S'il ne conviendrait pas comme moyen puissant d' amelioration d'engager et d'encourager les agricul- teurs a porter davantage leurs idees vers le parti com- mercial et industriel qu'ils pourraient tirer de leurs produits et realiser ainsi des benefices qui trop souvent leur echappent , et ne tarderaient pas a appeler a eux des capitaux avec le veritable esprit de progres. Cette proposition ferait partie du programme de 1854, Le Secretaire , CALEMARD DE LA FAYETTE. SEANCE GENERALE DU 28 JANVIER. SEANCE DU 28 JANVIER. (Pr&idence de M. DE QUATBEFAGES. ) Siegent au bureau : MM. Dubois , de la Loire- Inferieure ; baron de Montreuil , d'Homalius d'Halloy et Leonce de la Vergne, ancien sous-secretaire d'Etat. M. R. Bordeaux tient la plume comme secretaire- general. M. Maurenq lit le proces-verbal de la section d'his- toire naturelle. Le rapport de la section d'agriculture est pr6sente par M. Calemard de la Fayette. Ces deux rapports sont adoptes. M. Jobard a la parole pour la communication sui- vante : 286 INST1TUT DBS PROVINCES DE FRANCE. II existe dans certaines locaiites de la Lorraine et de la Bourgogne une espece de solanee ou tubercule noir allonge , que la charrue decouvre et dont les enfants et les cochons sont tres-friands ; on en remplit des sacs qui se vendent en abondance sur certains marches , a Langres surtout ; la chair en est tres- bonne et tient du salsifi et du marron ; ce qui lui a fait donner dans un pays le nom de chataigne de terre , de souris de terre dans un autre , a cause de sa forme ; de meguson en Champagne , et de macjou en Lorraine : le nom botanique est Lathyrus tuber osus. Quoiqu'il en soit, cette excellente racine alimen- taire est tres-peu connue, et ceux qui la connaissent n'ont pas essaye de la tirer de 1'etat sauvage et de la cultiver. Je pense qu'elle acquerrerait comme la pomme de terre des dimensions plus considerables et finirait par prendre sa place , si celle-ci venait a nous abandonner comme elle a 1'air de nous en menacer. J'appelle 1'attention du Congres sur cette racine meconnue dont je lui presente des specimens assez nombreux pour que chacun en emporte dans sa pro- vince , afin d'en empoisonner la France le plus t6t possible , car cette plante , tres-vivace , rampe sous la terre , sans lui nuire ; ses bulbes se tiennent comme un chapelet tres-allonge , et forme une sorte de cara- vane souterraine ; quand on lui enleve les individus de Tarriere-garde , la tete continue a marcher. II est possible que ce qui en a empche la cul- ture reguliere , c'est qu'elle peut sortir , dit-on , de 1'enclos ou elle se trouve pour passer dans le champ CONGRES DBS ACADEMIES. 287 du voisin , mais quand il y en aura parlout , la perte et le gain seront reciproques. M. de Cussy s'informe dans quel terrain ces tuber - cules viennent de preference. M. Jobard : Dans les terres fortes et humides. M. Langlois voudrait que ce tubercule fut analyse , afin de savoir si ce serait un aliment nutritif , alibile. Au coup-d'ceil , il paralt ligneux et pen feculent. M. le vicomte de Pomereu dit que cette plante ap- pelee meguson, dans les Vosges ; souris de terre, dans le Loiret , et Lathyrus tuberosus par les botanistes , parait assez peu succulente. Ce ne pent tre qu'une curiosit^, comme YOxalis crenata , une ressource dans les pays pauvres , une variete d'aliment pour les en- fants. Dans les Vosges, les enfants suivent les charrues pour les ramasser ; ils mangent volontiers ce tubercule a cause da son gout sucre. On le fait cuire avec du beurre pour en faire un aliment dans le Care"me. M. de Pommereu croit que Ton doit engager a ne pas le perdre, a s'en servir dans les pays pauvres qui le produisent spontanement , mais que ce peut-tre une culture profitable dans les pays riches. Au reste , si Ton voulait le cultiver , ce serait au printemps qu'il faudrait semer les graines de cette plante. MM. Langlois et Moigno posent quelques questions a M. de Sussex. M, le president fait observer que la discussion sera tres-difficile en Tabsence de M. Payen. II croit done utile de la clore. M. Langlois fait observer que M. de Sussex a change plusieurs fois ses pro- cedes , et il croit qu'il faut un temps assez prolonge 288 INSTITUT DBS PROVINCES DB PRANCE. pour que , sous Finfluence de Pair , la solidification du silicate puisse s'operer. M. de Montreuil ne pense pas qu'il faille trop s'ef- frayer de la disparution du guano ni attacher trop d'importance aux engrais industriels. Dans une cul- ture bien dirigee le fumier suffira, car les bestiaux augmentent, ainsi que les recoltes fourrageres, et avec de bons fumiers , bien amenages , un cultivateur saura.se passer d'engrais commerciaux. II faut en ge- neral que les agriculteurs puissent se suffire a eux- me" mes . M. Jobard fait une communication relative a une lampe de son invention , dans laquelle un appareil special permet d'augmenter ou de diminuer a volonte la consommation de Thuile et le developpement de la lumiere . L'un des Secretaire-generaux. Raymond BORDEAUX. SECTION D'AGRICULTURE. SEANCE DU 29 JANVIER. ( Presidence de M. le eomte DE VIGNERAL ). Siegent au bureau : MM. Denis , de la Chauviniere , Monnier , Ponsard , Calemard de la Fayette. M. Calemard de la Fayette informe le Comite, que M. de Sussex , entendu dans la seance generale d'hier, CONGRES DES ACADEMIES. 289 serait heureux que des membres du Congres voulus- sent bien venir constater par eux-m&mes la verite de ses assertions. M, de Sussex attendrait la visile de ceux de nos collegues qui seraient disposes a se rendre a la manufacture de Javel , mardi prochain , a 2 heures , et se mettrait a leur disposition pour experimenter devant eux son systeme de disinfection et de solidifi- cation des matieres fecales. Le bureau du Comite d'agriculture se rendra a 1'in- vitation de M. de Sussex ; il ne peut qu'engager un plus grand nombre de nos collegues a se joindre a lui , pour assister a ces interessantes experiences. L'ordre du jour appelle la discussion de la onzieme question du programme , congue en ces termes : Le plan officiel de la stalistique generale d'un de- partement frangais n'ayant pas et& public depuis Tan X , et le programme donne plus tard par la Societe central e de statistique n'etant plus en rapport avec le progres de la science statistique, Quel est le mode de redaction a suivre pour ce travail? c Celui de publication sous le point de vue de la depense? La statistique doit-elle ^tre publiee periodique^ ment, tous les dix ans, ou a des epoques plus eloi- gnees? M. Duchatellier a la parole : selon cet honorable membre , on s'effraie beaucoup trop peut-e*tre de la difficulte qu'il y a a executer une statistique depar- tementale. M. Duchatellier a fait celle du departement du Fi- nistere , et comme il pense que la marche a suivre en 13 290 INST1TUT DES PROVINCES DE FRANCE. pareille matiere est de la plus haute importance pour I'execution de Touvrage, il demande a entrer dans quelques details qui pourraient servir d'indication utile a ceux qui voudraient s'en inspirer. Et d'abord , M. Duchatellier ne pense pas que ce soit sur les donnees emanees de 1'adininistration centrale qu'on puisse essayer de produire une statistique. Quand il a du lui-me'me se mettre a 1'oeuvre , il s'est cree un plan dont voici les principales bases : Les divisions sont naturellement indiquees. II s'agit d'etudier d'abord les institutions , les administrations. Et enfin , la situation physique , industrielle , com- merciale , agricole , etc. Pour le chiffre de la population , les recensements generaux ou partiels donnent un ensemble de docu- ments de la plus haute valeur, qui aident a arriver a presque toutes les solutions. Les tables decennales servent a coutr61er les tables de la population et a les completer en ce qu'elles peu- vent avoir d'imparfait. Une foule de faits curieux ressortent d'etudes de ce genre. Quand un certain nombre de statistiques seraient faites dans plusieurs departements , les mouvements de population compares entr'eux presenteraient sans doute un tres-grand interet , et on pourrait en tirer les inductions les plus precieuses. Ces etudes fourniraient aussi des documents qu'on chercherait vainement ail- leurs , sur la question des populations consideree sous Taspect des classes diverses auxquelles elles appar- tiennent , et de leur aisance relative. De ineme , la progression de la population dans les CONGRES DBS ACADEMIES. 291 villes on dans les campagnes est facile a constater ainsi et la comparaison tres-importante a faire. Le recrutement est aussi un element d' observations tres-considerables . Ainsi, M. Duchatellier lui-me"me a pu verifier dans ses etudes les faits remarquables que voici : Dans les pays manufacturers , la taille dirninue les constitutions s'affaiblissent; cela est generalement connu ; mais ce qui Test moins , c'est qu'a mesure qu'on s'eloigne des regions de bonne pratique agricole , dans les pays ruraux , des conditions analogues se produi- sent ; quand la culture est arrieree, la nourriture in- suffisante, la race humaine s'appauvrit , et il se produit cette deplorable consequence, que certaines communes n'ontpas un seul sujet de bonne conformation, apte, en un mot, au service militaire. L'instruction appelle aussi une etude attentive ; mais les documents ne sont pas non plus difficiles a recueillir par voie administrative. II en est de m&me de tout ce qui concerne le culte ; le culte fournit des renseignements satisfaisants ; les depenses sont facilement constatees , et les sources a consulter Findiquent d'elles-rne"mes. Les prisons renseignent sur le travail et le prix de la journee. De grandes differences existent entre certaines loca- lites, dans le regime et les depenses des prisons; on en' peut conclure que des abus existent sur un point qui n'existent pas ailleurs. Les hospices , les etablissements de bienfaisance, les tours pour les enfants trouves, tout cela est facile a etudier, et plein d'enseignements de la plus haute valeur morale. 292 INSTITUT DBS PROVINCES DB FRANCS. Dans le departement du Finistere , avant 93 , le chiffre des dep6ts d'enfants trouves s'elevait seulement de 30 4 40, et depuis on 1'a vu arriver successivement a 600. Une remarque bien attristante resulte encore de 1'examen de la m&me question : les etablissements de bienfaisance voient trop souvent leurs intere"ts horri- blement negliges. En beaucoup d'endroits , on a laisse perimer des droits considerables. M. Duchatellier, comme inspecteur des etablissements de bienfaisance dans le Finistere , a constate des faits accomplis de cette nature , dans lesquels l'intert public avait ete deplorablement sa- crifie. L'ordre judiciaire appelle aussi 1'attention sous plus d'un point de vue : dans le Finistere, les licitations , par exemple, ont produit ce resultat, que, pour toute propriete qui ne s'elevait pas a 4 ou 5,000 francs , les frais de justice en absorbaient la valeur entiere. Ces frais ont ete diminues quelque peu , comme on le sait , mais des constatatkms pareilles n'en ont pas moins la plus grande importance. Quant aux administrations , dans 1'etude de leur constitution propre, elles presen- tent beaucoup de difficulte. Autrefois surtout , les comptes etaienl dans une confusion ou il etait impos- sible de se reconnaitre. Plus tard , a partir de 1'epoque de la Restauration , les comptes des prefectures ont commence a tre tenus plus regulierement. Les moyens de contr61e sur les depenses administratives se sont multiplies; mais il y reste encore un c6te mysterieux qui ne permet pas de trouver facilement la lumiere. CONGRES DBS ACADEMIES. 203 iPourque les travaux publics puissent etre appreries, quant a 1'etude statistique des frais , il faut que les chefs d'administration des ponts-et-chaussees y mettent un bon vouloir et veuillent bien prater un concours que M. Duchatellier, pour sa part , a du reste rencon- tres souvent, L'administration du cadastre a le malheur de vou^- loir op6rer d'une maniere fixe et immuable sur des raatieres dont le caractere est d'une extreme mobilite. Avec son concours, il est cependant possible de se renseigner suffisamment. M. Duchatellier signale les cartes cadastrales exe- cutees & 1'aide des cornices dans le departement de Seiue-et-Oise ; ces cartes , achevees dans plusieurs cantons , sont dans les conditions les meilleures , et elles montrent ce qu'on peut faire en cette matiere avec du talent et du zele. Dans Tetude des contributions , il y a aussi bien des faits importants. L'orateur , dans le Finistere , a fait , entr'autres , cette precieuse observation : les grandes cotes au-dessus de 400 francs diminuent d'une fagon sensible. Les petites cotes infimes tendent aussi a di- minuer. Les cotes arrivent a se multiplier dans les con- ditions moyennes. M. Duchatellier cite beaucoup d'autres faits exces- sivement curieux, qui concernent le departement qu'il a du etudier et qui lui servent a etablir que , partout , une etude comme la sienne recueillerait des observa- tions d'une grande portee. Dans le Finistere, la pro- priete ne se parlage pas toujours suivant les prescrip- tions de la loi , le fils aine la conserve indivise dans quelques cantons. 294 1NSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. Eniin, avec le mode d'enqute que M. Ducliatellier a. pu pratiquer , il lui a ete facile de se renseigner encore sur une foule de points, de details bien dignes d' attention. II signale des localites ou 1'ouvrier agricole gagne 50 centimes par jour et la femme 30 centimes, et 1'ou- vrier n'est pas riourri. MM. Monnier et Travot provoquent encore de la part de M. Duchatellier 1'enonciation de faits tres- curie ux. M. Duchatellier a cherche a etablir une comparaison de la situation du travail entre le departement de Seine-et-Oise et celui du Finistere. Dans Seine-et-Oise tout se fait a la tache , et 1'ou- vrage accompli , dans lequel 1'ouvrier touche un salaire beaucoup plus elev6 , revient en somme beaucoup moins cher au proprietaire. M. de Vigneral signale ce fait qu'en Normandie les ouvriers valides Emigrant; il ne reste que les femmes et les travailleurs insuffisants, II resulte encore de plusieurs faits produits par deux membres , que la journee payee 3 francs par le chef d'exploitation est souvent , en definitive , bien moins chere que celle qu'ailleurs on ne paiera que 50 ou 75 centimes. Rentrant dans 1'examen des moyens d'enque"te sta- tistique, M. Duchatellier vient enfin aux octrois et aux consommations. II est facile encore de recueillir tons les renseignements. En Bretagne, la consommalion alcoolique est veri- tablement effrayante au point de vue moral , dit M. Duchatellier : il y a la une question bien grave. CONGRES DBS ACADEMIES. 29 En 13 ans , le Finistere double sa consommation. t)ans la Loire-Inferieure , cette progression se fait en 10 ans. Les contributions indirectos , par le droit de circu- lation, donnent un controle qui complete celui des octrois. Quant aux contributions directes, leur action est facile a 6tudier, mais non sans frais. Un fait saillant , c'est que dans le Finistere , en 19 ans , 1'Etat pergoit par les contributions directes la valeur fonciere du departement. Ainsi , les trois enregistrements fournissent de tres- curieux renseignements. Paries timbres, ils in diquent aussi le mouvement intellectuel, puisqu'on constate le nombre des journaux et le mouvement commercial par les papiers timbres. Les postes completent ces de- tails. La marine et la navigation , aides par la douane , donnent tout le mouvement d'importation et d'expor- tation. Les etats si reguliers, si bien faits des admi- nistrations, fournissent tous les documents desirables. Dans une troisieme section , on a enfin a apprecier 1'etat physique , industriel et commercial du departe- raent. M. Duchatellier avait fait un questionnaire qui fut envoye Aux maires, percepteurs, etc.; Aux Societes savantes; Les avocats et les medecins ont pu fournir de pre- cieuses reponses, On a obtenu ainsi des renseignements assez exacts Sur la nature du sol , 296 INST1TUT DBS PROVINCES DB FRANCE. Sur les cours d'eau , Surleclimat, les conditions et Thygiene climate- riques. Enfin , la statistique agricole sollicite par dessus tout 1'observation des produits indigenes , exotiques ou manufactures qui ouvrent un champ d'investigation immense. Des details sur la valeur des terres et le mode de fermage, sur les salaires, gages et prix de journee, furent recueillis par M. Duchatellier. II les compara aux prix de consommation ; il trouva cette consequence curieuse que le salaire s'eleve proportionnellement avec la part d'intelligence que les industries exi- gent. Une etude generale dans toute la France per- mettrait d'etablir une comparaison entre les salaires de tous les departements pour les industries speciales. M. Duchatellier fut amen6 a rediger des memoires par- ticuliers. Ces industries sont quelquefois chan- geantes, il faut les suivre dans leur transformation. L'observation des mercuriales n'est pas non plus a dedaigner. M. Duchatellier a remarque que depuis 3^o ans , le poids du ble a augmente de 2 kilos par hectolitre. On en pent induire que ramelioration des cultures se traduira toujours par une augmentation de poids, dans le ble. Autre fait : le seigle est beaucoup plus mobile que le froment. Dans les temps de disette , la proportion ascendante du seigle est beaucoup plus considerable que celle du ble. Les cultivateurs, par habitude ou par routine, ne veulent pas renoncer a une consommation qu'ils modifieraient ou remplaceraient souvent avec CONGRES DBS ACADEMIES. 297 avantage par une autre , en se conformant aux varia- tions des prix. M. Ponsard dit qu'en Allemagne , on voit le pain de seigle prefere meme sur des tables riches. '{ ^9b b'I1IdtfiO 7<*}"?4 Apres plusieurs autres considerations tres-interes- santes, M. Duchatellier se resume en demandant pour les moyens d'execution qu'il croit devoir conseiller : 1. Le conconrs d'un ou plusieurs hommes de- voues ; 2. Le concours des Societes , et enfin , mais prin- cipalement et par dessus tout, le concours sympa- thique des administrations. En ce qui concerne la Statistique du Finistere , le Conseil general concourut a la publication de 1'oeuvre. Le Ministre de I'agriculture et du commerce contribu a pour une somme de 1,000 fr. et promit de fcmrnir un supplement ; mais , plus tard , le Ministre n'etait plus au pouvoir. En definitive , pour une somme de 4,000 fr. la Statistique du Finistere a ete publiee en trois forts volumes in-4. Le travail et Timpression ont dure 5 ans. Si des travaux d'une telle nature ont une impor- tance enorme pour un departement, on peut entrevoir combien cette importance serait plus grande encore quand les statistiques, en se multipliant, permettraient d'etablir une comparaison perniauente entre des de- partements divers. M. Quenard fait observer que des cahiers de ques- tions ont ete envoyes au departement du Loiret et sans doute ailleurs. M. Monnier temoigne le desir que des renseigne- 2&8 itfSTlftJT DBS PROVINCES DE FRANCE. ments aussi interessants que ceux fournis par M. Duchatellier ne restent pas sans fruit. II voudrait qu'une instruction complete fut redigee et publiee. MM. de Vigneral, Denis, Travot, Ponsard, de Saisy , Calemard de la Fayette, Destourbet, etc., sont encore entendus sur les difficultes pratiques des travaux analogues a ceux de M. Duchatellier. Sur le resume de M. le President, le Comite ex- prime le voeu que M. Duchatellier veuille bien rediger pour une publication speciale les notes indicatives qu'il vient de fournir de vive voix. M. Duchatellier croit encore devoir ajouter que depuis que la Statistique du Finistere a ete faite, le Conseil general a plusieurs fois exprime le desir que M. Duchatellier refit son ouvrage pour y reproduire les modifications que le temps a apportees a la situa- tion du department. M. Duchatellier n'a pu accueillir cette ouverture ; mais il a fait remarquer que le cadre etant donne , il est facile desormais a d'autres que lui de le remplir. Un nouveau cordon de mesurage pour les arbres, qui permet de les evaluer rapidement et exactement, cst soumis par 1'inventeur a 1'examen du Congres. M. Thomas s'entretient avec 1'inventeur et lui fait exposer son systeme. M. Destourbet souleve certaines objections qui paraissent au Comite devoir faire ajourner son juge- ment sur le nouveau procede. M. Thomas croit la methode bonne , mais insuffi- sante encore en quelques points. Le Comite-, ne pouvant experimenter la nouvelle methode , remercie 1'inventeur de sa presentation et CONGRES DBS ACADEMIES. 299 ne peut que 1'engager a la renouveler plus tard , dans un moment plus opportun. La seance est levee. Le Secretaire, CALEMARD DE LA. FAYETTE. SEANCE GENERALE DE CLOTURE DU 29 JANVIER. (Pr&idence de M. LEFEBVRE-DURUFLE.) Sont presents au bureau : MM. de Caumont ; Dubois, de la Loire-Inferieure ; de Stassart ; de Quatrefages ; d'Hericourt ; Duchatellier. M. Bordeaux donne lecture du. proces-verbal de la seance du 29 Janvier, dont la redaction est adoptee. M. Duchatellier expose, au nom de la Commission, composee de MM. Gomart, Vander Straten , Mahul et d'Hericourt, chargee d'examiner quel serait le meilleiir mode de publication du Bulletin bibliogra- phique , que la Commission a ete unanime pour recon- naitre lanecessite et Tutilitede ce repertoire des travaux de la province , ignores la plupart du temps. Des li~ braires-editeurs de la province out offert au, Congres , moyennant la garantie d'un certain nombre d'abonnes, de se charger de cette publication dans une Revue editee dans le format et les conditions de la Revue des 300 INStlTtfT DBS PROVINCES Dfi FRANCE. Mondes. Ces propositions n'ont pas ete acceptees par la Commission , parce qu'elle ne veut pas creer une pu- blicite pour des articles tout faits , mais seulement faire connaitre , par des analyses succinctes , les pu- blications de la province. La Commission a pense que, pour augmenter 1'inter^t du Bulletin, ce recueil devait faire connaitre non- seulement les publications de la province, mais encore donner le resume des travaux des Academies , indiquer les collections precieuses , les inanuscrits interessants et les musees rernarquables ; elle vient done proposer au Congres de charger son bureau de provoquer des adhesions dans la province , en meme temps que la collaboration , dans les diverses contrees de la France, d'un certain nombre de rrieinbres correspondants , qui voudraient bien se charger de recueillir tous ces documents et de les faire parvenir a la redaction du Bulletin. M. de Caumont declare qu'ou ne doit pas coinpter sur le concours des Societ6s savantes, puisque sur 40 abonnes que le bulletin bibliographique avait , on n'y rencontre que 20 abonnements pris par des academies de province. Du reste , la question d'argent n'est pas ce qui doit preoccuper, puisqu'il y a encore des fonds disponibles sur la somme consacree acette publication, mais il importe surtoutd'avoirdes correspondants actifs qui tiennent constamment le Bulletin au courant de ce qui se public dans la province. M. Bordeaux explique pourquoi le journal de la librairie ne donne pas la nomenclature de toutes les publications de la province ; c'est parce qu'une partie de ces publications reste dans les prefectures et n'est pas envoyee a Paris. II croit que si on pouvait obtenir CONG RES DES ACADEMIES. 301 que toutes les publications de la province fussent an- noncees dans le Journal de la Librairie, on aurait obtenu le meilleur mode de publicite. M. Bordeaux entre a ce sujet dans la discussion, de la vingt-deuxieme question du programme qui est ainsiconcue : Quels seraient les moyens de faire connaitre les publications de province et d'obvier aux lacunes enormes et aux omissions du Journal de la Librairie en ce qui concerne les travaux imprimes dans les departements? L'orateur rappelle qu'il existe un recueil officiel charge par le Gouvernement d'inserer le titre de toutes les publications deposees au ministere de 1'Interieur et dans les prefectures. Ce recueil , c'est le Journal de la Librairie. II n'a pas comme le Bulletin bibliogra- phique en question , une publicite de quarante ou cin- quante abonnes : il est distribue a plusieurs rnilliers ; il se trouve dans toutes les administrations ; il est hi par tous les libraires de la France et de 1'etranger. C'est lui que les bibliographes consultent , c'est avec lui que les recueils bibliographiques de notr